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Les égouts transformés en puits de carburant vert

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Nos égouts pourraient bien devenir les puits de pétrole du futur. Des scientifiques québécois fabriquent en effet du biocarburant avec des microalgues récoltées dans les eaux usées.

Le projet est né sous l’impulsion de Rio Tinto Alcan, un des plus grands consommateurs d’énergie de la province.

«C’est eux qui sont venus nous voir pour chercher des façons d’éliminer leur dépendance aux énergies fossiles», explique le Pr Simon Barnabé, titulaire de la Chaire de recherche industrielle en environnement et biotechnologie, à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

En partenariat avec le Centre d’innovation des produits cellulosiques Innofibre, le Pr Barnabé a proposé au géant de l’aluminium de se tourner vers les microalgues.

Ces micro-organismes poussent tout naturellement dans les eaux usées, dont ils se nourrissent des nutriments, et sont extrêmement productifs. En les transformant, on peut en effet obtenir plus de 20 tonnes d’huile par hectare et par an en bassin, soit 20 fois plus qu’un hectare de champ de tournesol, par exemple.

Dépolluant

Au bout de cinq ans de travail en laboratoire, l’équipe du Pr Barnabé a mis au point une technique de culture et de récolte des microalgues très québécoise, puisqu’elle «donne une seconde vie aux équipements papetiers», indique Nathalie Bourdeau d’Innofibre.

La machine à papier est en effet utilisée pour récolter la fibre et la déshydrater. Ensuite, les savants transforment la pâte obtenue en une huile similaire au mazout. Une fois raffinée, cette substance est aussi performante que l’essence faite de pétrole.

Ce nouvel or vert qui n’émet pas de gaz à effet de serre permet de réduire drastiquement la pollution, car en plus d’être une source de biocarburant carboneutre, les microalgues se nourrissent en masse de CO2, le principal responsable du réchauffement climatique. Elles sont donc dépolluantes tout au long de leur croissance.

Protéger les terres agricoles

Selon le Pr Barnabé, «ça va devenir de plus en plus populaire parce que ça ne dépend pas des sols arables. La production ne rentre pas en compétition avec celle de la nourriture».

Son équipe a donc en main une solution pour réduire la production d’agrocarburant qui inquiète les Nations unies, car elle met en péril la production de denrées alimentaires et pousse à la hausse les prix des aliments.

 

Révolution énergétique en marche

En misant sur les microalgues, le Québec se positionne comme un leader dans la recherche et le développement d’un carburant qui promet de révolutionner la planète.

«Au Québec et au Canada, il n’y a pas de production industrielle, contrairement aux États-Unis. Mais on est très avancé en recherche et développement», indique le Pr Simon Barnabé de l’UQTR.

Déjà Victoriaville a lancé un projet de production algale dans son parc industriel et celle de Québec pourrait lui emboîter le pas, souligne le chercheur.

Marché milliardaire

D’après les scientifiques, les microalgues sont la source de carburant de la prochaine génération, au point que les investisseurs du monde entier se disputent le marché. Aux États-Unis, le ministère de l’Énergie a investi des millions dans les micro-organismes verts depuis 2013.

Et le secteur privé n’est évidemment pas en reste. Déjà, Continental Airlines a fait voler avec succès son premier Boeing grâce à des microalgues. Le vol de 90 minutes s’est déroulé au-dessus du golfe du Mexique, en janvier 2009.

Rentabilité

La compagnie aérienne espérait faire le virage algal dès 2012, mais a dû retarder ses plans. Le problème c’est qu’«actuellement ce n’est pas encore rentable», note le Pr Barnabé.

Le coût de production est en effet encore bien trop élevé pour concurrencer le prix du baril de pétrole. Davantage de recherche est donc nécessaire à ce chapitre, ainsi que dans celui de nouveaux débouchés. Car pour le Pr Barnabé, «la rentabilisation se fera avec les coproduits».

L’idée est de multiplier les applications des huiles issues des microalgues. Outre le carburant, celles-ci peuvent servir à fabriquer des pigments, des cosmétiques et même des médicaments et des compléments alimentaires, comme les oméga-3. C’est d’ailleurs l’usage qu’en faisaient déjà les Aztèques, bien avant la colonisation.


♦ Le projet de l’UQTR et d’Innofibre est présenté cette semaine au World Congress on Industrial Biotechnology, au Palais des congrès.

 

Comment c’est fait ?

  1. Culture de microalgues dans un bassin exposé à la lumière et au Co2 pour permettre la photosynthèse essentielle à la croissance des plantes.
  2. Récolte et déshydratation dans le fourdrinier d’une machine à papier
  3. Liquéfaction hydrothermale: il s’agit de fragiliser la robuste paroi cellulaire qui protège chaque cellule d’algue
  4. Extraction des huiles par distillation