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Radars photo : Poëti inflexible, l’opposition proteste

Chantier de construction photo radar
Photo d'archives

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Le ministre des Transports, Robert Poëti, s’est montré inflexible devant les contestations reliées à l’octroi du contrat de 30 M$ sans concurrence conforme à la firme CGI pour les radars photo.

Québec paiera précisément 29,9 M$ pour les 37 radars photo et caméras de surveillance. CGI est la seule firme à avoir été jugée conforme.

Les entreprises Groupe Techna et Ver-Mac, deux leaders en technologie des transports, ont été écartées alors qu’elles ont soumis des prix presque deux fois inférieurs au prix de CGI, qui n’a rien à se reprocher. Ver-Mac soutient avoir été écartée pour un détail, tandis que Groupe Techna ne comprend pas précisément pourquoi elle a été rejetée.

Mardi, Groupe Techna a souligné vouloir interpeller le ministre: comment «Robert Poëti peut justifier de payer 30 M$ pour un contrat de 15 M$?» disait l’entreprise, qui demande au ministre d’annuler le contrat.

Déjà revu, dit Poëti

En point de presse hier, le ministre Poëti a laissé entendre que le dossier ne méritait pas d’être revisité. «Les appels d’offres sont faits de façon rigide et claire. C’est mon collègue Martin Coiteux qui fait une analyse pour revoir l’ensemble du processus. La réponse que l’on a eue, c’est que tout a été conforme [...] C’est à mon collègue [Coiteux] que vous allez devoir parler davantage», a-t-il indiqué.

Le processus contractuel a effectivement été mené par l’organisme responsable des achats gouvernementaux, le Centre des services partagés du Québec (CSPQ), qui relève de Martin Coiteux. Mais l’achat était fait pour le compte du ministère des Transports.

Questionné à savoir ce qu’il en pensait, puisque c’est son ministère qui était en fin de compte celui qui payait la facture, le ministre a répliqué que ce qu’il voulait pour le Québec, «c’est que les gens suivent les normes et les règlements des appels d’offres et lorsqu’on a suivi ce qu’il fallait [...], c’est sûr qu’on veut le meilleur prix pour l’argent des Québécois».

Appelé à commenter ces déclarations, le PDG de Groupe Techna, Michel Guay, était déçu de constater que le ministre Poëti ignorait ses préoccupations et passait le dossier à Martin Coiteux. «Le ministre des Transports est le client de cet appel d'offres et a toute la latitude pour l'annuler et recommencer, économisant ainsi 15 millions», a souligné M. Guay.

Ce dernier a rencontré le CSPQ mardi afin de comprendre pourquoi sa soumission avait été rejetée. Il a mentionné s’être fait confirmer que sa soumission était excellente sur le plan des équipements technologiques. Mais là où il était plus faible, c’était dans la «qualité de la présentation» de son offre, ce qu’il n’arrive pas vraiment à comprendre.

«Je ne soumissionnerai pas à nouveau [pour des radars photo], je ne saurais même pas quoi faire pour m’améliorer», a-t-il tranché.

«Opaque», dit le PQ

«Il y a de l’opacité dans la façon dont les contrats sont donnés», déplore le porte-parole péquiste sur les dossiers informatiques, Alain Therrien.

«C’est inquiétant. Quand l’entreprise est rejetée, elle a le droit de savoir pourquoi! On parle de la moitié du prix. Martin Coiteux a annoncé sa réforme en informatique en juin. On s’aperçoit que ça ne change rien. C’est aussi ténébreux», poursuit le député de Sanguinet.

«La bonne volonté exprimée en juin ne se produit pas dans la réalité», ajoute celui qui martèle que Québec doit se rebâtir une meilleure expertise interne.

La CAQ attaque le CSPQ

Le député caquiste de la Peltrie, Éric Caire, évalue que le CSPQ s’est «encore une fois emmêlé dans ses bottines».

«On comprend pourquoi le Vérificateur général a été aussi assassin envers cette organisation-là [...] Au lieu de payer 15 M$, on paie 30 M$ pour des critères qui n’ont rien à voir avec la capacité de l’entreprise à répondre à l’appel d’offres ni avec la qualité de leurs produits. Ce sont des détails administratifs, des tracasseries, qui font que les Québécois vont payer deux fois trop cher», fustige-t-il.

«On est dans une espèce de “no man’s land”. Ce qu’on sait, c’est qu’on va payer 15 M$ de plus parce que le CSPQ s’est enfargé dans des détails que juste eux pensent importants», conclut-il.

— Avec la collaboration de Marc-André Gagnon, Bureau parlementaire