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L’histoire de la nage en eau libre

Régent Lacoursière est le « Guy Lafleur » de la nage en eau libre.
photo d’archives Régent Lacoursière est le « Guy Lafleur » de la nage en eau libre.

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Discipline olympique toute jeune qui a fait son entrée aux Jeux de Pékin en 2008, la nage en eau libre ne date pourtant pas d’hier. Son histoire a été riche au Québec et des Québécois ont aussi marqué son histoire ailleurs. Alors que se déroule la 61e édition de l'historique Traversée du lac Saint-Jean, rencontre avec l'une de ses légendes et l'un de ses espoirs.

À 80 ans, Régent Lacoursière, le « Guy Lafleur » de la nage en eau libre, travaille encore dans son école de natation à Anjou sept jours sur sept, et ce n’est pas demain la veille qu’il prendra sa retraite, dit-il sans même que le sujet soit abordé. Décidément, l’endurance, le nageur en eau libre connaît. Sourire franc, rire facile et regard taquin : on comprend vite pourquoi le Québec l’a adoré. Qu'un aperçu de ses exploits sportifs complète le portrait du personnage, qui a été reconnu comme l’un des pionniers de la nage en eau libre au pays.

Rappelons – si une telle chose est nécessaire – que Régent Lacoursière, à tout juste 24 ans, a établi un record du monde au 22 miles de Guayamas au Mexique, en 1959, a participé à quinze Traversées du lac Saint-Jean entre 1958 et 1972, décrochant les grands honneurs en 1960, a terminé premier au jadis 24h de La Tuque de 1965 à 1967 et est monté sur la première marche du podium au 32 miles de Mar Del Plata en Argentines en 1966 après plus de 17 heures d'effort...

Parcours incroyable

Sa feuille de route est longue, et les honneurs, nombreux. Les Simpson en ont même fait un personnage le temps d'un épisode où la vie de grand-papa Simpson était en jeu... la consécration, quoi!

« J’arrive pas à croire que j’ai fait tout ça », dit la légende.

« Je ne sais pas si je le referais aujourd’hui... » ajoute-t-il mi-sérieux

« Qui, qui ferait ça ?» questionne-t-il en montrant une photo de lui, en apparence tout petit dans des eaux vives parmi des embarcations solides. Puis, il m'en pointe une autre, où seul l'aileron d'un requin se pointe comme compagnie autour du nageur.

La nage en eau libre d’hier

« C’était l’aventure », dit de la nage en eau libre celui que certains surnommaient la loutre du Lac Saint-Jean.

Les épreuves de nage en eau libre étaient jadis des épopées où les athlètes visaient d'abord une chose: passer à travers.

« Au Rhode Island, en 1966, seulement quatre nageurs ont terminé la course de 14 miles! Les autres ont tous abandonné à cause des requins», se remémore l'homme en riant.

Les nageurs en eau libre devaient être endurants, résistants, tough: de vrais Vikings.

L'homme contre les éléments...

Les épreuves de nage en eau libre au Québec étaient plus nombreuses et les distances, plus longues.

« C'était les belles années », dit M. Lacoursière.

Mais si on lui demande s'il aurait aimé que son sport soit une discipline olympique dans le temps, il répond du tact au tact: «C'est sûr!» Et des marathons, SVP.

Relève prometteuse

De belles années s'annoncent aussi à l'horizon pour la nage en eau libre. En fait, on s'y baigne, carrément. Aux derniers Jeux olympiques de 2012, le Canadien Richard Weinberger a fait briller le pays – et la discipline – en décrochant une médaille d’or.

L’année dernière, plus près de chez nous, à la Traversée du lac Saint-Jean, Xavier Desharnais a été vainqueur ex aequo avec le Macédonien Tomi Stefanovski. Le jeune nageur de 25 ans originaire de Sherbrooke était le premier Canadien en vingt ans à décrocher une première place à la course historique. Cet exploit, il compte bien le répéter en défendant son titre ce week-end.

Aujourd’hui, la distance ne suffit plus: chaque seconde compte, comme le démontre le résultat exceptionnel d'une arrivée ex aequo dans une épreuve de 32 kilomètres. Pour y arriver, les nageurs progressent en peloton.

S’ajoute alors à un entraînement au volume surhumain – entre 60 et 100 kilomètres de natation par semaine pour Xavier Desharnais – et à la grande force mentale indispensable pour persévérer dans ce quotidien éreintant et pour composer avec les conditions souvent difficiles de la nage en eau libre, une composante stratégique tout aussi essentielle. Un sport des plus complets... à l’extrême, pour coriaces avertis.

Xavier Desharnais possède ces trois atouts pour performer à nouveau à la Traversée. Il souhaite en plus des conditions difficiles comme une eau froide et houleuse, convaincu que les Québécois – notamment Philippe Guertin, autre nageur prometteur – seraient alors avantagés, ou du moins, moins désavantagés. Une nouvelle vague de Vikings...

La nage en eau libre pour tous ?

Au-delà des épreuves de distance comme le 10 kilomètres et de très longue distance comme la Traversée du Lac-Saint-Jean, de nouvelles épreuves plus grand public - le 500 mètres, 1 km et 2 km - font surface.

Le calendrier «Nage en eau libre» de la Fédération de la natation du Québec propose quelques événements «ouverts» auxquels tout athlète peut participer.

Un nouveau circuit, NageEnEauLibre.com, a aussi fait son apparition cette année dans le calendrier des sportifs intéressés par la nage en eau libre.

Traversée internationale du lac Saint-Jean

Jeudi 23 juillet : la Coupe du monde de marathon 10 km FINA

Samedi 25 juillet : Traversée 32 km FINA

24 athlètes, dont 9 femmes, de 12 pays

Pays le plus représenté : l’Argentine, avec 6 athlètes

Régent Lacoursière a participé à 15 Traversée entre 1958 et 1972.

Son meilleur temps : 8h45m35s

Temps du gagnant (Xavier Desharnais) en 2014 : 7h09m08s

Faits étonnants

  • La Traversée ferait partie des six épreuves sportives les plus difficiles du monde selon une étude scientifique de Outside Magazine. Ce qui l’explique? Les eaux imprévisibles de la mer intérieure.
  • La vitesse des nageurs a plus que doublé en 50 ans. En 1999, les nageurs progressaient à une vitesse d’environ 26 min/km. Aujourd’hui, moins de 12 min/km.
  • Entre 1985 et 1989, la Traversée était en fait un aller-retour de 64 kilomètres. C’est Christine Cossette, une jeune nageuse de 22 ans, qui avait d’abord tenté l’expérience en 1984.