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Snobisme et urbanisme

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Vous n’êtes pas tannés des grands défenseurs de l’art et de l’urbanisme qui défendent à tout prix des œuvres d’art contemporain, même si elles sont moches, dangereuses et si la population les déteste?

Vous n’êtes pas tannés des grands défenseurs de l’art et de l’urbanisme qui défendent à tout prix des œuvres d’art contemporain, même si elles sont moches, dangereuses et si la population les déteste?

Récemment, je vous ai parlé de l’Agora du square Viger, cette structure rectangulaire en béton, située dans un véritable coupe-gorge fréquenté par les sans-abri, qui recouvre l’autoroute Ville-Marie et où aucune famille saine d’esprit n’irait mettre le bout des orteils.

La Ville de Montréal a annoncé qu’elle allait détruire cette œuvre de l’artiste québécois Charles Daudelin. Mais les directeurs de quatre musées montréalais (entre autres le Musée des beaux-arts de Montréal et le Musée d’art contemporain de Montréal) ont écrit au maire Coderre pour lui demander de ne pas détruire l’Agora. Ils demandent plutôt une «consultation publique».

Vont-ils vraiment mener une consultation publique ou seulement demander l’avis de leurs amis experts, qui publient des essais pointus dans des revues spécialisées?

Si leur consultation est vraiment publique et que le «vrai public» affirme que l’Agora doit être dynamitée, va-t-on écouter ce qu’il a à dire?

L’ART D’ÊTRE LAID

J’ai plusieurs questions à poser à ces grands défenseurs de l’art public. Qui parmi eux fréquente vraiment ce lieu sinistre­­ et repoussant?

Nathalie Bondil, la directrice du Musée des beaux-arts, est une femme au goût exquis. À quand remonte sa dernière visite au square Viger? S’y rend-elle prendre le thé en compagnie des robineux et des junkies, assise sur une dalle de béton?

Phyllis Lambert est une des signataires de la lettre adressée au maire Coderre demandant de ne pas détruire l’Agora. Mais pensez-vous vraiment que Mme Lambert, une mécène richissime, s’est déjà promenée avec une poussette sur cette place de béton qui avait pourtant pour vocation d’être un lieu familial?

Récemment, Nathalie Petrowski, de La Presse, qualifiait de «barbare» la décision de la Ville de Québec de détruire l’horrible­­ cube blanc qui défigure un quartier historique (alors qu’on sait que l’œuvre tombe en ruine et qu’elle est devenue un danger public). Elle évoquait aussi la «barbarie» de l’administration Coderre qui veut détruire l’Agora.

Ces chroniqueurs, ces mécènes et ces directeurs de musée­­ devraient peut-être sortir de temps en temps de leur tour d’argent et aller se promener dans ces lieux qu’ils veulent préserver à tout prix. Ils verraient qu’ils sont moches, froids, déconnectés et dangereux. Le fait que ce soit «du grand art» ne change rien à l’affaire.

DES HAUTS ET DES BAS

L’Agora du square Viger est une œuvre signée Charles Daudelin. Ne croyez pas que je méprise ce qu’a créé cet artiste québécois, au contraire. C’est lui qui a signé L’Embâcle, une sculpture-fontaine magnifique que je vais voir chaque fois que je vais à Paris, dans le sixième arrondissement. Cette œuvre représente à merveille ce que devrait être l’art public: une esthétique bouleversante, une œuvre qui touche droit au cœur ceux qui la côtoient au quotidien.

Les cinéastes, les écrivains et les musiciens font de bons et de mauvais coups. Le même artiste qui a fait L’Embâcle peut aussi faire l’horrible Agora.

On n’est pas obligé de défendre une œuvre ratée juste parce que l’artiste en a fait d'autres, plus réussies. Et il n’y a rien de barbare à dire ça.