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Des gestes vétérinaires illégaux dans les écuries

Un cocher a agi en espion et a filmé l’intérieur de l’écurie en vue de dénoncer la maltraitance

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Un ancien cocher de Lucky Luc a agi comme « espion » pour la SPCA afin de dénoncer son patron, Luc Desparois, et montrer les lacunes de l’industrie des calèches.

Durant trois mois, sans être rémunéré, le cocher a filmé son écurie et noté tous les comportements de maltraitance qui s’y déroulaient.

L’enquête remonte à 2013, mais l’ancien « espion » a tenu à dévoiler au Journal plusieurs éléments de cette collecte d’informations.

Le 15 juillet, Marilyne, une jument de 17 ans appartenant à Luc Desparois, a glissé sur une plaque de métal recouvrant la chaussée au coin des rues Notre-Dame et Peel. C’est un témoin qui a publié des photos sur les réseaux sociaux.
Photo courtoisie
Le 15 juillet, Marilyne, une jument de 17 ans appartenant à Luc Desparois, a glissé sur une plaque de métal recouvrant la chaussée au coin des rues Notre-Dame et Peel. C’est un témoin qui a publié des photos sur les réseaux sociaux.

Rapport décevant

L’organisme s’est dit « déçu » des conclusions du rapport sur l’état de santé des 56 chevaux de calèche, dévoilées la semaine dernière par le maire Denis Coderre.

Même s’il a constaté des problèmes chez plus de la moitié des animaux inspectés, le vétérinaire de la Ville parle d’une « amélioration très importante » de la santé des chevaux depuis 2012, soit depuis que des inspections régulières sont imposées aux cochers.

« Plus de 55 % des chevaux inspectés ont des lacunes... ce n'est pas normal, insiste Alanna Devine, directrice de la défense des animaux à la SPCA. Le rapport ne tient pas compte du tout des conditions de garde des chevaux, qui sont parfois exécrables. »

Du foin souillé et sale est entassé dans un coin.
Photo courtoisie
Du foin souillé et sale est entassé dans un coin.

Mauvais traitements

Le Journal s’est entretenu avec l’espion en question ainsi qu’avec deux autres ex-cochers qui travaillaient pour Lucky Luc. Tous n’ont pas voulu être identifiés par crainte de représailles. Leur témoignage concerne des événements survenus de 2013 à aujourd’hui, même si la Ville assure de son côté que la situation s’est améliorée depuis 2012.

Les anciens cochers racontent que les chevaux dorment dans leurs excréments et dans des box trop étroits, et travaillent parfois 16 heures par jour (même si le règlement limite à 9 heures le temps de travail).

Des horaires de travail obtenus par Le Journal montrent d’ailleurs qu’un même cheval peut travailler de 10 à 16 heures, pendant 7 jours de suite.

Selon les anciens cochers, en période de canicule, les employés de Luc Desparois sont encouragés à enfreindre le règlement municipal, qui interdit la présence de calèches lorsqu'il fait plus de 30 degrés Celsius.

Un cheval est debout dans un box trop étroit à l’écurie Lucky Luc.
Photo courtoisie
Un cheval est debout dans un box trop étroit à l’écurie Lucky Luc.

« Les chevaux qui boitent, on leur donne des anti-inflammatoires le matin (phénylbutazone) et on les fait travailler quand même », insiste l’ex-cocher-espion. « Un employé, qui n’est pas du tout un vétérinaire, leur fait une piqûre intramusculaire. La même seringue est utilisée pour plus d’un cheval », mentionne un autre. Les anciens employés de Luc Desparois racontent qu’un des chevaux a dû subir une opération après avoir reçu trop d’injections de phénylbutazone, connu sous le nom de « bute ».

 

Six chevaux au repos forcé

 

Depuis le début de l’été, les vétérinaires de la Ville de Montréal ont retiré à huit reprises des chevaux de calèche des rues parce qu’ils étaient trop mal en point pour travailler. Tous appartiennent à Luc Desparois. C’est ce que révèle le rapport sur les véhicules hippomobiles de la Ville, rendu public la semaine dernière par l’administration du maire Denis Coderre. Le rapport est signé par Frédérick Deschesne, clinicien équin pour la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. Voici quelques détails sur l’état de santé des chevaux qui ont fait l’objet d’un retrait forcé.

Romain : Un long congé forcé

Le cheval le plus mal en point, Romain, a été retiré pendant 14 jours le 22 mai parce qu'il boitait et qu'il présentait un rythme cardiaque trop rapide.

Princesse : Mise au repos à deux reprises

Cette jument a été mise au repos pour boiterie le 22 mai. Princesse a été retirée à nouveau durant une semaine le 9 juillet parce que sa respiration était trop rapide et sa température trop élevée.

Adélia : Retirée pour une durée indéterminée

Le 18 juin, Adélia a été retirée pour une durée indéterminée à cause d’une plaie à la partie postérieure droite.

Nicky : Deux retraits imposés

La bête a été retirée à cause d’une plaie à la hanche, le 18 juin également. Deux semaines plus tard, le 3 juillet, Nicky a été retirée à nouveau à cause d’un ferrage déficient.

Bianca : Blessée à la tête

Le 9 juillet, la jument Bianca a été retirée une semaine pour une plaie à la tête et parce qu’elle était sale.

Marilyne : La jument qui a chuté

La jument Marilyne a semé l'émoi en chutant sur une plaque d'acier, le 15 juillet dernier. Le rapport du vétérinaire de la Ville indique que Marilyne a été mise au repos quatre jours parce qu'elle boitait. Pourtant, dans les médias, Luc Desparois assurait qu’elle n’était pas blessée et disait lui avoir donné deux jours de congé « par précaution ».

 

Ce que la SPCA a vu

Une constable spéciale de la SPCA s’est rendue à l’écurie Lucky Luc en mars dernier et a dressé un rapport accablant de l’état des lieux.

« Je suis très préoccupée par les conditions dans lesquelles ces chevaux sont gardés et crois qu'il est important qu'une plainte soit déposée à votre comité qui assure spécifiquement le bien-être des chevaux de calèche, puisque je suis limitée dans mon pouvoir d'agir en vertu du Code criminel », écrit la constable spéciale Élyse G. Hynes, dans une lettre envoyée à la Ville de Montréal.

Voici quelques-unes de ses observations :

  • Des enclos trop petits pour que les chevaux puissent se coucher
  • Accumulation de crottin depuis plusieurs jours dans l'ensemble de l'écurie
  • À cause d’une toiture trop usée, l'eau coule abondamment dans l'écurie et sur la croupe de certains chevaux
  • L'eau coulant du toit s'écoule et s'accumule dans certaines stalles, souillant le foin de plusieurs chevaux, se mélangeant au crottin et laissant les pieds des chevaux dans l'humidité et les fèces
 

 

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