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Les Expos sur la mappe plus que jamais

Fin observateur, le commissaire Manfred prend des notes et des notes concernant Montréal

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CINCINNATI | On a le baseball dans le sang à Cincinnati. Une passion qui se transmet de génération en génération depuis l’époque où Abraham Lincoln, un natif du Kentucky situé juste de l’autre côté de la rivière Ohio, mijotait ses plans pour mettre fin à l’esclavage au pays.

Pas besoin d’être fort en histoire pour comprendre qu’on parle du milieu du 19e siècle.

Les Red Stockings constituent la plus vieille organisation professionnelle en Amérique, une source de grande fierté pour la population locale.

Larry Herges, la quarantaine bedonnante, a légué à son fils cet amour sans bornes du baseball.

Un grand partisan des Reds, Larry Herges a transmis sa passion du baseball à son fils, mais pas son allégeance: Alex est un partisan des Expos et veut que la métropole retrouve son équipe. Son équipe favorite? Les Rays…
Photo Le Journal de Montréal, Denis Poissant
Un grand partisan des Reds, Larry Herges a transmis sa passion du baseball à son fils, mais pas son allégeance: Alex est un partisan des Expos et veut que la métropole retrouve son équipe. Son équipe favorite? Les Rays…

Papa est fier, ça se voit dans ses yeux quand il regarde fiston. Le natif de Cincinnati, qui porte comme il se doit un bel uniforme des Reds, ne pouvait espérer mieux pour Alex, 17 ans.

Après tout, ce qui compte le plus avec ce sport, c’est de passer du bon temps ensemble, non?

Quelque chose cloche cependant. Le paternel hoche la tête, cet air perplexe du type qui se dit: «Ce doit être seulement une phase, ça passera.»

Le numéro 8 de Carter dans le dos

C’est que le jeune Alex, voyez-vous, porte plutôt l’uniforme des Expos. La casquette tricolore et le numéro 8 de Gary Carter dans le dos, à la vue de tous au Great American Ball Park.

«C’est pas mêlant, il le met partout, tout le temps, confie M. Herges. Il l’avait à Washington récemment quand nous sommes allés visiter la ville.

«Je suis pour la cause, je veux que les Expos reviennent à Montréal, explique Alex, qui partage sa passion sur Twitter avec ses 428 abonnés.

Bon, ça s’adonne que Matt Herges, un ancien lanceur des Expos (une seule saison en 2002), est dans sa parenté, mais ça n’explique pas tout.

Le jeune, imaginez-vous donc, a comme équipe préférée... les Rays! Ces mêmes Rays qui végètent à Tampa et qui pourraient bien un jour changer d’adresse.

«C’est ce que j’espère!», lance Alex, les yeux pleins d’espoir.

Dans l’imaginaire collectif

Son cas n’est pas unique. Depuis quelques années, on voit de plus en plus de gens qui portent les couleurs des Expos dans les différents stades d’Amérique.

Cette casquette funky chère aux hipsters est dans l’air du temps, et il y a l’effet historique: Montréal a une riche tradition de baseball et les vrais amateurs la connaissent.

À Cincinnati ces derniers jours, on a croisé plusieurs gens portant l’habit que Pete Rose revêtait lorsqu’il a frappé son 4000e coup sûr, en 1984, au Stade olympique.

Les Expos sont sur la mappe plus que jamais.

Le commissaire du baseball Rob Manfred regarde de près ce qui se passe à Montréal. Il prend des notes.

Que les Expos demeurent dans l’imaginaire collectif des amateurs de balle un peu partout en Amérique du Nord, cela ne lui est pas étranger non plus.

Cela solidifie le dossier piloté par le maire Denis Coderre et la bande à Warren Cromartie.

Quand une délégation de ExposNation se rendra à Cooperstown, pour l’intronisation des anciens de l’organisation Pedro Martinez et Randy Johnson, le 26 juillet, Manfred ajoutera cela à son scrapbook montréalais.

Manfred, un habile stratège

Tampa ou Montréal, se dit Manfred. Hummm...

Politiquement, il ne peut ouvertement se déclarer en faveur d’un transfert.

En habile stratège, le commissaire évoque plutôt une éventuelle expansion.

D’une façon ou d’une autre, cela sert la cause du baseball, car en coulisse, toutes ces belles paroles à l’endroit de Montréal exercent de la pression sur les politiciens de Tampa qui créent de l’obstruction pour un nouveau stade.

Et si ça ne marche plus là-bas, le dossier aura progressé à Montréal. Comme ils disent en anglais, c’est un win win situation.

Manfred avance tranquillement ses pions. Encore cette semaine, en réponse à la question d’un partisan, il n’a pas hésité à répéter que Montréal s’avère un excellent marché potentiel.

Un peu plus tôt cette journée-là, à la sortie d’une conférence de presse, Le Journal avait tenté d’obtenir ses réactions sur le récent sondage qui venait tout juste d’être diffusé, indiquant que les Montréalais voyaient d’un bon œil le retour du baseball.

Au pas de course, son attaché de presse a dit pas tout de suite, peut-être plus tard cette semaine. Nous leur avons alors transmis les données du sondage.

Puis, quelques heures plus tard seulement, Manfred n’a pas hésité à vanter de nouveau le potentiel de la métropole comme marché de baseball.

Une vision

Le baseball va bien, générant des revenus de 9 milliards $ la saison dernière, un 12e record consécutif.

Mais pour progresser dans la mesure où, d’un point de vue démographique, ses plus ardents partisans sont grisonnants, le sport a besoin d’explorer de nouveaux marchés et de former la jeunesse à ses subtilités.

Plus portés vers le basket et les jeux vidéos, beaucoup de jeunes trouvent le baseball lent et ennuyant.

Là-dessus, Manfred, qui a complètement revu et corrigé la structure de direction de MLB, ne lésine pas non plus: il a instauré de nouvelles règles pour accélérer le jeu, puis a annoncé lundi un investissement de 30 millions $ pour les jeunes.

«On veut créer des opportunités pour que les jeunes puissent jouer au baseball, a-t-il expliqué. On veut revitaliser le baseball dans les centres-villes partout aux États-Unis. Un accent particulier sera mis pour former les entraîneurs, et beaucoup d’anciens joueurs seront impliqués.»

Manfred a une vision. Coderre aussi.

Ça pourrait bien marcher...