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Le mal albertain

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Plusieurs commentateurs du reste du Canada nous chantaient à quel point le succès économique du Québec est lié à celui de l’Alberta. Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, qui veut désespérément voir l’oléoduc Énergie Est traverser sa province, nous a rappelé que la fameuse péréquation serait payée par les pétrodollars. Évidemment, une fois l’oléoduc terminé, on reviendra aux vieilles habitudes... faire le procès des provinces qui reçoivent de la péréquation.

Plusieurs commentateurs du reste du Canada nous chantaient à quel point le succès économique du Québec est lié à celui de l’Alberta. Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, qui veut désespérément voir l’oléoduc Énergie Est traverser sa province, nous a rappelé que la fameuse péréquation serait payée par les pétrodollars. Évidemment, une fois l’oléoduc terminé, on reviendra aux vieilles habitudes... faire le procès des provinces qui reçoivent de la péréquation.

Les Canadiens ont un talent sans bornes pour revirer leurs vestes. Pendant toutes ces années où l’Alberta développait ses sables bitumineux de façon débridée, plusieurs lui demandaient de ralentir. Dans un si grand pays, il était erroné de miser notre avenir sur une seule petite province dont le prix de la ressource était dépendant des humeurs des Saoudiens.

Il était risqué d’y investir toutes nos ressources et d’inciter tant de Canadiens à y migrer. Mais ceux qui parlaient de baisses du prix du baril devaient être des hurluberlus... Aujourd’hui, on nous vante cette nouvelle dépendance économique qu’a causée le pétrole.

La dépendance

Peu importe, on a laissé l’Alberta faire. Et cela même si, depuis des décennies, circule l’idée qu’une présence massive d’hydrocarbures concentrés dans une seule région du pays pouvait être une malédiction. Les économistes appellent cela «le mal hollandais.»

Ce terme vient des Pays-Bas, qui, dans les années 60, ont découvert et massivement exploité leurs gisements de gaz naturel. Cela a mobilisé la main-d’œuvre et le capital du pays, ainsi que les investissements étrangers. Le pays était devenu une bulle de gaz! L’exportation de la ressource a fait grimper les taux de change...

Ça sonne familier ?

Comme au Canada, le rêve fut temporaire. Lorsque le prix du gaz a baissé, les Pays-Bas se sont rendu compte que leur secteur manufacturier était massacré. L’Alberta peut bien payer des impôts à Ottawa, elle a mis du plomb dans l’aile des industries manufacturières de l’Ontario et du Québec. Et on ose aujourd’hui nous dire que notre avenir coule dans leur oléoduc.

Le libre marché

Me voilà surpris qu’une certaine frange de Québécois de droite vante les mérites du développement albertain. Parfois presque jusqu’à en avoir l’air jaloux. Parce que ce n’est ni le libre marché ni l’esprit d’entreprise qui a généré cette croissance pétrolière. C’est le gouvernement de l’Alberta!

La Constitution canadienne octroie la propriété des ressources naturelles aux gouvernements provinciaux. C’est pourquoi ceux-ci se plongent parfois tête première dans une exploitation trop rapide et désordonnée des ressources. Cela prend la forme de réglementations environnementales déficientes ou de systèmes de redevances biaisés à l’encontre des générations futures.

Il y a bien des entrepreneurs qui se greffent sur la machine pétrolière. Mais, avant tout, l’exploitation est une affaire publique. Fondée sur les intérêts de l’Alberta seulement. Les redevances du pétrole permettent à cette province d’avoir des impôts artificiellement bas et de financer ses activités gouvernementales. Ce n’est pas de la libre entreprise, c’est un somnifère économique.

Et même si l’Alberta paie de la péréquation, on se rappellera que ce programme de transfert n’aurait pas explosé comme il l’a fait si la croissance avait été plus équilibrée entre les provinces. Mais, évidemment, oser le dire serait une hérésie.