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Un horizon indépassable?

Greek PM Tsipras speaks during a parliamentary session in Athens
Photo Alkis Konstantinidis / Reuetrs

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Lâché par une partie de ses alliés, soutenu par ses adversaires d’hier, le gouvernement grec d’Alexis Tsipras devra donc boire le calice jusqu’à la lie s’il veut rester dans la zone euro.

Lâché par une partie de ses alliés, soutenu par ses adversaires d’hier, le gouvernement grec d’Alexis Tsipras devra donc boire le calice jusqu’à la lie s’il veut rester dans la zone euro.

Ce gouvernement issu de la gauche radicale, arrivé au pouvoir il y a six mois à peine, a fait deux énormes erreurs de calcul.

La première erreur fut de croire qu’une attitude ferme de sa part aviverait la crainte d’un départ de la Grèce de la zone euro et mènerait ses créanciers à relâcher la pression. Comme on dit au poker, le reste de l’Europe a «callé le bluff» et M. Tsipras a dû montrer la maigreur des cartes qu’il avait dans son jeu.

Exaspérés

La deuxième erreur de calcul de M. Tsipras fut de tenir ce référendum. À première vue, il obtenait ce qu’il voulait: un Non massif à l’austérité, ce qui lui permettait de prétendre qu’il avait un mandat démocratique pour refuser les diktats européens.

Malheureusement pour lui, M. Tsipras n’a pas voulu voir que la démocratie grecque ne peut pas faire comme si les autres démocraties européennes n’existaient pas. Exaspérés, les électeurs des autres pays ont le sentiment qu’une partie de leurs impôts sert à soutenir la Grèce. Ils appuient donc la ligne dure de leurs gouvernements nationaux.

Pire, en acceptant aujourd’hui ce qu’il disait il y a quelque temps qu’il n’accepterait jamais, M. Tsipras provoque un sentiment de trahison à la hauteur de l’immense espoir créé par ce Non. Quand vous demandez son opinion au peuple, celui-ci s’attend à ce qu’elle soit prise en compte.

Partout en Occident, la gauche ferme est immensément déçue. Mon collègue chroniqueur Réjean Parent, que j’estime, note avec dépit que c’est comme si Québec solidaire mettait en application le plan d’austérité du gouvernement Couillard.

Évidemment, les exigences imposées à la Grèce sont infiniment plus sévères que notre austérité locale, mais il est vrai que Syriza et Québec solidaire sont des partis frères sur le plan idéologique.

Assumer

M. Parent se désole de l’impuissance chronique de la gauche à faire émerger un autre modèle de régulation que celui du capitalisme. Je me demande pour ma part si la vraie question n’est pas plutôt: est-il possible de faire émerger un autre modèle que celui du capitalisme?

On peut certes l’imaginer et en dessiner les contours dans nos têtes. Mais peut-il deve­nir une réalité concrète? Comment se fait-il que les gauches les plus déterminées, quand elles parviennent au pouvoir, finissent toujours par plier devant la dure réalité capitaliste?

La réponse est simple: la seule gauche possible quand on est au pouvoir, c’est une social-démocratie modérée, qui aménage le capitalisme aussi humainement que possible, avec de difficiles compromis et sans trop tirer sur l’élastique. On peut et même on doit critiquer le capitalisme, mais on ne saurait lui tourner le dos.

Le reste n’est qu’une rhétorique incantatoire et déconnectée qui vole en éclats dès qu’elle doit assumer les responsabilités du pouvoir. C’est ainsi. Pour le meilleur et pour le pire.

 

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