/opinion/blogs/columnists
Navigation

Abolir la Commission des droits

Coup d'oeil sur cet article

Régulièrement, la Commission québécoise des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) nous rappelle malgré elle pourquoi il faudrait urgemment l’abolir. Car si officiellement, elle s’occupe des droits et libertés de chacun, ce qui lui donne des airs de gardienne de la vertu, dans les faits, elle est surtout occupée à faire la promotion d’une sociologie victimaire qui présente la société occidentale en général, et la société québécoise en particulier, comme une machine à exclure les minorités, qu’il faudrait pour cela déconstruire profondément. En gros, le majoritaire est coupable, et le minoritaire est victime. Il faudrait retirer les privilèges du premier et faire respecter les droits bafoués du second. La CDPDJ s’occupera ensuite de la reconstruction de l’ordre social à partir de l’utopie diversitaire qu’elle se croit appelée à implanter, pour peu qu’on en donne les moyens à ses idéologues zélés.  

Sa dernière intervention en donne un bon exemple. La CDPDJ dénonçait la sous-représentation des femmes et des minorités ethniques à la Sureté du Québec, surtout que cette dernière n’aurait pas pris les moyens nécessaires pour la corriger – c’est-à-dire qu’elle n’aurait pas mis en place les fameux «programme d’accès à l’égalité». Nous sommes tellement conditionnés par cette pseudo-lutte aux discriminations que nous nous indignons immédiatement sans voir à quel point une telle analyse ne tient pas la route. La méthode de la CDPDJ a une valeur sociologique nulle: elle découpe la population en catégories statistiques, elle vérifie si on trouve une proportion correspondante de ces groupes dans les différents organismes publics ou privés, et si tel n’est pas le cas, elle en arrive à la conclusion que certains groupes sont victimes de discrimination – de discrimination systémique, pour emprunter le jargon faussement scientifique de la CDPDJ.

Cette disparition statistique ne saurait pas s’expliquer autrement. Il faut à tout prix que la société «majoritaire» soit coupable d’exclusion et le «minoritaire» victime de discrimination. Les préférences des uns et des autres ne comptent plus vraiment. À la rigueur, elles seront tout autant d’effets de structures de domination engendrant des inégalités à corriger. Dans le cas présent, on se dira: si les femmes ou les minorités ethniques ne sont pas suffisamment représentées à la SQ, c’est que la culture de l’organisation est exagérément centrée sur une version masculine de la culture québécoise francophone. Si la SQ se transforme en profondeur, elle sera plus attractive pour les femmes et les groupes ethniques, et le problème sera réglé. En attendant, elle devra créer des filières particulières d’accès à l’emploi pour les groupes apparemment marginalisés.

On est là en pleine entreprise d’ingénierie sociale. L’individu aves ses talents, ses désirs et ses aspirations, est grossièrement nié, comme si son existence ne comptait pour rien. Il ne s’agit plus d’embaucher la meilleure personne possible pour un poste indépendamment du sexe ou de l’origine ethnique. On transforme l’individu en représentant d’un groupe dont il devient bien malgré lui le porte-parole. En fait, les individus issus des «minorités» sont transformés en chair à quota: on ne les veut pas pour eux-mêmes, on les veut pour équilibrer les comptes de la diversité. À celui qui dit : peu m’importe que le policier soit blanc, noir ou jaune, pour peu qu’il s’agisse d’un bon policier, on répondra plutôt que la couleur importe pour beaucoup, comme s’il fallait emprisonner l’individu dans ses origines. Il y a là quelque chose de profondément insultant pour l’immense majorité des «minoritaires» qui a su faire carrière sans miser sur les cases diversitaires à cocher dans les formulaires d’embauche.

En fait, on pratiquera même une forme de racisme à rebours: quand un poste est officiellement réservé à une personne issue des «minorités», on doit comprendre que le «Québécois blanc francophone» en est exclu formellement. À cause de son sexe ou de son origine ethnique, il ne peut même pas y appliquer. En quoi cette discrimination raciale assumée est-elle moralement acceptable? Exclure un noir ou une femme parce qu’il est noir ou qu’elle est femme, c’est du racisme et du sexisme, mais exclure un homme ou un blanc parce qu’il est homme ou qu’il est blanc, c’est de l’antiracisme? Comprenne qui pourra. Cette sociologie bancale est traversée par un biais idéologique tel qu’elle bafoue allégrement les règles les plus élémentaires de la rigueur.

On en revient à la CDPDJ. Elle se pose comme l’instance moralisatrice par excellence de notre société. Elle évalue chaque institution à partir de son cadre théorique et sermonne celles qui ne s’y plient pas, celles qui ne s’y soumettent pas. Elle divise la société en deux camps : ceux qui partagent sa vision des choses, et qui luttent contre l’exclusion, et ceux qui ne reconnaissent pas la valeur de son cadre d’analyse, et qui perpétuent consciemment ou inconsciemment un système injuste, inégalitaire et exclusif. Elle déforme notre vision des choses en nous invitant à reconnaître des injustices structurelles là où il n’y a souvent que des disparités s’expliquant de manière bien plus complexe. Une évidence s’impose: la préservation des droits et libertés est bien trop importante pour être confiée à une organisation qui promeut une idéologie radicale au nom d’une conception falsifiée de la justice sociale.