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Le mirage et la charte de nos valeurs

Ce film nous force à nous poser des questions...

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Si j’étais Ricardo Trogi ou Louis Morissette, voici comment j’aimerais que le public québécois aille voir le film Le mirage...

Si j’étais Ricardo Trogi ou Louis Morissette, voici comment j’aimerais que le public québécois aille voir le film Le mirage...

Un gars et une fille quittent leur maison qu’ils vont finir de payer en 2048, montent dans leur grosse auto de l’année, passent la journée au Carrefour Laval, au DIX30 ou à la Place Ste-Foy, remplissent la carte de crédit, puis s’installent pour voir le film. Après le cinéma, au resto qu’ils vont payer avec leur carte de crédit chargée au max, ils sont sûrs d’avoir un sujet de conversation!

Si j’ai adoré Le mirage, ce n’est pas seulement parce que c’est drôle, bien écrit, bien joué. C’est parce que ce film intelligent nous force à nous poser des questions fondamentales, philosophiques, une remise en question de nos valeurs: suis-je heureux? Est-ce que j’aime ma vie? Mon travail? Est-ce que les bébelles qui remplissent ma maison remplissent mon vide existentiel? Est-ce que j’ai fait les bons choix?

CASSÉS ET DÉPRIMÉS

Ironiquement, dans le film, on retrouve deux thèmes qui reviennent souvent dans les pages du Journal. Le niveau d’endettement des ménages québécois qui ne cesse d’augmenter et la consommation d’antidépresseurs qui, elle aussi, est en croissance.

Et si les deux étaient intimement liés? Si, en remplissant nos armoires de bébelles inutiles, on ne creusait pas un vide existentiel? Et si cette consommation effrénée, cette volonté de faire comme le voisin, n’étaient pas précisément ce qui nous rend triste, maussade, malheureux?

Le mirage est la suite logique d’Horloge biologique (de Ricardo Trogi), sorti en 2005. On y voyait des trentenaires qui avaient peur de s’engager. À l’époque, on les trouvait bien ridicules, ces personnages qui avaient peur de fonder une famille. Mais Le mirage nous montre l’autre côté de la médaille: le couple monogame et la petite famille nucléaire ne sont pas forcément non plus la recette du bonheur.

SIMPLICITÉ VOLONTAIRE ?

Le mirage n’est pas le film le plus original du siècle. Les thèmes qu’il aborde avaient déjà été abordés, avec plus de cynisme et plus de références culturelles, dans Le déclin de l’empire américain ou dans American Beauty. Mais ce film en apparence léger comme une bulle de champagne vous habite et vous trouble longtemps après que les lumières du cinéma se sont rallumées.

Je suis encore habitée par l’image de Louis Morissette joggant dans la nature... Respirant enfin.

On vit dans un monde où on fait constamment des choix d’études, de carrière, de couple, de mode de vie en fonction du regard des autres. Et si on s’écoutait, et si on faisait les choses parce qu’on le veut vraiment?

LES UNS ET LES AUTRES

Il y a quelques mois, le sondeur Jean-Marc Léger, après avoir présenté un sondage sur la consommation des Québécois au TVA 22 h, avait lancé à Sophie Thibault cette phrase que je n’oublierai jamais: «On achète des choses dont on n’a pas besoin, avec de l’argent qu’on n’a pas, dans le but d'impressionner des gens qu'on n'aime pas.»

On devrait faire inscrire cette phrase en lettres d’or sur nos cartes de crédit et à l’entrée des guichets automatiques des banques.

Et la rajouter au générique du film Le mirage.