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Monsieur Péladeau et Old Harry: les risques d'un oui.

Monsieur Péladeau et Old Harry: les risques d'un oui.
©TVA Nouvelles

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Le chef du Parti Québécois, lors de son passage aux Îles de la Madeleine, affirmait qu’il lui était impossible de prendre position concernant l’exploitation du gisement de Old Harry dans le golfe du Saint-Laurent.  Lui manquerait des études, semble-t-il. Il y a pourtant plein de bonnes raisons pour renoncer à ce projet.

D’abord les études existent. Il y a à peine deux ans par exemple, le gouvernement libéral commandait une EES (Évaluation environnementale stratégique) sur la question. Cette évaluation menée par la firme Génivar, qui ne ressemble en rien à un groupe écologiste, concluait notamment qu’il nous manquait de savoir-faire en cas d’un déversement dans secteur marin hautement sensible et complexe. Il n’y a qu’à penser aux courants et aux glaces. À la lecture de ce très volumineux rapport de 660 pages portant sur l’exploitation du pétrole sur Anticosti, la Gaspésie et le Golfe, je me suis alors dit que si j’étais un des 93000 habitants des côtes maritimes du secteur, je m’en inquièterais, et beaucoup.  Voilà pour ce qui est des risques locaux.

Puis, il y a une question d’ordre planétaire et moral. Alors que les immigrés climatiques se comptent désormais par dizaines de millions, que les océans s’acidifient à une vitesse folle, que le réchauffement de la Planète, déjà inquiétant, risque de s’emballer au-delà de tout ce qu'on peut imaginer si nous dépassons une augmentation ultime de 2C0, que les catastrophes naturelles se multiplient dans le monde, le Québec se convertirait à l’exploitation du pétrole et contribuerait à la dégradation de notre environnement?  Alors que Barack Obama ose enfin confronter les magnats américains de l’énergie fossile et nous rappelle que nous n’avons qu’une planète, le Québec se rangerait lui du côté des mécréants ? Alors que même le Pape produit une encyclique appelant à la sauvegarde de la Terre,  le Québec se convertirait à l’exploitation et à l’exportation du pétrole ? Ne devons-nous pas plutôt choisir d’être du côté de la vie ? N ‘y a-t-il pas là un enjeu hautement moral ? Voilà pour ce qui est du risque planétaire.

Se pose aussi un enjeu économique. Lorsque nous en aurons fini de forer, de pomper, de brûler du pétrole dont la valeur au baril et aux livres ne fait que diminuer sur le marché intenational, les pays qui auront compris qu’il nous faut passer à l’innovation et à des énergies du 21ième siècles auront gagné la course vers une autre économie, plus verte, plus efficace, plus productive, plus rentable, plus durable. L’avance que nous avions prise en cette matière alors que, sans pétrole, nous avons développé une industrie hydro-électrique florissante et enviée, aura été gommée. Voilà pour le risque économique.

Et enfin, il y a la question identitaire qui devrait sauter aux yeux du chef d’un parti indépendantiste. Les Québécois, toutes orientations politiques et toutes générations confondues,  s’identifient avec fierté à cet immense chantier de l’appropriation nationale de l’énergie hydro-électrique amorcé fébrilement par Jean Lesage et par René Lévesque et complété avec conviction par Robert Bourassa. Aller vers le pétrole, c’est carrément noircir, brûler cette carte identitaire. Puis, je ne serais pas le premier à le prétendre, ce grand fleuve avec son golfe fait partie de notre ADN. Il nous marque. Sa beauté, sa force et sa fragilité nous ressemblent.  Nous nous sommes bâtis une vie, une culture tout au long de ses rives, jusqu’à Blanc Sablon et jusque dans les Îles. Menacer le Saint-Laurent, c’est menacer une partie importante de nous-mêmes. Voilà pour le risque identitaire.