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Des blessures qui inquiètent

L’Hôpital de Montréal pour enfants remarque des traumatismes plus nombreux et plus graves

Les blessures en planche à roulettes sont de plus en plus graves et nombreuses selon l’Hôpital de Montréal pour enfants. Sur la photo, Alec Grenne, 19 ans, fait du skateboard sans casque, même s’il sait que «c’est risqué».
Photo Journal de Montréal, Isabelle Maher Les blessures en planche à roulettes sont de plus en plus graves et nombreuses selon l’Hôpital de Montréal pour enfants. Sur la photo, Alec Grenne, 19 ans, fait du skateboard sans casque, même s’il sait que «c’est risqué».

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Traumatismes crâniens, blessures au cou, à la colonne, au visage et fractures des membres... Le nombre et la gravité des blessures que s’infligent les adeptes de la planche à roulettes inquiètent les milieux hospitaliers qui prônent une meilleure protection pour les jeunes.

«Tu fais du skate et tu ne portes pas de casque? Je ne veux pas te revoir ici avec une commotion cérébrale ou la tête grosse comme un melon. Mets ton casque!», prévient l’infirmière qui accueille un adolescent de 14 ans à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Ce jeune que nous avons croisé s’était blessé au coccyx en skateboard. Il est l’un des nombreux adeptes de la planche à roulettes à s’être présentés à l’urgence pédiatrique au cours des derniers mois.

Seulement depuis avril, l’équipe de traumatologie de l’hôpital a dû traiter 86 jeunes skateurs, soit presque un cas par jour.

«Le skate inquiète, confie Debbie Friedman. On échange avec les autres centres de traumatologie et il y a une réelle préoccupation en ce qui concerne le nombre et le type de blessures», constate la directrice des programmes de traumatologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Debbie Friedman, Hôpital de Montréal pour enfants.
Isabelle Maher
Debbie Friedman, Hôpital de Montréal pour enfants.

«Sport extrême»

Même constat au CHU Sainte-Justine où depuis cinq ans, on observe une hausse légère, mais constante, du nombre de blessures en skateboard ou longboard. Chaque année, entre 100 et 120 jeunes se présentent à l’urgence.

«On considère que c’est un sport extrême à haut risque de blessures, tranche la Dre Marie-Anne Beaudin, chirurgienne pédiatrique au CHU Sainte-Justine.

Les deux établissements pédiatriques reçoivent des jeunes adeptes de la planche à roulettes avec des fractures des membres, mais aussi des traumatismes au visage, au cou ou au crâne.

«Il est clair que les blessures les plus sérieuses affectent la tête ou le cerveau», précise Mme Friedman.

«On parle dans certains cas de coma et de séquelles, surtout chez les enfants qui ne portent pas de casque», ajoute la Dre Beaudin qui insiste sur les moyens de prévention pour éviter les blessures.

«On veut que les enfants soient actifs, mais ils doivent connaître les risques, porter un équipement de protection et pratiquer ce sport dans des lieux adéquats», conclut Debbie Friedman.


Lorsque la planche à roulettesconduit à l’hôpital

Hôpital de Montréal pour enfants:

2013:

206 cas dont 172 skateboards, 28 longboards.

2014:

173 cas dont 154 skateboards 19 longboards.

2015 depuis avril:

86 cas dont 78 skateboards, 8 longboards.

CHU Ste-Justine:

Entre 100 et 120 cas par année depuis 2010.

Source: Hôpital Montréal pour enfants-Dre Marie-anne Beaudin

Quand le casque nuit au « look »

Une casquette oui, un casque de protection, oh que non. Les adeptes du skate ont un code vestimentaire rarement compatible avec les protège-poignets, coudes et genoux.

Le casque, que plusieurs perçoivent comme le minimum requis pour éviter les traumatismes crâniens, est loin de plaire aux adolescents, surtout les plus âgés.

«C’est sûr que je devrais porter un casque, mais ça ne me tente pas, même si je sais que c’est risqué», confie Alec Green, un skateur de 19 ans.

«C’est une question de look. Moi, à partir de l’âge de 14 ans, je ne vois plus beaucoup de jeunes en porter. Les skateurs que les jeunes voient dans les vidéos ou en compétition ne portent pas de casque», observe Martin Gagnon, propriétaire d’une boutique de planche à roulettes de la Rive-Sud de Montréal.

Bien tomber

Apprendre «à bien tomber» est un art que les adeptes de la planche à roulettes doivent plutôt apprendre à maîtriser, plaide M.Gagnon.

«À la longue, ils développent le réflexe de protéger leur tête en tombant sur les bras et les mains», confie le skateur d’expérience.

«Non, ce n’est pas vrai, réplique la Dre Marie-Anne Beaudin, chirurgienne au CHU Sainte-Justine. Les traumatismes crâniens sont fréquents, quand on tombe d’une planche à roulettes, la tête prend souvent le coup en premier», constate-t-elle. «Tout le monde devrait porter un casque. Nous, on voit au quotidien que ça fait une différence», ajoute la Dre Beaudin.

L’article 499 de l’actuel Code de la sécurité routière interdit aux adeptes de la planche à roulettes (skateboard et longboard) de rouler sur la chaussée.

Les municipalités ont donc aménagé des skateparks, ces lieux adaptés pour la planche à roulettes.

«Le problème c’est que les blessures surviennent dans les endroits non surveillés où les jeunes ne portent pas de casque», estime Jessy Blanchet, assistant gérant dans un commerce de planche à roulettes.