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Les leçons de la Grèce pour le Québec

Les leçons de la Grèce pour le Québec
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Retour à la case départ pour la Grèce. Ou presque. En réalité, nous ne savons pas tout des négociations entre la Grèce et ses créanciers. Il est possible que le premier ministre grec ait gagné quelques concessions.

J’écrivais dans mon dernier blogue que l’hypothèse la plus plausible pour expliquer les manœuvres du premier ministre grec était qu’il «ne [voulait] pas aller au-delà de quelques nouveaux gains presque cosmétiques». C’est bien ce à quoi nous semblons assister.

Pourquoi cette tragi-comédie?

Pourquoi le premier ministre grec s’est-il lancé dans une telle tragi-comédie? Il devait faire admettre à son électorat que la solution proposée par les Européens était la meilleure. Car il s’était fait élire en promettant de ne pas appliquer la plupart des mesures auxquelles il consent pourtant aujourd’hui. Mais il faut admirer la manœuvre politique qui lui aura tout de même permis de rallier la majorité des élus derrière lui. Il en aura bien besoin pour réformer l’économie de la Grèce.

Le référendum qu’il a tenu était bel et bien un rejet des mesures que contient le nouveau plan proposé par la Grèce. Tout se passe comme si M. Tsipas disait aux Grecs: «même moi, qui suis contre les mesures d’austérité imposées par les créanciers, je n’ai pas d’autres choix que de les accepter. Mais je vais quand même veiller au grain et adopter des mesures internes qui vont nettoyer la Grèce».

M. Tsipras parviendra-t-il à réformer l’économie de la Grèce? A-t-il l’intention d’appliquer concrètement les réformes qu’il promet? Beaucoup en doutent. Il sera observé avec d’attention par les créanciers européens.

Un cas d’étude

La crise grecque n’est pas encore terminée. Mais elle constitue déjà un cas d’étude de mauvaises politiques gouvernementales.

Tous les petits systèmes économiques du monde vont se comparer à la Grèce. Le Québec n’y échappera pas.

Attention cependant. La Grèce est une société beaucoup plus corrompue que la société québécoise. Elle ne possède pas beaucoup d’activités industrielles ou des ressources minières. Elle ne fait pas non plus partie du même type de système politique, etc. Ces différences rendent boiteuse toute comparaison avec le Québec.

Néanmoins, trois mauvaises politiques grecques devraient nous interpeller.

Trois enseignements pour le Québec

Premièrement, nous n’avons toujours pas réglé le problème de corruption qui sévit au Québec dans un certain nombre de secteurs. Par exemple, le secteur de la construction a été assaini, mais personne n’a le sentiment que la tâche est terminée. De même, le secteur informatique gouvernemental présente tous les symptômes d’un secteur gravement atteint par la corruption.

Deuxièmement, les politiques fiscales préférentielles offertes aux régions ont un coût qui est assumé par l’ensemble de l’économie. C’est ce qui est arrivé avec les îles grecques qui jusqu’à présent jouissaient d’exemptions fiscales diverses. Trop de politiques préférentielles est intenable. Avons-nous franchi ce cap au Québec? C’est possible, tout simplement parce que les zones urbaines sont sous-représentées parmi nos élus, ce qui crée des distorsions de plus en plus néfastes pour l’économie du Québec. Le programme des minicentrales hydroélectriques est un exemple de ce genre de mauvaises politiques fiscales soutenues par de l’électoralisme régional.

Troisièmement, de trop faibles niveaux de taxation pour les entreprises ou pour les particuliers vident les coffres de l’État qui doit alors s’endetter. Plusieurs entreprises grecques et plusieurs riches particuliers ne payaient pas d’impôt. Sommes-nous assez vigilants au Québec? Écoutons-nous trop les doléances de ceux qui ne veulent pas payer d’impôt?

Bien d’autres leçons peuvent être tirées de la crise grecque. 

À bien y penser, ces leçons ne sont pas très surprenantes, ni très nouvelles. Mais la crise grecque vient nous rappeler jusqu’où de mauvaises politiques peuvent entraîner une économie si elles ne sont pas corrigées.

 

PS. Merci aux intervenants pour la belle qualité de beaucoup de commentaires dans les deux blogues précédents sur la Grèce. Vous avez fait évoluer la compréhension du problème.

 

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