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Les primes au quota de «tickets» au Québec?

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Photo Archives / Agence QMI

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Il est venu le vendredi où plus de 150 000 travailleurs de la construction du Québec vont partir pour deux semaines de vacances bien méritées. Dès la fin de la journée et pour la quinzaine à venir, le réseau routier sera envahi, les postes frontaliers presque bloqués par l’exode des vacanciers et les terrains de camping connaîtront une affluence attendue. En bref, tel un miracle presque divin, on va assister à la multiplication des véhicules de toutes sortes sur nos routes. C’est un peu la même chose chaque année.

Et viennent avec ça les campagnes de publicité en matière de sécurité routière. En 2014, la Sûreté du Québec nous disait «Sur la route des vacances, mettez la pédale douce!» Malheureusement, ce slogan n’a pas empêché 14 personnes de prendre le chemin du cimetière au lieu de la maison au terme de ces deux semaines. En 2014, les policiers de la SQ ont donné pas moins de 26 500 constats d’infraction et procédé à l’arrestation de 360 personnes pour capacité de conduite affaiblie par l’alcool ou les drogues.

Ça, ce sont les statistiques pures et simples. On a souvent parlé des quotas de contraventions que doivent donner les policiers durant leur quart de travail. On les traite souvent de collecteurs de taxes, avec raison bien souvent quand on considère que plusieurs municipalités anticipent recevoir des millions de dollar$ prévus dans leur budget annuel, mais ça c’est un autre sujet.

Les primes au quota!

On pense souvent, à tort, que nos policiers québécois reçoivent directement une part des sommes perçues quand ils donnent un constat. C’est faux, archifaux! Bien de mes ex-confrères (et moi-même, tant qu’à y être) seraient devenus riches si c’était le cas. On aurait tous voulu être assignés à la patrouille dans un poste autoroutier, histoire d’arrondir les fins de mois en prélevant les amendes, les frais et la prime pour le quota. Heureusement, ça ne marche pas de cette façon au Québec. Sauf que, et j’espère que nos gouvernements ne s’inspireront pas de ce qui suit pour réajuster le tir et voir ainsi une façon de garnir encore plus les coffres de l’État. Ceux-là mêmes qui en auraient bien besoin à ce qu’il paraît...

Pendant ce temps, en France...

En faisant ma revue de presse ce matin, café à la main, je tombe sur un article de Infos.fr qui titre «Routes: 600 euros de prime pour les CRS qui verbalisent le plus, dénonce Auto Plus». Avouez que ce titre vient donner un tout autre sens au pouvoir discrétionnaire des policiers, celui qui fait en sorte que des fois, tu donnes une chance au conducteur en faute. Faut croire qu’une prime de 600 euros, environ 840 $ au taux du jour, selon la Banque du Canada, ça donne un sérieux coup de main pour payer la dinde des fêtes, une gâterie quelconque, et ça, au frais du contribuable qui a le malheur de se retrouver devant la machine à émettre des «tickets» pour avoir son bonus annuel. Ça déshumanise la profession un peu.

C’est une triste façon de promouvoir la sécurité routière sur les routes de France patrouillées par «neuf compagnies autoroutières CRS et les 22 unités de motards chargés d’assurer la police de la route». On dirait qu’il est plus facile de motiver quelques centaines de policiers par l’appât du gain que de sensibiliser des centaines de milliers de conducteurs à la prudence.

Et cette façon de faire ne fait rien pour améliorer les relations entre les forces de l’ordre et la population. Je ne suis même pas convaincu qu’en agissant ainsi, on améliore le bilan routier en Île-de-France. M’enfin, comme dirait l’autre.

Retour au Québec

Toujours est-il que dès cet après-midi et pour la quinzaine à venir, nos policiers seront encore plus présents sur les routes du Québec. Des opérations auront lieu un peu partout. La vitesse, la ceinture de sécurité, la conduite avec les capacités affaiblies seront les infractions les plus souvent constatées. Sans oublier l’utilisation du téléphone cellulaire et une série d’infractions prévues par le Code de la sécurité routière, dont l’énumération exhaustive prendrait trop de place ici.

On a tous été témoins de comportements dangereux sur la route. J’espère qu’ils mettront la main au collet de l’épais de première qui, au volant d’une puissante Corvette rouge, m’a dépassé sur l’autoroute 15 récemment en se livrant à une course avec deux puissantes motos dont l’une a emprunté l’accotement de droite, les trois roulant à plus de 180 km/h.

Je souhaite aussi être témoin de l’interception et de la rédaction d’un constant d’infraction pour un grand excès de vitesse à l’imbécile au volant d’une Mazda grise qui roule à plus de 130 km/h sur une petite route de campagne dans mon coin de pays. Il y a des fois où conduire une voiture de police, ça me manque. Bon assez pour les états d’âme personnels.

Peu importe, on sait que durant ces vacances de la construction il est fort probable que quelques dizaines de milliers de constats d’infraction soient donnés par nos policiers québécois. Et pas un seul de ces constats ne fera en sorte d’augmenter (pas encore me direz-vous) le salaire ou les primes des policiers, une maudite chance. Allez, bonnes vacances, amusez-vous et soyez prudents sur les routes.

Pendant qu’au Québec, le slogan 2015 est «Sur la route et à destination, vacances rime avec prudence!», en France, on va récompenser ceux qui donnent le plus de «tickets». Non, mais, ils sont fous ces Gaulois!