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Il craint le rapport de la commission Charbonneau

Robert Sauvé président OIQ
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin Un an après son arrivée en poste, le président de l’Ordre des ingénieurs du Québec, Robert Sauvé, est confiant d’avoir réussi à faire le ménage dans son organisation.

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L’Ordre des ingénieurs craint que la sortie du rapport de la commission Charbonneau replonge la profession dans une crise, au moment où ses membres tentent de se refaire une réputation.

Tensions internes, ingénieurs éclaboussés par des scandales, un rapport dévastateur sur le fonctionnement de l’Ordre, le président Robert Sauvé a connu une première année mouvementée à la tête de l’organisation qui compte plus de 60 000 membres.

Dans une entrevue accordée au Journal, ce dernier a toutefois affirmé que les temps difficiles étaient maintenant derrière l’Ordre, même s’il craint les impacts de la publication du rapport Charbonneau en novembre prochain.

Alors que le nombre d’enquêtes de l’Ordre visant des ingénieurs a explosé au cours des dernières années, il a diminué en 2014-2015. Pourquoi ?

Nous avons toujours 755 dossiers d’enquête actifs. Mais le nombre de nouvelles enquêtes est en effet en baisse. C’est en ligne avec nos prévisions, comme quoi nous retournons tranquillement à la normale depuis la fin de la commission Charbonneau. Je crois que les attitudes ont changé. Les cas de contributions illégales à des partis politiques ont été tellement médiatisés qu’il n’y a plus un ingénieur au Québec qui peut prétendre qu’il n’est pas au courant que c’est illégal.

Peut-on dire pour autant que la corruption a pratiquement disparu de la profession ?

Non. Les manigances entre des individus malhonnêtes, ça va toujours exister. Mais la commission Charbonneau a révélé que cela ne touchait qu’une minorité de nos membres et on a ciblé ces personnes-là. Pour moi, la page est tournée. Je suis convaincu que la population a réalisé à quel point les ingénieurs sont importants dans notre société et qu’elle va nous faire confiance à nouveau.

L’industrie du génie aurait perdu environ 5000 emplois au Québec au cours des deux dernières années, selon l’Association des ingénieurs-conseils. À quel point la commission Charbonneau a-t-elle affecté la profession d’ingénieur ?

Nous n’avons pas le nombre exact d’emplois perdus en lien avec la commission. Mais c’est clair et net que cela a affecté l’économie de façon négative. On avait des firmes au Québec qui sont maintenant détenues par des intérêts étrangers. Je trouve cela désolant. La profession en a pris pour son rhume, à tort. Ça en est presque rendu une blague: tu es un ingénieur, tu es fraudeur.

Quels impacts aura la publication du rapport de la commission ?

J’espère qu’on ne replongera pas dans la morosité avec la sortie du rapport. J’aimerais qu’on y trouve des recommandations claires sur l’octroi des contrats dans le domaine de la construction. Le rôle de la commission n’est pas d’évaluer l’intégrité des ingénieurs qui ne sont qu’un jeton dans le processus. Nous n’avons pas à avoir honte de nous et de ce qu’on fait.

L’Ordre a été secoué par une crise interne importante, notamment lorsque ses membres ont refusé une hausse de leur cotisation annuelle l’an dernier. Quel est le climat actuel ?

Nous avons eu une assemblée annuelle au début du mois de juin qui s’est très bien déroulée. Tous les votes, y compris celui touchant l’augmentation de la cotisation, sont passés. Le climat était cordial. Je ne pense pas que beaucoup de personnes étaient intéressées par le poste de président lorsque je l’ai pris l’an dernier. La situation était très difficile. Maintenant, ça va mieux.

Un rapport commandé par l’Office des professions du Québec et publié en janvier dernier a relevé plusieurs lacunes dans le fonctionnement de l’Ordre, dont le manque de ressources affectées aux enquêtes. Avez-vous les moyens nécessaires pour assurer la protection du public ?

Nous avons bien accueilli le rapport. Mais je trouve que les gens ont la critique facile. À l’époque, les employés de l’Ordre agissaient avec les moyens qu’ils avaient. Depuis mon arrivée, l’an dernier, nous avons pris les décisions nécessaires. Il y a 21 recommandations dans le rapport. On veut les suivre, et même les bonifier. Nous voulons faire une réingénierie complète de notre système d’inspection. Alors, oui, nous pouvons assurer la protection du public.

Êtes-vous optimiste pour l’avenir de la profession ?

Le potentiel de travail est là. Il faut repartir la machine rapidement. Il semble y avoir un momentum avec la construction du nouveau pont Champlain, le prolongement du métro, etc. Les compagnies touchées par la commission ont pris les recommandations au sérieux. Aller chercher leur accréditation à l’Autorité des marchés financiers a été long et pénible pour plusieurs d’entre elles. Si sur 5000 employés, tu en as 10 qui sont croches, est-ce que ça remet en cause toute ton entreprise? Non. On peut faire confiance aux firmes et elles veulent travailler.