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Acheter le bonheur à tout prix

Acheter le bonheur à tout prix
photo agence qmi, Sébastien St-Jean

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Pour l’écriture de son premier long métrage, Le mirage, Louis Morissette, aussi interprète du personnage principal, a construit une critique sociale corrosive, qui se veut le miroir de nos lubies et de toutes nos illusions.

Cette comédie dramatique est réalisée par Ricardo Trogi. Au cinéma, ce dernier n’a pas l’habitude de tourner les drames des autres, mais quand il a reçu le scénario, fraîchement coécrit par Louis ­Morissette et François Avard, le réalisateur s’est tout de suite reconnu dans ­l’histoire de cet homme, dont l’existence pourrie par la surconsommation devient de plus en plus intenable.

«J’ai vécu des expériences similaires, a confié Trogi en entrevue avec l’Agence QMI. J’ai tout de suite compris le personnage, car je suis passé par là. Comme lui, je suis établi en banlieue, j’ai une maison et je suis père de famille. L’engourdissement qui entoure ce genre d’existence, je le connais bien.»

D’ailleurs, ce n’est pas pour rien si cette comédie dramatique qui met aussi en vedette Patrice Robitaille, Christine Beaulieu et Julie Perreault, s’intitule Le mirage. On y suit le quotidien de Patrick Lupien (Louis Morissette), un homme bientôt dans la quarantaine. Entouré de ses amis, de sa femme et de ses deux enfants, Patrick habite une grande maison. Malgré les apparences, on découvre un être profondément malheureux. Sa vie de couple vacille. Son épouse est en plein épuisement professionnel. Ses enfants ne lui parlent plus et ses dettes s’accumulent. Bref, rien ne va plus.

Ricardo Trogi n’a pas l’habitude de réaliser les films des autres, mais il a fait exception pour Le mirage.
photo agence qmi, Sébastien St-Jean
Ricardo Trogi n’a pas l’habitude de réaliser les films des autres, mais il a fait exception pour Le mirage.

«La surconsommation devient son ­refuge», a ajouté le réalisateur de Québec-Montréal, Horloge biologique ainsi que 1981 et sa suite 1987. Trogi avoue au ­passage avoir déjà possédé six voitures en même temps!

«Au début, on ne s’en rend pas compte. On dépense sans compter. Et puis un ­matin, on se lève en se demandant si l’on a vraiment besoin de tout cela», a-t-il ­résumé.

Sans vouloir détailler sa vie personnelle – plus jeune, il a vécu une véritable ­obsession de l’argent –, le réalisateur ­explique que les scénaristes ont touché juste en décapant le vernis qui recouvre nos existences parfois trop parfaites.

«Ils interrogent notre place dans le ­bonheur, a-t-il indiqué. C’est d’ailleurs ­assez touchant de comprendre aussi bien un récit et je crois que beaucoup de ­personnes vont aussi se reconnaître dans le film.»

Louis Morissette a coécrit le scénario de Le mirage avec son acolyte François Avard.
photo agence qmi, Sébastien St-Jean
Louis Morissette a coécrit le scénario de Le mirage avec son acolyte François Avard.

S’offrir un rôle

De son côté, Louis Morissette voulait absolument Ricardo Trogi à la réalisation. «J’ai croisé les doigts pour qu’il accepte. On a de très bons réalisateurs au Québec, mais en comédie on n’en a pas tellement. J’avais besoin de sa signature réaliste. J’avais vu Horloge biologique et 1987. Il possède un ton unique, qui mélange à merveille comédie et drame.»

Le mari de Véronique Cloutier l’admet sans détour: il a coécrit cette histoire avec son fidèle acolyte François Avard pour jouer le personnage principal. «Il a mon âge, mon profil. Dans ma tête, c’était devenu évident que j’allais l’interpréter. Vous savez, au cinéma, on ne me propose pas autant de beaux rôles, d’autres ­passent avant moi. Alors, oui, je voulais le jouer.»

Le producteur Christian Larouche.
photo agence qmi, Sébastien St-Jean
Le producteur Christian Larouche.

Incarner un personnage aussi malheureux a été pour Morissette le moyen de faire le portrait d’un certain mal de vivre. «Bien que mon rôle soit le reflet d’une vie qui peut ressembler à la mienne, il reste que je ne partage pas sa détresse ni son malheur. Pourtant, j’ai rencontré pas mal de monde qui ne file pas. Beaucoup de gens perdent, à 40 ans, le feu et la ­passion. Je trouve cela plutôt triste», a dit le comédien, scénariste et producteur, qui vient de célébrer son 42e anniversaire de naissance.

