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Enquête passionnante dans le monde de l’art

Sylvie-Catherine de Vailly
Photo courtoisie Sylvie-Catherine de Vailly

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Pour la troisième enquête de son héroïne Jeanne Laberge, Usage de faux, la romancière Sylvie-Catherine de Vailly s’est intéressée au monde de l’art — et plus précisément à celui des faussaires — pour démontrer ce qui se passe lorsque le talent artistique entre au service de la criminalité.

En décembre 1975, l’inspectrice Jeanne Laberge doit se pencher sur le passé de Hugues Clément, trouvé mort, assassiné dans l’atelier attenant à sa boutique d’artisan. Qui pouvait en vouloir à cet ancien faussaire, reconverti dans l’encadrement d’œuvres d’art?

Jeanne découvre au fil des jours que Clément n’était peut-être pas à l’image du bon monsieur qu’il tentait de projeter. Les motifs possibles du crime sont aussi nombreux que les suspects: sa veuve, sa maîtresse, un ancien client, la mafia, son employé... Personne n’est vraiment au-dessus de tout soupçon.

Sylvie-Catherine de Vailly, une romancière d’expérience, sait parfaitement comment manier les codes du roman policier. Elle sème des pistes, étudie la psychologie des personnages et maîtrise les dialogues. «C’est mon plaisir de mener le lecteur en bateau. Il y a des fois où je ris toute seule parce que je suis contente de ce que j’ai écrit. Je sais que les gens vont le lire et tomber dans le panneau!», commente-t-elle en entrevue. «J’aime ce genre littéraire. Je m’amuse beaucoup. J’ai une idée depuis le départ: je sais où Jeanne s’en va et j’ai le quatrième et le cinquième livre en tête.»

Berner les experts

Dans cette troisième enquête, elle s’est abondamment documentée sur l’univers mystérieux du trafic des fausses œuvres d’art. «C’est un sujet qui m’a toujours intéressé. Quelques romans ont été faits là-dessus et je trouve ça très intéressant, les faux tableaux. Le talent de ces gens-là est incroyable. C’est fascinant et c’était évident que j’allais faire quelque chose là-dessus un jour.»

Elle a lu sur le sujet et posé des questions à Alain Lacoursière, expert consultant en matière d’art. «Il fallait que je reporte la situation en 1975, et c’est à lui que je demandais ce qui était arrivé dans les années 70, ce qui se passait au Québec dans ce domaine. On en était aux premiers balbutiements.» Elle a aussi fait appel aux connaissances du journaliste Normand Lester et à celles de Me Bertrand St-Arnaud, ancien ministre de la Justice.

Elle a été étonnée d’apprendre que même les experts se font souvent berner. «Il y a des faussaires qui ont un talent incroyable et qui sont capables de reproduire exactement le même style. Ils vont vieillir la toile, reproduire les mêmes ingrédients que les maîtres utilisaient, prennent des vernis spéciaux. Ça devient très difficile de déterminer si une toile est vraie ou non. Je ne voudrais pas être l’expert qui va déterminer ça, car ça peut coûter très cher à un musée ou à un collectionneur.»

Contexte de l’époque

Cette enquête se déroule en même temps que les fameuses audiences de la CECO — la Commission d’enquête sur le crime organisé. «Je voulais aller chercher tous les événements qui ont marqué cette époque. Ce qui donne le plus d’authenticité à un roman, c’est quand on arrive à recréer le contexte de l’époque. Côté mode et architecture, les années 70, ce n’était pas terrible!»

Jeanne, première femme inspectrice, est mal à l’aise avec le féminisme à outrance, mais doit travailler fort pour montrer qu’elle a autant de compétences qu’un homme. «Je la trouve hyper sympathique — c’est le genre de femme que j’aimerais avoir parmi mes amies.»


♦ Sylvie-Catherine de Vailly a écrit plusieurs romans pour les jeunes et pour les adultes, dont La valse des odieux et La sélection naturelle.


♦ Un nouveau roman jeunesse sortira l’année prochaine.

 

EXTRAIT

Sylvie-Catherine de Vailly<br />
Usage de faux<br />
Éditions Recto Verso, 248 pages
Photo courtoisie
Sylvie-Catherine de Vailly
Usage de faux
Éditions Recto Verso, 248 pages

«L’assistant de Laberge fronça les sourcils, tandis que Levasseur, lui, affichait une mine étonnée.

- Il faut comprendre qu’un musée peut difficilement affirmer qu’une de ses toiles est un faux, alors que ses experts ont fortement appuyé son acquisition en certifiant hors de tout doute que l’œuvre était authentique, surtout si elle est une des figures maîtresses dudit musée. Ce serait avouer une faute grave qui leur aura coûté une fortune. Ils préfèrent donc taire la chose et passer l’éponge, au risque de perdre énormément d’argent.»

— Sylvie-Catherine de Vailly, Usage de faux