/opinion/blogs/columnists
Navigation

Nos auteurs

CA_Steve E. FortinCA_Marie-Eve DoyonCA_Stéphane Lessard

Désormais, ce sera « Monsieur »

Canada's Green Party leader Elizabeth May (2nd R) shakes hands with Conservative leader Prime Minister Stephen Harper following  the Maclean's National Leaders debate in Toronto
Photo Reuters

Coup d'oeil sur cet article

Qu’est-ce qui a changé au lendemain de ce premier débat en anglais? C’est à cette question que l’on doit essayer de répondre pour déterminer qui en est sorti gagnant. Essayons donc de voir la performance des chefs en fonction de l’impact qu’elle aura sur la suite de cette jeune et longue campagne.
 
Pour moi, c’est Justin Trudeau, Élisabeth May, Thomas Mulcair, Stephen Harper.
 
Justin Trudeau est le gagnant pour une raison bien simple. Il a mérité sa place. Lui, chef d’un parti qui a perdu des plumes depuis un an, se retrouve maintenant, hors de tout doute, parmi les candidats sérieux au poste de premier ministre. Ceux qui croyaient qu’il n’était que le fils de son père, qu’il n’avait pas de contenu, qu’il se résumait à une image sont forcés de reconsidérer leur impression. Justin Trudeau a montré une solide connaissance de ses dossiers. Il a manié les chiffres avec aisance. Il a distribué les coups avec aplomb. Bref, il a dissipé les doutes et affiché une belle assurance. Sur le front économique, il aura notamment marqué des points en disant du premier ministre et de la récession : « Il ne la sent probablement pas au 24 Sussex, mais je sais que chez vous, vous la ressentez. » 
 
Les conservateurs seront désormais malvenus de dire seulement « Justin ». Il a mérité de se faire appeler Monsieur.
 
Élizabeth May vient au deuxième rang. C’est une femme étonnante. Elle est à l’aise dans tous les dossiers, de l’économie à la sécurité. Elle a tourné en bourrique Stephen Harper qui prétendait avoir réduit les gaz à effet de serre en disant : « La seule chose qui a entraîné une réduction des GES sous votre gouverne, c’est le ralentissement économique. » Elle ne sera pas première ministre, elle ne fera élire que peu de députés, mais elle ira chercher un nombre croissant d’appuis chez ceux qui ne seront séduits par aucun des trois grands partis. J’ai hâte de voir si sa maîtrise du français s’est améliorée.
 
Thomas Mulcair est troisième. Il n’a pas perdu. Il n’a pas gagné. Il n’a pas déçu. Il n’a pas étonné. Sa performance aura un effet neutre sur sa campagne. Il a démontré pourquoi il était en tête des intentions de vote. Il était le plus nerveux en début de débat, semblant chercher à composer la bonne image. Sourire. Être calme. Parler lentement. C’était forcé. Il a retrouvé son naturel en cours de soirée et il aura eu cette bonne attaque contre Stephen Harper : « Ce que nous voyons ce soir, c’est que vous faites tout ce que vous pouvez pour sauver votre emploi. Je ferai tout ce que je pourrai pour créer des emplois pour les Canadiens. »
 
Stephen Harper a perdu. Il est aujourd’hui plus faible qu’il ne l’était hier. Il a dû admettre que le Canada était en récession. Ouch! Pour celui qui se dit le champion de l’économie, l’aveu devient un lourd boulet. Il allait de soi qu’il serait la cible de toutes les attaques et il l’a été. Il aura été fidèle à lui-même, glacial et méthodique. Il aura suffisamment bien encaissé les coups pour rassurer ses supporters, mais aura été trop peu percutant dans ses attaques pour engranger des appuis. 
 
Ce premier débat en anglais tenu en l’absence de Gilles Duceppe était organisé par le magazine Maclean’s. Le modérateur était le journaliste Paul Wells. J’ai été étonné par la dureté d’une question qu’il a posée à Stephen Harper : « Devez-vous présenter des excuses aux Canadiens pour avoir nommé Mike Duffy, Pamela Wallin et Patrick Brazeau au Sénat? » Vraiment, pénible soirée pour le premier ministre sortant.