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La prouesse diplomatique de Barack Obama

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C’était avec un certain malaise que le président Obama acceptait le prix Nobel de la Paix en décembre 2009. Il avait changé le ton de la politique extérieure américaine, mais il n’avait pas d’accomplissement majeur à son actif. Avec l’accord nucléaire conclu avec l’Iran cette semaine, c’est fait.

C’était avec un certain malaise que le président Obama acceptait le prix Nobel de la Paix en décembre 2009. Il avait changé le ton de la politique extérieure américaine, mais il n’avait pas d’accomplissement majeur à son actif. Avec l’accord nucléaire conclu avec l’Iran cette semaine, c’est fait.

Ses critiques le disaient fini après la déconfiture démocrate de novembre 2014, mais Barack Obama cumule les succès en politique étrangère. Après l’élimination d’Oussama ben Laden et l’accord climatique avec la Chine, l’ouverture vers Cuba et le feu vert à la négociation du Partenariat transpacifique sont venus s’ajouter.

Mais amener l’Iran à renoncer à l’arme nucléaire, c’est une véritable prouesse diplomatique.

On ne fait pas confiance, on vérifie

Quand il négociait avec Gorbatchev, Ronald Reagan aimait lui répéter ce dicton russe: «On fait confiance, mais on vérifie.» Aujourd’hui, Obama insiste pour dire qu’il ne fait nullement confiance aux ayatollahs et c’est pourquoi l’accord comporte un régime de vérification extrêmement serré.

De l’avis des experts, les mécanismes de vérification sont si étanches que l’Iran ne pourrait pas entreprendre la production d’une arme atomique sans être détecté et entraîner automatiquement un retour des sanctions.

Aux États-Unis, les républicains disent non, mais ils n’ont pas d’autre solution à proposer.

Des années de fermeture envers l’Iran n’ont pas freiné le développement de son programme nucléaire militaire. Cet accord a de bien meilleures chances de le faire.

Des réactions contrastées

Ceux qui accueillent l’accord avec le plus d’enthousiasme sont les citoyens iraniens, qui ont payé le gros du prix des sanctions et pour qui l’ouverture aux échanges internationaux représente un espoir de libéralisation politique.

Aux États-Unis, les républicains disent non, mais ils n’ont pas d’autre solution à proposer. Malgré leur majorité au Congrès, ils ne pourront pas renverser le veto que le président opposera inévitablement à la législation qu’ils proposeront pour faire échec à l’accord.

Il est difficile de trouver autre chose dans l’argumentation de plusieurs opposants qu’une profonde aversion pour Obama et une volonté inaltérable de lui faire échec.

En Iran, le président Rouhani devra aussi surmonter une certaine résistance de la part des ayatollahs, mais le processus sera plus opaque.

Bien sûr, l’opposition la plus viscérale est celle des faucons du gouvernement israélien, qui entraînent à leur suite leurs indéfectibles alliés conservateurs américains (et canadiens).

Ce rejet est si total qu’il ressemble à une mise en scène pour amadouer les ayatollahs récalcitrants: si l’accord est si inacceptable pour Israël, il ne peut pas être si mauvais que ça.

Un acte de foi

Le temps nous dira si l’accord remplit ses promesses. Avec le statu quo, l’Iran aurait vraisemblablement pu se doter d’un arsenal nucléaire, mais la vérification intensive prévue dans cet accord rend ce scénario du pire virtuellement impossible.

À long terme, l’accord représente un acte de foi. Ce n’est pas un acte de foi envers les ayatollahs, mais envers le peuple iranien, qui a plus de chances de pousser dans le sens de la libéralisation s’il est ouvert sur le monde.

Pour Barack Obama, cet accord est un accomplissement majeur.

Malgré leur aversion pour le régime iranien, les Américains qui ne sont pas aveuglés par la partisanerie finiront bien par lui attribuer un peu de crédit.