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Des nouvelles de Jean Charest...

Jean Charest
Photo d'archives Une petite prière pour les contribuables et les élèves du Québec?....

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Avouez que vous vous ennuyez un peu de lui. Un tout petit peu tout au moins...

Bon, sur une note plus sérieuse, La Presse canadienne nous rappelle le triste souvenir d'un énième épisode de dilapidation de fonds publics parmi tant d’autres. Tous gouvernements confondus.

Celui-là, courtoisie de Jean Charest, du temps pas si lointain où il était premier ministre du Québec.

Un rappel qui, en pleine ère d’austérité budgétaire et de compressions massives à l'éducation, fait grincer encore plus des dents.

Extrait de l’article :

«Québec aurait pu trouver des solutions dix fois moins chères au lieu d’imposer au coût de 240 millions des tableaux blancs interactifs (TBI) dans toutes les écoles du Québec. Ce plan du gouvernement libéral de Jean Charest, poursuivi par ses successeurs pendant cinq ans, n’était « aucunement une décision réfléchie », conclut une étude, dont le résumé a été obtenu par La Presse canadienne.

L’étude, réalisée par un centre de recherche de l’Université de Montréal, a été effectuée auprès de 6000 élèves et 400 professeurs.  Elle révèle que les tableaux blancs interactifs comportent certains avantages, mais qu’ils ne sont pas mis en valeur. Les enseignants manquent de formation, les problèmes techniques sont nombreux et les élèves interagissent trop peu avec cet outil pédagogique.  En somme, selon cette vaste enquête du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE), l’achat de projecteurs électroniques à un coût bien moindre aurait été préférable pour la grande majorité des enseignants.»

Oui, oui. Vous avez bien lu. Au lieu de risquer à terme de jeter 240 millions de dollars par les fenêtres, de simples «projecteurs électroniques» auraient été nettement plus utiles aux élèves et aux étudiants.

Parions toutefois que l’ex-premier ministre n’en perdra pas une minute de sommeil pour autant.

***


Nettoyer l’ardoise

Cet exemple parmi d’autres, je m’y arrête ce matin parce qu’il est représentatif jusqu’à l’absurde de l’improvisation étonnante à laquelle peuvent parfois se livrer des premiers ministres dès que les sondages les chauffent le moindrement.

Ces fameux «plans d’action» commandés par le «patron» à ses conseillers sous pression de mauvais sondages accouchent rarement d’autre chose que de mauvaises politiques. Et ce faisant, de l'inévitable gaspillage de fonds publics qui vient avec. Mais il arrive aussi parfois, comme nous le verrons à la fin de ce billet, que l'improvisation soit d'un type, disons, intéressé...

Et après, on nous dira que ce sont les citoyens qui versent dans le «cynisme»...

Ainsi, la généreuse et inutile distribution de ces fameux tableaux blancs interactifs (TBI) avait été annoncée en février 2011 dans le cadre du très solennel discours inaugural de Jean Charest.

Mais ce n’était pas un discours inaugural comme les autres...

En décembre 2010, deux mois à peine auparavant, le chef libéral promettait qu’il allait «nettoyer l’ardoise» dès 2011 de ce qu’il avait appelé, sans complaisance, son propre «annus horribilis».

2010 avait en effet été l’année d’une controverse sans fin sur les gaz de schiste et d’une pétition en ligne qui, forte de 240 000 signatures, réclamait carrément la démission de Jean Charest .

Mais surtout, 2010 fut l’année de la commission d’enquête Bastarache sur «le processus de nomination des juges du Québec». Avouez que l'aviez peut-être oubliée, celle-là...

Tout au long des audiences, l’éléphant dans la pièce refusait néanmoins de se faire discret.

Cet éléphant étant le refus obstiné jusque-là de Jean Charest à mettre sur pied la vraie commission d’enquête que tout le Québec, ou presque, réclamait. Soit une commission sur la corruption et la collusion dans l’industrie de la construction en lien avec le financement occulte des partis politiques.

Donc, en février 2011, pour «nettoyer» son ardoise politique, ou tenter de le faire, Jean Charest listait ses «cinq grandes priorités» de l’année «nouvelle».

Sur la méthode seulement, il s’inspirait alors d’un certain Stephen Harper qui, en 2006, avait gagné sa première élection sur un programme de «cinq priorités» seulement. Lesquelles il reprendrait ensuite dans son propre discours inaugural...

Quant à Jean Charest, parmi ses priorités de 2011, on trouvait donc ces fameux 240 millions allant à des tableaux blancs interactifs et aussi, on l’oublie aujourd’hui, pour équiper chaque professeur d’un «ordinateur portable»...

Bref, des «tableaux interactifs» pour l’aider à nettoyer son «ardoise» politique.... Ça ne s’invente tout simplement pas...

Rappelons d’ailleurs qu’en novembre 2012, le gouvernement Marois remettait en cause cet «achat massif» de tableaux blancs interactifs pour les écoles.

Rappelons aussi qu’en août 2013, Le Devoir rapportait déjà ceci :

«Implanté massivement dans les écoles du Québec sous le gouvernement Charest, le tableau blanc interactif (TBI) est bien loin de livrer la marchandise. Les données préliminaires d’une étude de l’Université de Montréal brossent un portrait dévastateur de cette nouvelle technologie, a appris Le Devoir. Avec son équipe, Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation, a interrogé 800 enseignants, mais aussi plus de 10 000 élèves du primaire et du secondaire de partout au Québec. Résultat : 86 % des enseignants ont trouvé des désavantages au tableau blanc interactif.  Premier constat : le TBI n’est pas utilisé à la hauteur de son potentiel. La plupart du temps, le tableau sert d’écran de télévision ou d’écran de projection. « C’est triste », concède le chercheur, qui constate néanmoins que certains enseignants poussent plus l’exploitation de l’outil. « Mais ça reste un faible pourcentage.»
 

***

En d’autres termes, les conclusions de l’étude dont on parle aujourd’hui se dessinaient déjà clairement en 2013.

L'équation étant indéniable: tableaux blancs interactifs inutiles = dilapidation des fonds publics + usage imposé d’un outil non optimal pour les élèves.

Comme disait l’autre : bravo pour votre beau programme...

Or, le 1er mars 2012, une enquête de La Presse allait révéler ceci :

«Dans son discours inaugural du 23 février 2011, Jean Charest a lancé, à la surprise générale, un programme de 240 millions de dollars en cinq ans pour procurer des tableaux blancs interactifs (TBI) à toutes les classes des écoles primaires et secondaires. Pourquoi cette soudaine priorité en période de restrictions budgétaires? s'est demandé le milieu scolaire. Un an plus tard, on constate que la grande majorité des TBI sont commandés d'une façon inhabituelle à un fournisseur quasi unique: Smart Technologies, dont le lobbyiste est un ancien membre du cabinet de M. Charest.»

Comme quoi, tout est dans tout... Et comme quoi, il existe aussi en politique de ses «improvisations» plus «intéressées» que d’autres.

Les grands perdants, comme à l’habitude, étant les citoyens et le même trésor public qu’ils alimentent de leurs propres deniers.