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Les produits du terroir gagnent en reconnaissance

Ce sont des aliments difficiles à classifier tant la définition est large

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PHOTO Agence qmi, maxime deland

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L’agneau de Charlevoix, les bleuets du Lac-Saint-Jean, personne ne doute que ce soit des produits de leur terroir. Leur saveur particulière s’enrichit de l’histoire de la région et des traditions culinaires des producteurs qui les mettent en valeur.

«La façon lA plus simple de le reconnaître [le produit], c’est le circuit court et la simplicité des recettes. Un produit vendu le plus près du producteur permet d’en faire la connaissance.» –Cédric Fontaine
Alors qu’ils sont disponibles en abondance, en cette fin d’août, la majorité des produits du terroir ne trouvent pas pour autant de places sur les tablettes des supermarchés. La réglementation qui en faciliterait l’expansion s’avère exigeante et beaucoup d’artisans ne peuvent se permettre financièrement les dépenses requises pour y accéder.

Tour d’horizon d’un secteur économique plein de potentiel avec Cédric Fontaine, président de Terroirs Québec.

Qu’est-ce qu’un produit du terroir ?

«La définition est très large. Il y a évidemment une notion géographique. Le produit possède une histoire liée à sa terre locale. Sans définition particulière comme pour Aliments du Québec et Aliments biologiques, il est difficile de le réglementer. Au Québec, nous avons à peine 400 ans d’histoire. Ce n’est pas aussi simple qu’en France où, par exemple, les vins de la région de Bordeaux s’appuient sur une expérience millénaire.»

Comment alors départir le vrai du faux produit du terroir ?

«La façon la plus simple de le reconnaître, c’est le circuit court et la simplicité des recettes. Un produit vendu le plus près du producteur permet d’en faire la connaissance, de discuter de son mode de production et de comprendre la philosophie qui l’inspire. Puis, un produit qui ne contient que des aliments de base a les mérites de se rapprocher du terroir. Par exemple les rillettes de canard ne devraient contenir que du canard et des épices.»

Les grandes chaînes se targuent de laisser une grande place aux produits locaux. Est-ce réel ?

«La meilleure aide vient du choix du franchisé. Souvent, le propriétaire d’un IGA ou d’un Metro est un acteur local qui veut faire rentrer des produits de sa région dans son épicerie. Mais en général, le marketing est plus fort que la place réelle des produits du terroir réclamés par la clientèle dans les supermarchés. Pour y accéder, le petit producteur doit garantir une production stable et en quantité, fournir un approvisionnement annuel. Il doit aussi se conformer à l’une ou l’autre des normes, parfois contradictoires, du ministère de l’Agriculture du Québec (MAPAQ) ou de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Ceci, sans parler des exigences gouvernementales de publier la valeur nutritionnelle d’un produit. Ces normes sont trop sévères et trop chères pour les petits producteurs.»

Les produits du terroir sont-ils condamnés à ne trouver leur clientèle que dans les festivals, boutiques spécialisées et sur des sites en ligne ?

«La difficulté de la distribution à grande échelle est une question d’intermédiaires qui font monter les prix du produit qui, par conséquent, repoussent les consommateurs. Les associations touristiques régionales devraient mettre beaucoup plus d’efforts sur la mise en marché des produits de leur région. Travailler aussi à regrouper leurs petits agriculteurs. Car il y a bien des producteurs qui veulent demeurer artisanaux et vendre directement aux consommateurs. C’est une stratégie d’affaires qui amène une belle réussite, comme le démontrent les fermes Lufa à Montréal, les fermiers de famille membres d’Équiterre et les marchés publics.»

Quels défis attendent les producteurs d’aliments du terroir ?

«Traverser le temps et les modes. Les consommateurs cherchent de l’authenticité et de la nouveauté. Il faut développer de nouveaux produits, de nouvelles saveurs, faire renaître des races ancestrales comme la vache canadienne et la poule Chanteclerc. La demande des consommateurs est là et le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV) doit agir beaucoup plus rapidement pour accorder les demandes de reconnaissance.»

 

Brèves

Qui est-il ?

Cédric Fontaine

Cédric Fontaine travaille avec une soixantaine de producteurs à référencer des produits du terroir ou régionaux, fabriqués ou transformés au Québec. Il fait la promotion de la gastronomie québécoise à travers le site Terroirs Québec, une épicerie en ligne.