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Pascal Dupuis a gagné son combat

L’attaquant des Penguins prépare son retour près de neuf mois après la découverte d’un caillot de sang dans un poumon

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Photo d'Archives Pascal Dupuis retrouvera ses coéquipiers des Penguins dans un peu plus d’un mois.

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Pascal Dupuis a réellement le hockey dans le sang. Il n’y a pas une meilleure façon d’illustrer sa passion, son amour et même sa folie, surtout aux yeux de sa femme Carole-Lyne, pour son sport.

Le sourire accroché au visage, Dupuis dicte la cadence aux ­Jonathan Bernier, Alexandre ­Burrows, Antoine Roussel, Cédric Paquette et Stefan Matteau sur la glace et en gymnase au Centre d’excellence à Boisbriand. À un peu plus d’un mois de l’ouverture du camp des Penguins de Pittsburgh, l’ailier droit de 36 ans prépare son grand retour au jeu.

Derrière cet entraînement des plus routiniers se cache une histoire fascinante. Une histoire qui se lit aussi sur son ventre, d’une couleur jaunâtre à plusieurs endroits.

«Je m’injecte des anticoagulants toutes les 12 heures, raconte ­Dupuis en entrevue au Journal. Quand je sors ma seringue pour me piquer dans le ventre, ma femme ne comprend pas pourquoi j’endure une telle chose. Elle dit tout le temps: ‘‘C’est beau, tu vas faire ça pendant combien de temps?” Dans sa tête, elle me voit comme un cheval de course. Je me dis qu’une injection, c’est la même chose que de prendre une pilule.»

Secret douloureux

Pour mieux comprendre cette histoire, il faut revenir neuf mois en arrière. En novembre dernier, ­Dupuis a caché à ses proches, à ses coéquipiers et aux médecins une vive douleur. Il a porté l’uniforme des Penguins pour cinq autres matchs avant de dévoiler son ­secret.

Pour la deuxième fois en quelques mois, il devait se résoudre à ranger ses patins en raison de la découverte d’un caillot de sang. Après un caillot à la jambe en janvier 2014, découlant d’une opération majeure au genou droit, c’était maintenant dans un poumon.

Comme il l’avait fait d’une brillante façon dans un texte publié sur le site The Players Tribune, il a décrit la scène qu’il a conservée ­longtemps secrète.

«On venait de jouer un match la veille au Minnesota et on avait voyagé vers Winnipeg, se souvient-il. Je l’ai senti rapidement. J’ai commencé à tousser au beau milieu d’un entraînement à Winnipeg. J’étais obligé de tousser puisque je sentais que je devais faire passer quelque chose.

«J’ai toussé et je me suis ensuite dirigé vers le banc pour boire de l’eau. J’ai retiré mon casque et je me suis mis de l’eau dans le visage. Dans ma tête, je savais ce qui venait de se passer. On dirait que je ne voulais pas le croire. ­J’espérais que c’était autre chose.»

Loin de la surface glacée, il avait plus de temps pour réfléchir.

«Quand je retournais dans ma chambre d’hôtel, je me posais un tas de questions. J’espérais tellement ne pas revivre une autre histoire de caillot. Je me disais que je pourrais peut-être avaler deux ou trois aspirines dans l’espoir d’éclaircir mon sang. Je commençais à jouer au docteur. Ce n’était pas une bonne idée.»

Ironiquement, Dupuis a marqué les deux buts des Penguins dans un gain de 2 à 1 contre les Maple Leafs de Toronto à son avant-dernier match avant de passer aux aveux. Il avait aussi retrouvé sa place à la droite de Sidney Crosby et de Chris Kunitz.

Peur présente

Même s’il a joué cinq rencontres sans le tiers d’un poumon, Dupuis ne s’en veut pas.

«Je n’ai aucun regret dans ce que je fais, répond-il calmement. Jamais, jamais. Je peux te dire que je ne regrette pas, mais je ne le ­referai plus jamais.»

Marié et père de quatre enfants (trois filles et un garçon), il a ­surtout fait mal à ses proches en agissant de la sorte.

«Ma femme trouve ça encore dur. Carole-Lyne a encore peur. Elle restera fâchée contre moi jusqu’au jour où je lui aurai prouvé que je pouvais revenir au jeu sans aucun danger. Elle se demande pourquoi j’ai caché ça. Elle se pose la question à savoir ce que ça prendra la prochaine fois pour que je le dise dès le départ à tout le monde. Elle sait que je l’aime et que j’aime mes enfants. J’ai eu une très bonne conversation avec elle à ce sujet.»

Retour à l’automne

Dupuis a maintenant encerclé la date du 8 octobre, soir du premier match des Penguins contre les Stars, à Dallas.

«Oui, je serai là pour l’ouverture, sauf si l’entraîneur décide de ne pas m’habiller», lance-t-il avec le sourire.

Ce retour, il le prépare depuis très longtemps.

«Si les Penguins avaient connu un long parcours en séries, je serais revenu au jeu, affirme-t-il. Dans ma tête, j’en étais persuadé. Après notre élimination au premier tour contre les Rangers, certains de mes coéquipiers venaient s’excuser de ne pas m’avoir donné la chance de revenir. Ma femme a bien résumé la situation en disant qu’elle était déçue de l’élimination, mais que, pour son mari et l’homme qu’elle aime, elle souhaitait que je fasse mon ­retour uniquement à l’automne.»

