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Nouvelle dépendance

Nouvelle dépendance

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Comme tous les anciens toxicomanes, je n’ai pas de zone grise dans ma vie. Mon côté excessif, qui me poussait à consommer, est encore et toujours présent dans ma nouvelle vie. J’en ai eu la preuve il y a trois ans, lorsque la fondation du centre Dollar-Cormier (maintenant le CRDM) m’a appelé pour participer au marathon de Montréal.

Je venais à peine de dire oui qu’on me demandait à quel évènement je voulais participer, le 10 km ou le 21 km? Comme je n’avais jamais vraiment couru avant, la bonne réponse aurait été le 10 km... Mais c’est le chiffre 21 qui est sorti de ma bouche.

Dès ce chiffre prononcé, mon cerveau, que je n’avais pas consulté avant de répondre, a envoyé un message au reste de mon corps:

Vous avez entendu tout le monde? Le clown vient de nous embarquer dans une nouvelle aventure!

S’en sont suivi cinq autres demi-marathons et le sixième est en préparation.

Évidemment, qui dit entraînement dit programme alimentaire. Depuis deux ans, je travaille avec Christian Maurice du Pro Gym à Montréal. J’adore notre relation.

À la dure

On se donne des objectifs et lorsque je ne les atteins pas en invoquant telle et telle raison, il me répond, avec tout l’amour du monde: «Garde tes excuses pour ta conscience, moi je suis ici pour voir des résultats.» Oui, c’est du tough love, comme on dit, mais dans mon cas, ça fonctionne. Que voulez-vous, je marche de même.

Comme quoi être excessif a ses avantages, j’ai vite embarqué dans mon nouveau programme, qu’on pourrait décrire comme étant militairement strict. Il y a même des semaines où je regardais Christian avec un air de découragement, cherchant un brin de sympathie qui, vous l’aurez deviné, ne s’est jamais manifesté.

Et puis un jour, il a prononcé la phrase qui allait changer ma façon de voir les choses: «Pourquoi est-ce que tu vois toujours ces restrictions-là comme une pénitence alors que, pour ton corps, c’est une récompense d’être à son meilleur?»

Un long silence a suivi. En sortant de son bureau, j’ai eu comme un fou rire, car il avait raison. On a tous un peu ce défaut. Combien de gens voient l’exercice ou l’idée de surveiller ce qui se retrouve dans leur assiette comme un fardeau ou un sacrifice désagréable? En vérité, c’est un des plus beaux gestes qu’on peut faire pour se dire à soi-même: Je t’aime!

La semaine dernière, après un peu de négociation, j’ai eu droit à une récompense sale, comme on dit: un repas où je pouvais me laisser aller dans toutes les cochonneries dont je m’ennuyais. Comme de fait, l’excessivité a encore une fois pris le contrôle: poutine, deux pogos, un Mr. Freeze et deux sandwichs à la crème glacée.

Résultat? Après avoir passé trois mois à manger tellement bien que j’en avais oublié le goût du gras et du sucre, je me suis réveillé avec le même sentiment qu’à l’époque où je buvais... je souffrais d’un lendemain de veille de bouffe.

Les bonnes choses de la vie

Je sais, vous allez dire: «Bravo champion, même un enfant de quatre ans a plus de retenue à l’Halloween.» Je sais. Mais, au risque de me répéter, la notion de zone grise est comme une légende urbaine dans ma vie.

Du coup, j’avais hâte de retrouver mes poivrons verts et la viande maigre de mon programme. Et c’est là que, seul dans mon salon, j’ai eu un petit sourire en coin en me disant: Wow! Ça d’l’air qu’on peut même devenir accro aux bonnes choses de la vie.