/news/transports
Navigation

Une simple amende pour avoir causé un accident mortel

Richard Corriveau et sa mère Danielle ne comprennent pas pourquoi aucune accusation criminelle n’a été portée contre le conducteur qui a causé l’accident impliquant la voiture du père de famille, Jacques Corriveau.
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Christine Noël Richard Corriveau et sa mère Danielle ne comprennent pas pourquoi aucune accusation criminelle n’a été portée contre le conducteur qui a causé l’accident impliquant la voiture du père de famille, Jacques Corriveau.

Coup d'oeil sur cet article

La famille d’un automobiliste tué lorsqu’un bloc de glace s’est détaché d’un camion lourd demande que les lois soient plus sévères envers les conducteurs fautifs.

La veuve de Jacques Corriveau trouve ridicule que le camionneur responsable de l’accident qui a causé la mort de son mari n’ait reçu qu’une amende de 1264 $.

«J’en veux au conducteur qui n’a pas déneigé son camion correctement. Aucune accusation n’a été portée contre lui», explique Danielle Corriveau.

Au lendemain de Noël, en 2012, Jacques Corriveau venait de quitter la maison familiale de Saint-Léonard-d’Aston en direction de Granby pour le travail.

Une conductrice qui suivait un poids lourd immatriculé de l’Ontario sur le boulevard David-Bouchard à Granby a reçu une épaisse plaque de glace sur son pare-prise. Le morceau s’était détaché du toit du camion.

La femme a alors perdu la maîtrise de son véhicule et a violemment heurté la voiture de M. Corriveau qui venait en sens inverse. Le père de famille de 63 ans et ancien président de la Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec est mort sur le coup.

Rapport du coroner

Dans sa première version de son rapport en 2014, la coroner Krystyna Pecko n’a jamais fait mention du bloc de glace qui a causé l’accident.

Richard Corriveau, le fils du défunt n’a pas mâché ses mots sur les circonstances, ainsi que sur ce rapport.

«Il faut toujours attendre que quelqu’un meure pour changer les lois. Eh bien, là, c’est arrivé! Une amende, ce n’est pas assez.»

Après plusieurs mois, la coroner a décidé de publier une nouvelle version amendée de son rapport en avril dernier, incluant cette fois la plaque de glace.

Dans le document, Mme Pecko nuance la position de la famille en soulignant que les camionneurs «ne sont pas autorisés à monter pour déneiger le toit de leur remorque».

Et «qu’un chauffeur inspectant son camion du sol ne pourrait pas voir s'il persiste une plaque de glace sur le toit de sa remorque après le déneigement.»

Pour la famille cette réponse est une deuxième gifle au visage.

«Le coroner n’a pas bougé du tout. Le camionneur ne sera jamais responsable» a lancé Mme Corriveau, découragée.

Contravention

La loi permet aux autorités, en vertu du Code de la sécurité routière, de donner des constats d’infraction qui s’élèvent à environ 100 $ pour un véhicule ou un poids lourd mal déglacé ou mal déneigé.

En 2014, la Sûreté du Québec a donné des constats d’infraction à 352 automobilistes et camionneurs en vertu de ce règlement.

La Société de l’assurance automobile du Québec, le Directeur des poursuites criminelles et pénales, la Sûreté du Québec et l’Association des camionneurs n’ont pas pu confirmer au Journal si des accusations de négligence criminelle ont déjà été déposées dans un tel cas.

Des centaines d’amendes chaque année

  • Au Québec, en vertu du Code de la route, il est interdit à tout conducteur de laisser une matière quelconque se détacher du véhicule qu’il conduit. Par exemple de la neige, de la roche ou même des objets lors d’un déménagement. L’amende est de 100 $.
  • En 2014, la Sûreté du Québec a donné des constats d’infraction à 352 automobilistes et camionneurs en vertu de ce règlement.
  • L’année précédente, 499 personnes ont été interpellées et ont reçu une amende.
  • En 2012, 373 constats ont été donnés.

Une responsabilité partagée

L’Association des camionneurs du Québec assure que plusieurs messages de sensibilisation sont faits dès l’automne pour rappeler l’importance de bien déglacer et déneiger correctement les véhicules.

Le président Marc Cadieux a demandé en décembre un resserrement des règles au minis­tre des Transports afin d’exiger que les compagnies mettent à la disposition des camionneurs l’équipement et les espaces néces­saires pour déglacer et dénei­ger les toits.

Aucune infraction émise par Contrôle routier Québec

  • Contrôle routier Québec peut aussi donner des amendes aux camionneurs fautifs qui laissent un objet se détacher de leur véhicule.
  • Toutefois, pour que cette infraction puisse être émise, le contrôleur routier doit avoir constaté la faute au moment où elle se produit.
  • Depuis deux ans, aucun constat d’infraction n’a ainsi été donné par Contrôle routier Québec.