Depuis déjà plusieurs semaines, Dupuis a reçu la bénédiction des médecins des Penguins.

«Les docteurs m’ont dit qu’il n’y avait pas de danger pour moi. Je serai aussi en danger que mon coéquipier assis à mes côtés sur le banc. Il y a toujours des dangers au hockey. Je me protège en ­restant sur les anticoagulants.»


Un joueur et entraîneur

Les coéquipiers de Pascal Dupuis lui ont donné un nouveau surnom: «Coach Duper». À l’invitation de Jim Rutherford, il a troqué, durant sa longue période de convalescence, son bâton pour un calepin de notes et un crayon.

«Pendant les matchs, j’enfilais mon complet et j’essayais d’aider l’équipe le plus possible du haut de la passerelle de presse, rappelle Dupuis. Une fois le match terminé, je retirais mon veston et je redevenais un joueur.»

Il n’avait jamais envisagé un tel scénario, mais il n’oubliera pas son expérience.

«J’ai vu l’autre côté, dit-il. Je comprends maintenant mieux le métier d’entraîneur, j’ai passé plusieurs heures dans le bureau avec eux. J’ai aussi vu le côté de la direction, je me suis beaucoup promené avec Jim Rutherford [directeur général] et Bill Guerin [entraîneur du développement des joueurs].»

«Il n’y a pas beaucoup de joueurs de la LNH qui ont eu la chance de faire ça durant leur carrière, ­enchaîne-t-il. Je me souviens de Ian Laperrière avec les Flyers. Mais Ian savait qu’il ne reviendrait pas au jeu. C’était un peu différent pour moi. Je savais depuis le départ que j’allais recommencer à jouer.»

Marcher sur une ligne mince

À la fin des matchs, Dupuis retirait son complet et retournait dans la peau d’un joueur. Pour lui, il était primordial de conserver son ­identité principale.

«Je ne voulais surtout pas perdre la confiance de mes coéquipiers, puisque je jouais un rôle avec les entraîneurs et les dirigeants des Penguins, souligne-t-il. Je ne souhaitais pas que les gars me regardent en disant qu’il est maintenant de l’autre côté de la clôture. Je ne voulais pas que mes coéquipiers aient peur de parler en ma présence. Mais en même temps, je n’ai jamais dit mon opinion au coach sur un joueur en particulier. Je parlais toujours plus de la structure de l’équipe ou de différentes ­stratégies.»

Même s’il se retrouvait loin de la patinoire, l’ailier droit avait le ­sentiment d’aider son équipe.

«Je sentais que ma voix était écoutée et respectée, puisque je remarquais des changements après mes recommandations, affirme-t-il. Quand je descendais dans le vestiaire entre deux périodes, j’entendais parfois Mike [Johnston] utiliser certaines de mes notes. Je me tenais toujours loin dans le vestiaire, mais je voulais ressentir le pouls de l’équipe.»

Maintenant âgé de 36 ans et à l’aube de sa 14e saison dans la LNH, Dupuis a-t-il eu un avant-goût de sa prochaine carrière?

«Je vais peut-être te voler ton emploi, réplique-t-il. Non, plus sérieusement, j’ai tellement besoin d’énergie pour me concentrer sur mon retour au jeu, à mon âge, que je ne pense pas encore à mon après-carrière. Oui, je devrai y penser un jour. Personnellement, mais ne demande pas à ma femme, je pense qu’il me reste plus de deux ans à jouer dans la LNH. Mais ne pose surtout pas la question à ma femme!»

Sur le plan contractuel, Dupuis a encore deux autres saisons à jouer avec les Penguins.


Un objectif à la fois

À ses deux dernières saisons, ­Pascal Dupuis a revêtu l’uniforme des Penguins pour seulement 55 rencontres. Dans un tel contexte, il acceptera de réintégrer la formation de Mike Johnston tranquillement.

Avec l’acquisition de Phil Kessel et la présence de Patric Hornqvist sur le flanc droit, Dupuis est conscient qu’il ne figurera pas nécessairement au sein des deux premiers trios.

«Je dois retrouver mon jeu en premier, rappelle-t-il. Je serai patient au départ. Les Penguins n’ont pas à me donner cette position à la droite de Crosby et de Kunitz. Mais je sais que si je joue à la hauteur de mon talent, je retournerai à cette place. Je reste confiant en mes habiletés. Je devrais peut-être aussi jouer à l’aile gauche. On aura une très bonne équipe ­offensivement.

«J’ai joué au sein d’un troisième trio pour la moitié de ma carrière, ajoute-t-il. Ce n’est pas ça qui me ­dérange.»

En parfaite condition

Considéré par ses collègues de la LNH comme «une bête» en gymnase, Dupuis se présentera au camp des Penguins dans une très bonne ­condition physique.

«Ma forme est au-delà de mes attentes, a-t-il dit. C’est complètement différent de l’an dernier. Premièrement, je n’ai pas de bobo à mon genou. L’an dernier, j’avais manqué le camp et je portais un chandail rouge, non-contact, durant le camp.

«Je n’ai pas joué à 100 % l’an dernier, mais j’ai prouvé que je pouvais revenir au jeu à l’âge de 36 ans après une reconstruction de trois ligaments du genou droit. Je me sens bien sur la glace et je ne doute pas que je pourrai revenir au niveau que je souhaite.»

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