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Radars photo : le contrat qui ne passe pas

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Photo d’archives, René Baillargeon

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Le gouvernement du Québec a respecté toutes les règles dans l’attribution du contrat de 30 millions $ sans concurrence conforme pour l’achat des radars photo.

Telle est la conclusion d’une vérification formelle demandée par le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, et publiée durant l'été.

Mais, débourser 30 millions $ pour ce contrat, c’est un dénouement « triste » et « étrange » pour Québec, se désole l’entreprise Groupe Techna qui a perdu le contrat et qui ne comprend toujours pas pourquoi.

Québec peut économiser 15 millions $ et trouver une sortie « élégante à la situation devenue embarrassante », explique Michel Guay, PDG du Groupe Techna. Son entreprise proposait un prix deux fois inférieur à CGI, mais sa soumission a été jugée non conforme.

L’attribution de ce contrat de 37 radars photo et caméras de surveillance, au printemps dernier, continue de faire réagir.

Québec a fait un appel d’offres en 2013, mais a dû annuler le processus, car seulement CGI a déposé une soumission. Québec voulait une plus grande concurrence dans un domaine ou justement, la concurrence est grande.

L’appel d’offres a été repris, et encore une fois, seulement CGI faisait l’affaire selon Québec. Aucune autre entreprise n’a été en mesure de se qualifier. Québec les a jugées non conformes, à la grande surprise de deux d’entre elles. Ces entreprises considèrent que Québec voulait dès le départ que CGI obtienne le contrat.

Un autre leader québécois dans les technologies des transports, l’entreprise Ver-Mac, avait déposé une soumission à un prix de 15 millions $, un coût deux fois inférieur à CGI.

Ver-Mac dit avoir été écartée pour une « non-conformité mineure » que Québec aurait pu accepter.

« Un manque de gros bon sens », a décrié la vice-présidente Sandra-Lee Richardson.

« Je pense tout simplement que les gens au Ministère étaient convaincus qu’il y avait seulement CGI qui pouvait faire le travail », a-t-elle lancé.

Bon ailleurs, pas ici

Concernant le Groupe Techna, reconnue mondialement, l'entreprise a été disqualifiée de justesse et à sa grande surprise.

« On est capable de remporter des contrats dans plusieurs pays, mais on n’est pas conforme chez nous », a dit avec désarroi le PDG, Michel Guay.

La Coalition avenir Québec et le Parti québécois se sont aussi insurgés du dénouement. Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a demandé à son gouvernement de réaliser une vérification. Le gouvernement s’est confirmé à lui-même qu’il avait agi conformément aux règles. 

« Il n’y a donc aucune raison de remettre en question l’attribution de contrat », écrit le Secrétariat du Conseil du trésor dans un communiqué de presse.

Pas plus de réponses

Québec laisse entendre que la « non-conformité mineure » de l’entreprise Ver-Mac était assez importante pour écarter la firme, ce que ne s’explique toujours pas l’entreprise. Et concernant le Groupe Techna, le gouvernement se limite à mentionner que l’entreprise ne respectait pas les exigences. Le PDG, Michel Guay, n’a pas reçu plus d’explications et ne comprend toujours pas pourquoi il ne faisait pas l’affaire.

La Ligue des contribuables du Québec a tenu à protester concernant cette conclusion de Québec. « La vérification peut effectivement confirmer que tout a été fait selon les règles en vigueur. Ce qu’on pense, c’est justement qu’il y a un problème avec les règles en vigueur », a relevé Claire Joly, la directrice générale.

De son côté, la firme CGI juge que la vérification de Québec « démontre clairement que le contrat (leur) a été attribué en tout respect des processus et de l’éthique des appels d’offres », a indiqué Claude Marcoux, vice-président principal de l’unité d’affaires de Québec.

Ce dernier souligne que CGI a « l’expertise et l’expérience dans le domaine pour continuer d’offrir des services de qualité supérieure au ministère des Transports ».

« Je ne lâcherai pas »

L'une des firmes exclues, le Groupe Techa, ne digère toujours pas d’avoir été écartée sans comprendre pourquoi. Le PDG, Michel Guay, veut des réponses et a personnellement écrit à Martin Coiteux, le président du Conseil du trésor, afin qu’il « revisite » l’octroi du contrat.

Dans sa missive, M. Guay ne cache pas son étonnement devant le fait que son entreprise ait été jugée non conforme :

« Nous répondons à plus de 100 appels d’offres par année, issus non seulement des trois paliers de gouvernement de notre pays (...), mais aussi par les gouvernements de pays comme les États-Unis, le Mexique, l’Australie et même la Malaisie (...) Nous n’avons pas été disqualifiés d’un seul appel d’offres depuis 5 ans à l’exception, notable vous en conviendrez, de celui (des radars photos) », écrit-il.

« Excessif » et « embarrassant »

« Les exigences de l’appel d’offres étaient excessives, tellement que selon nous, le contrat nous a paru être dirigé vers un autre fournisseur, en l’occurrence CGI », poursuit-il, dans sa lettre. Québec peut économiser 15 millions $ et trouver une sortie « élégante à la situation devenue embarrassante », selon le PDG de cette firme montréalaise.

« Pour des raisons d’équité et de respect des contribuables, renversez vite votre décision, Monsieur le ministre », signe M. Guay.