/news/politics
Navigation

Une oeuvre gigantesque qui fait des vagues

La Ville de Montréal a dépensé 1,1 M$ pour une œuvre de près de 20 mètres qui est loin de faire l’unanimité

Coup d'oeil sur cet article

Ceci n’est pas un manège en construction ou une roue à hamster géante. C’est une œuvre d’art controversée que la ville de Montréal est en train d’ériger au coin des boulevards Pie-IX et Henri-Bourassa, avec 1,1 M$ d’argent public.

Yves Charbonneau, résident de Montréal-Nord, est choqué de passer tous les jours devant la structure métallique de près de 20 mètres de haut.

«Ce n’est pas une œuvre d’art qu’on construit là, c’est juste une grosse structure. Ils ont payé ça plus de 1 M$ en plein temps d’austérité en plus. Si je voulais voir une grande roue, j’irais à La Ronde», s’insurge M. Charbonneau.

Un autre résident du quartier, Pierre, qui a préféré taire son nom, s’insurge moins de l’apparence que du montant dépensé.

«Je ne comprends pas comment ça coûte plus d’un million de dollars pour construire ça. C’est beaucoup plus beau que les routes qu’il y avait là avant, mais je trouve ça très cher pour ce que c’est», indique le résident du quartier.

L’œuvre

L’objet de la controverse est une œuvre nommée La Vélocité des Lieux, conçue par le trio d’art contemporain BGL. Ceux-ci ont reçu le mandat de la Ville de construire la plus grande œuvre d’art publique sur l’île dans le cadre du réaménagement de l’important carrefour routier.

La structure est une roue géante qui se veut un hommage au transport collectif. À l’intérieur de la roue, des plaques en aluminium et des matériaux réflecteurs seront façonnés pour ressembler à des autobus qui tournent sur eux-mêmes.

Le Journal n’a pas réussi à joindre les sculpteurs, mais ceux-ci ont expliqué leur œuvre dans une vidéo publiée il y a un mois par la Ville.

«L’œuvre est un gros délire et une opportunité incroyable pour offrir un moment de contemplation [...] On veut que les gens en retirent du plaisir et que ça leur fasse sourire», raconte Nicolas Laverdière.

La nouvelle œuvre d’art commandée par la Ville de Montréal au coût de 1,1 M$ reçoit un accueil mitigé parmi les résidents de l’arrondissement Montréal-Nord.
Photo courtoisie
La nouvelle œuvre d’art commandée par la Ville de Montréal au coût de 1,1 M$ reçoit un accueil mitigé parmi les résidents de l’arrondissement Montréal-Nord.

Projets controversés

Il est très commun qu’une nouvelle œuvre d’art envergure soulève la controverse lors de son installation, croit Marie Lessard, professeure à l’école d’urbanisme et d’architecture du paysage à l’Université de Montréal.

«Beaucoup d’œuvres d’art public suscitent la controverse et pour diverses raisons. C’est normal, car les artistes sont généralement avant-gardistes et les jurys aiment cela», explique Mme Lessard.

Selon elle, l’œuvre dans son état actuel est un peu «rébarbative», mais elle préfère laisser la chance aux artistes de dévoiler la structure finale avant de lancer son verdict.

Toutefois, elle dit qu’il faudrait s’attendre à ce que davantage de grandes œuvres fassent leur apparition à Montréal au cours des prochaines années.

«Avec l’attention portée aux entrées de ville depuis deux ou trois décennies, [plusieurs] militent pour un plus grand soin accordé à ce genre de milieu. Donc on y verra sûrement plus d’œuvres d’art», résume la professeure.

Une dépense qui n’était pas obligatoire

La Ville de Montréal a décidé de son propre chef de dépenser plus d’un million de dollars pour une œuvre d’art, puisque la loi provinciale ne l’obligeait pas à en faire autant.

Selon cette loi, toutes les institutions publiques doivent réserver 1 % du budget total en prévision de la construction ou rénovation de bâtiments et infrastructures, ou pour des projets d’art ou d’architecture québécois.

Cette somme peut être dépensée en faveur d’une œuvre ou pour améliorer la conception architecturale d’une structure ou d’une place publique.

Dans ce cas, la Ville a justement décidé d’investir ce 1 % afin de rehausser la qualité architecturale de l’aménagement.

Elle a choisi en plus de dépenser 1,1 M$ du budget de transports de la Ville pour l’œuvre La Vélocité des Lieux.

Une œuvre d’art «emblématique»

Le Journal a voulu demander au maire Denis Coderre s’il aimait l’œuvre qui est installée au coin des boulevards Pie-IX et Henri-Bourassa, mais une porte-parole de son cabinet a répondu qu’il n’était pas disponible pour répondre à cette question.

La Ville nous a plutôt envoyé un énoncé vantant les mérites de cette sculpture.

«Il s'agit d'une œuvre d'art emblématique qui fait référence au transport collectif, lequel aura une belle part dans le réaménagement du carrefour. Elle contribuera à faire de ce carrefour un lieu significatif, un véritable site animé», a indiqué par courriel une porte-parole de la Ville, Valérie De Gagné.

Trois autres projets qui font réagir

Les controverses autour d’un projet artistique financé à même les deniers publics ne datent pas d’hier. Voici quelques autres œuvres qui en ont fait réagir plusieurs de par leur apparence et leur prix.
Photo courtoisie
 
Un malaxeur à 75 000 $
 
Une sculpture d’un batteur à œufs géant inauguré au centre-ville de Montréal au coût de 75 000 $ avait fait sursauter en 2011. «Il a effectivement une forme particulière, mais comme Philadelphie a son épingle à linge, Paris sa bicyclette ensevelie ou Barcelone son carton d'allumettes, Montréal a maintenant son batteur à œufs», avait indiqué la chef de section du bureau d’art public de la Ville à ce moment.
Photo courtoisie
 
La sculpture de l’hôpital Charles-Lemoyne
 
Au coût de 200 000 $, cette œuvre a fait couler beaucoup d’encre depuis son inauguration en 2011 en raison de multiples bris causés par le vent. L’œuvre en aluminium composée de lames verticales et horizontales entrecroisées a été installée dans un endroit qui accueille beaucoup de «tourbillons de vent», ce qu’ignorait l’artiste Francine Larivée au moment de la conception.
Photo courtoisie
 
De l’art pour un terrain de soccer
 
Le maire de Mirabel s’était dit estomaqué en 2012 lorsque sa Ville a dû dépenser près de 40 000 $ pour installer une série d’images au bord d’un terrain de soccer rénové grâce à du financement de Québec. «Quand je regarde l’œuvre, je reste très perplexe face à l’argent qu’on est obligé d’investir», avait-il dit.