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Les jeunes moins tentés par le menthol?

Une enquête a analysé des milliers de mégots aux abords des écoles

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Un regroupement de dépanneurs accuse le gouvernement d’avoir exagéré la consommation de cigarettes au menthol chez les jeunes afin de pouvoir l’interdire.

À quelques mois de l’adoption d’une loi interdisant les cigarettes aromatisées, une enquête commanditée par l’Association­­ canadienne des dépanneurs en alimentation (ACDA) conclut que les jeunes ne fument pas autant de cigarettes au menthol qu’on le croit.

Selon l’ACDA, moins de 1 % des cigarettes fumées par les jeunes sont au menthol.

Pour arriver à cette conclusion, l’Association a mandaté une firme qui a recueilli 5639 échantillons à l’extérieur des cours de 15 écoles secondaires de la région de Montréal. Les prélèvement ont été effectués avant la fin des classes, en mai et juin.

Seulement 0,9 % des échantillons étaient au menthol, la cigarette aromatisée la plus populaire sur le marché.

Pour neuf de ces écoles, les enquêteurs n’ont pas trouvé un seul mégot de cigarette au menthol.

Le pire cas se trouve à Châteauguay, où 3,4 % des mégots autour de l’école Howard S. Billings étaient au menthol.

«Ces résultats contredisent les croyances voulant que la cigarette au menthol soit une façon d’initier les jeunes au tabac», estime Michel Gadbois, vice-président exécutif de l’ACDA.

Résultats étonnants

Ces résultats sont surprenants quand on sait qu’environ 5 % des cigarettes vendues au Québec sont au menthol.

«Ce chiffre de vente doit peut-être être revu à la baisse étant donné qu’une proportion importante de jeunes passent à la cigarette électronique au menthol», suggère Jean-­Simon Venne, ingénieur et président de Niric, qui effectue ces études pour l’ACDA depuis 2009.

Les sondages gouvernementaux montrent aussi un tout autre portrait de la situation.

En 2013, celui de l’Institut de la statistique du Québec concluait que 26 % des fumeurs du secondaire avaient consommé un produit au menthol au cours du mois précédent. Ces résultats étaient similaires à ceux d’une autre enquête d’opinion publiée en 2014 par l’Université de Waterloo, en Ontario.

Méthode boiteuse

«On ne sait même pas qui a fumé ces cigarettes. Aucun chercheur universitaire ne publierait quelque chose avec une méthodologie aussi boiteuse que cette étude de l’ACDA», réplique la Dre Geneviève Bois, porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac.

Photo courtoisie

«On pense qu’au moins 80 % des mégots proviennent des jeunes de ces écoles. La méthode est passablement solide», répond M. Venne, qui précise que c’est l’ACDA qui a sélectionné les écoles et non son entreprise.

«L’ACDA avance souvent des propos malhonnêtes ou exagérés afin d’appuyer son opposition aux mesures antitabac», martèle la directrice de la Coalition, Heidi Rathjen.

♦ Les cigarettes aromatisées, dont celles au menthol, sont bannies en Nouvelle-Écosse depuis mai dernier. Le Québec, l’Alberta, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick comptent appliquer les mêmes interdictions dans les prochains mois.