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Le gouvernement de la transparence, promettaient-ils...

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On apprend aujourd’hui que l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a été contraint de fermer la Banque de données des statistiques officielles sur le Québec (BDSO). Cette banque, inaugurée en 2012, rassemblait en un guichet unique l’ensemble des statistiques publiques produites par l’ISQ, ainsi que celles des ministères et organismes du gouvernement du Québec. Utilisée tant par les chercheurs, les journalistes, les fonctionnaires que le grand public, elle constituait un outil essentiel pour comprendre avec précision la réalité socioéconomique du Québec, permettait d’élaborer des politiques publiques adéquates et favorisait la participation citoyenne au débat public.

Lors de sa mise en ligne en juin 2012, le gouvernement libéral de l’époque s’enorgueillissait d’offrir un outil digne d’un gouvernement ouvert et transparent qui favoriserait «la participation active des citoyens aux processus décisionnels et à l'élaboration des politiques publiques».

Cette transparence, essentielle à une gestion démocratique digne de ce nom, était d’ailleurs au cœur des promesses du parti de M. Couillard au cours de la campagne électorale de 2014. Au lendemain de son élection, le premier ministre avait promis de diriger «le gouvernement le plus transparent que les Québécois auront eu, avec une divulgation proactive de renseignements de toutes sortes».

Avec cette énième coupe dans le budget des institutions publiques, le gouvernement Couillard montre une fois de plus qu’il fait partie de la même famille néoconservatrice que le gouvernement Harper. On sait combien ce dernier s’est évertué à museler les scientifiques au fédéral et à couper les vivres des programmes scientifiques. Ainsi, ce sont 157 programmes et institutions scientifiques que le gouvernement Harper a sabordé depuis son arrivée au pouvoir. C’est le même gouvernement qui a abandonné le questionnaire long du recensement, outil essentiel pour des milliers d’organisations communautaires et de recherche au pays qui a mené à la démission du statisticien en chef du Canada en 2010.

Le Québec n’est pas en reste, comme on le sait. En décembre dernier, pas moins de 5500 chercheurs – ce qui est tout à fait inédit – ont dénoncé les coupes massives dans les budgets et institutions de recherche du gouvernement Couillard-Coiteux. Ou de la décision de couper dans les budgets d’organismes scientifiques en décembre dernier, renversée après le tollé qu’elle avait suscité.

L’annonce de la suppression de la BDSO participe exactement de la même logique: des économies de bouts de chandelles qui réduisent la production et la diffusion de connaissances rigoureuses essentielles à toute délibération démocratique. En l’absence de tout savoir crédible et transparent ne restent que la démagogie, le populisme et l’opinion biaisée par l’idéologie comme base commune de dialogue.

Non seulement le gouvernement Couillard-Coiteux renie sur de grandes largeurs ses engagements de transparence, mais il continue à détruire nos institutions collectives sous prétexte d’urgente nécessité d’assainir les finances publiques en épargnant des sommes dérisoires qui ne changeront strictement rien à l’équilibre budgétaire. Le budget de l’ISQ pour 2015-2016 est d’un peu plus de 12 millions $, soit moins de 0,02 % du budget des dépenses totales de l’État (voir le Budget des dépenses préparé par le Conseil du trésor, p. 120), qui a connu une diminution drastique de 5,8% par rapport à l’an dernier.

La stratégie du gouvernement semble claire et en parfaite cohérence avec le projet néoconservateur hérité de l’ère Thatcher: couper dans les services publics, ratatiner leur étendue jusqu’à ce que les citoyens soient insatisfaits, avec raison, de la mauvaise qualité des services offerts, ce qui le légitime politiquement à couper à nouveau.

La documentation rigoureuse, objective et transparente de la réalité socioéconomique du Québec n’est pas une question de droite ou de gauche, de plus ou moins d’État, de plus ou moins d’interventionnisme: elle est essentielle à ce que collectivement nous prenions des décisions éclairées pour notre avenir. Incidemment, mon confrère Youri Chassin de l’Institut économique de Montréal s’en alarmait sur sa page Facebook ce matin en écrivant: «Le genre de décision qui a des conséquences longtemps et qui sera donc mal vue longtemps aussi». Youri est un partisan de la réduction du rôle et de la taille de l’État, mais il sait très bien qu’il est nécessaire de recourir à des analyses factuelles et documentées pour défendre son point de vue. Je le répète: la mise à la disposition du public de connaissances de qualité est le socle sur lequel on bâtit une délibération politique digne de ce nom.

Abandonner cet outil destiné au plus large public possible qu’était la BDSO est, j’ose l’écrire, un geste profondément antidémocratique.