Une société exigeante

Le mirage est une œuvre composée d’un humour noir décapant. Outre la surconsommation, le film dénonce les multiples pressions d’une société qui n’accepte pas la défaite ou l’échec.

«Je ne suis pas un sociologue. Je donne seulement mon interprétation d’un ­phénomène qui existe. Je ne donne pas non plus la fameuse recette du bonheur. Je ne sais même pas ce que c’est exactement le bonheur», a dit Louis Morissette.

S’il ne sait pas ce qu’est le bonheur, il sait en revanche où peut mener le ­malheur. «On est souvent l’artisan de notre propre destin, a-t-il dit. On peut compenser nos manques avec le matériel, la drogue, la boisson, les jeux compulsifs ou la pornographie, mais au final, ce ne sont que des mirages. Si l’on veut être heureux, il faut réagir, même si cela ­signifie parfois faire des sacrifices.»

CE QU’ILS ONT DIT

 

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Patrice Robitaille

«Le mirage n’est pas une critique de la ­banlieue. Il aurait pu se dérouler en plein cœur d’une ville. Au fond, on y parle de crise ­existentielle. Le film aborde nos tendances à nous définir uniquement à travers le ­regard des autres. Qu’importe l’âge ou le lieu, on passe tous notre temps devant nos tablettes à communiquer sur les réseaux ­sociaux. Les gens ne se parlent plus dans la vraie vie. C’est un film qui risque de déranger parce qu’il vient chercher des choses que la plupart d’entre nous essayons de dissimuler.»

 

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Julie Perreault

«Cette expérience m’a donné l’opportunité de retrouver des artistes avec qui j’adore travailler. Plus habituée au drame, je me suis concentrée sur une ­facette particulière de la comédie où il faut trouver le bon ton et la justesse du jeu. Il y a des règles techniques précises à suivre avec, au final, un “punch” à respecter. C’était pour moi toute une découverte.»

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Christine Beaulieu

«J’interprète une figure féminine ambivalente. Je suis Roxanne, celle qui s’est fait refaire les seins et qui fait fantasmer les hommes. Au premier ­regard, je semble superficielle, toujours en surface. Toutefois, l’hyperréalisme de Ricardo Trogi et l’audace d’écriture de Louis Morissette donnent à mon rôle une substance inattendue et libératrice. C’était super tripant à jouer.»

LE MIRAGE PEUT REJOINDRE UN LARGE PUBLIC

Avec l’arrivée d’une flopée de superproductions américaines, la saison estivale est toujours une période risquée pour les sorties québécoises, qui se retrouvent alors coincées entre la nouvelle aventure d’un superhéros et un gros film d’animation hollywoodien. Mais Christian Larouche a confiance. Pour le producteur du film Le mirage, l’important est d’offrir des œuvres de qualité au public.

«Le mirage a le potentiel d’attirer du monde, a lancé un Christian Larouche ­souriant. C’est une comédie dramatique intelligente et bien jouée. C’est un film moderne, qui peut rejoindre un large ­public. Je reste confiant, même si l’on n’est jamais certain de rien.»

Mais aussi confiant soit-il, le producteur et distributeur n’aime pas jouer avec le feu. Il connaît les côtés parfois imprévisibles de son métier. Le mauvais temps, la concurrence ou l’accessibilité au film, autant de facteurs qui peuvent nuire à sa mise en marché.

«On se prépare à toutes les circonstances. Le film est distribué partout au Québec avec 81 copies. En ce qui concerne la météo, on ne peut pas vraiment y faire grand-chose même si, pendant les canicules, les gens ont tendance à se réfugier dans la fraîcheur des salles de cinéma.»

Sortie

La sortie en salle est prévue le 5 août prochain, un mercredi, journée également appréciée par certains gros studios américains pendant la saison chaude. «Il y a beaucoup de [superproductions] qui sortent en même temps. On a dû décaler la sortie de notre film parce que le nouveau Mission: Impossible sortait le même week-end. On doit se réajuster pour se donner le plus de chance possible», a dit le producteur, qui distribuera cet automne le prochain Philippe Falardeau, Guibord s’en va-t-en guerre.

Il le répète, si une production québécoise n’est pas assez solide, elle risque de mourir vite dans l’œuf. «Je ne vous ­cacherai pas qu’il y a beaucoup de ­pression. Je ne sortirais pas n’importe quel long métrage en été. Mais je crois que le film de Trogi à ses chances. On va passer à travers la tempête.»