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Ne riez pas de mon prophète!

Le premier ministre du Québec Philippe Couillard
Photo d'archives, Le Journal de Québec, Simon Clark Le premier ministre du Québec Philippe Couillard

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J’ai une idée de film d’horreur...

J’ai une idée de film d’horreur...

On est en septembre 2016. Le gouvernement libéral fait adopter sa LCCQRDR (Loi contre ceux qui rient des religions).

Interdiction de rire d’un prophète, de ridiculiser un pape, de se gausser d’un rabbin, de railler un évêque, de caricaturer un imam.

Le gouvernement met en place sa PRR (Police de la rectitude religieuse) et met à l’index tous les produits culturels qui montrent le début du commencement d’une critique d’une religion.

Voici ce à quoi ressemblerait la vie sous ce régime...

Il était une foi 

Les radios musicales ont l’interdiction de diffuser la chanson God Is an American de Jean-Pierre Ferland, à cause du passage suivant, considéré comme offensant: «Vous pensez qu’c’est facile d’être un Dieu / Un homme, un Saint-Esprit aussi / Y’a des fois j’mettrais l’feu à tout ça / Comm’ j’ai fait à Sodome / Ou j’f’rais l’coup d’la marée / Comm’ j’ai fait à Noé.»

Les chroniqueurs qui utilisent l’expression «fous de Dieu» sont envoyés dans un camp de rééducation, où on leur lave la bouche (et le clavier) avec du savon.

Les bibliothèques publiques doivent retirer de leurs étagères le recueil de textes des Cyniques et en expurger toutes les blagues irrévérencieuses sur le cardinal Léger.

On retire des librairies Ma vie à contre-Coran et Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident de Djemila Benhabib. Mais à la dernière minute, on annule l’autodafé qui devait avoir lieu devant la Grande Bibliothèque, par charité chrétienne.

Les stations de télé ne peuvent plus diffuser le film Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu? (l’immense succès français au box-office qui se moque autant des juifs et des musulmans que des catholiques) ou Les Aventures de Rabbi Jacob (dans lequel Louis de Funès se déguise en rabbin).

Dans ses spectacles au centre Vidéotron, le groupe RBO se voit interdire de reprendre le personnage du curé sourd.

Le Festival Juste pour rire se fait dire de ne pas reprendre la comédie musicale Sister Act... car on y rit des sœurs à cornette.

Radio-Canada ampute sa série Les Pays d’en haut de toutes les scènes impliquant le curé Labelle, joué par Antoine Bertrand, accusé de caricaturer le saint homme.

La PRR débarque chez l’humoriste d’origine tunisienne Nabila Ben Youssef. On lui passe les menottes et on l’informe qu’elle est accusée de «dérision religieuse» pour avoir déclaré, lors de son passage chez McQuade-Mongrain: «Pour moi, ce sont des terroristes, des sauvages, des inhumains, des débiles mentaux, des malades, tout ce que vous voulez, sauf des musulmans et des islamistes.»

Les 59 commandements 

Oui, bien sûr, j’exagère. Oui bien sûr, c’est de la fiction.

Mais le projet de loi 59 «concernant la prévention et la lutte contre les discours haineux», qui est étudié en ce moment à Québec, me donne froid dans le dos.

Quand j’entends Salam Elmenyawi déclarer: «Vous pouvez rire de moi, mais pas de ma religion», je m’imagine les pires scénarios.

Au Québec, de tout temps, on a ri de la religion. Vous vous souvenez des Insolences du frère Untel, écrites par le frère mariste Jean-Paul Desbiens?

Et on voudrait aujourd’hui, en 2015, restreindre la critique des religions?

Réveillez-moi, quelqu’un, je pense que je fais un cauchemar!