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Le rire interdit, ou la tyrannie des fanatiques

Les questions ont fusé: faudra-t-il fournir un petit guide des interdits religieux aux humoristes et autres farceurs professionnels? Qui le rédigera?

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L’imam Salam Elmenyawi a été la grande vedette de la semaine à la commission parlementaire examinant le projet de loi 59 sur les «discours haineux».

L’imam Salam Elmenyawi a été la grande vedette de la semaine à la commission parlementaire examinant le projet de loi 59 sur les «discours haineux».

Devant les députés, il a expliqué doctement qu’il ne devrait plus être permis de rire des religions, de les moquer, de les tourner en ridicule. Cela heurterait violemment ses croyances les plus intimes et le froisserait au-delà du tolérable. Alors on devra mimer le respect devant lui, et se retenir même si on veut s’esclaffer.

Dans un Québec qui s’est libéré du catholicisme en demandant aux Cyniques de déculotter ses curés et qui est devenu, au fil du temps, allergique à n’importe quelle prescription religieuse, on était ébaubi.

Les questions ont fusé: faudra-t-il fournir un petit guide des interdits religieux aux humoristes et autres farceurs professionnels? Qui le rédigera? Ne risque-t-on pas de se soumettre au terrifiant esprit de sérieux des barbus? Les fanatiques donneront-ils des permis de rire?

Rire des religions ?

Salam Elmenyawi ne devrait pourtant pas s’inquiéter: personne, aujourd’hui, ne se moque de l’islam et il n’a même pas besoin de la loi pour ça. Car chacun, pour d’excellentes raisons, a peur pour sa peau s’il va juste un peu trop loin. Des fanatiques pourraient décider de s’improviser messagers de la justice divine et leur réserver un sort à la Charlie Hebdo. Qui, aujourd’hui, se risquerait vraiment à caricaturer Mahomet? À tout le moins, il se fera accuser d’islamophobie.

Mais la chose va au-delà du rire. Samira Laouni, du groupe C.O.R., voudrait par exemple m’interdire d’écrire que l’Islam pose un problème spécifique à la démocratie occidentale. Je tiendrais là un propos contradictoire avec l’inclusion démocratique. Je la cite: il faudrait interdire les «allégations voulant qu’une confession religieuse soit incompatible avec la démocratie, étant donné que nous sommes citoyens d’un pays démocratique».

En un mot, il ne serait plus permis de chercher à comprendre si l’Islam, pour des raisons théologiques, culturelles ou politiques, cause des problèmes d’intégration en Occident. Parce qu’ainsi, encore une fois, on stigmatiserait une communauté. À ce compte-là, il faudrait censurer bien des livres et des revues et instaurer une vigilance médiatique de tous les instants pour vérifier que personne ne prononce les paroles interdites. La réalité, on devra l’étouffer.

Une loi funeste

On est en droit de se demander comment ce projet de loi aussi funeste que délirant est arrivé dans les mains de la ministre. La ministre Vallée sait-elle ce qu’elle fait? Mais ne cherchons pas trop loin. On voit encore là l’œuvre de la Commission des droits, qui porte bien mal son nom et qui cherche depuis des années à étendre le domaine de la censure et à bâillonner les adversaires du multiculturalisme.

Chose certaine: le projet de loi 59, avec ou sans les enragés qui veulent le radicaliser, est liberticide. Il permettra à n’importe qui se sentant un peu offusqué de porter plainte au nom d’une communauté qui se dira victimisée. Et n’importe quel propos un peu hors-norme pourra se faire classer comme discours haineux. De peur de se faire épingler par les commissaires de la CDPDJ et se de retrouver sur la liste officielle des délinquants idéologiques, chacun se tiendra coi.