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Thriller décapant à Griffintown

Hervé Gagnon
Photo courtoisie Hervé Gagnon

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Dans le troisième tome des enquêtes de Joseph Laflamme, Hervé Gagnon comble encore une fois les vides de l’histoire en imaginant une intrigue complexe, très fouillée, dans le Montréal de la fin du XIXe siècle. Cette fois, un vieux livre mettant en cause les mœurs de l’Église catholique de Montréal refait surface et sert de canevas à une histoire de perversion et de corruption: Maria.

Le quotidien du journaliste Joseph Laflamme est perturbé par plusieurs événements en 1892: un charnier d’enfants est découvert, le corps mutilé d’un banquier est retrouvé à Griffintown et deux fillettes portant des marques d’agressions sexuelles sont repêchées dans le fleuve.

Ces affaires scabreuses ne semblent pas reliées... jusqu’à ce qu’un prêtre remette à Laflamme un exemplaire d’un livre publié 50 ans auparavant: Les affreuses révélations de Maria Monk. Cette histoire avait fait scandale: la pseudo-novice avait révélé des «faits» troublants au sujet de son séjour au couvent de l’Hôtel-Dieu de Montréal. Du bonbon pour l’écrivain Gagnon, qui est aussi historien et muséologue.

«Le livre de Maria Monk a marqué l’imaginaire», commente Hervé Gagnon en rappelant les rumeurs de tunnels construits entre les couvents des communautés religieuses féminines et les établissements religieux masculins. «Quand j’ai monté le Musée des Hospitalières, j’ai trouvé des copies originales du livre de Maria Monk dans les archives. L’archiviste m’avait arraché ça des mains comme si j’avais sorti un grimoire satanique! C’est une histoire de fou. Je ne voulais pas l’utiliser comme vérité, mais je voulais l’utiliser pour en faire un canevas pour mettre en perspective ce qu’il se passait en 1893.»

Hervé Gagnon est tombé sur l’histoire de Maria Monk à la fin des années 80. «J’ai ramassé tout ce que j’ai pu trouver sur cette fille, toutes les variantes de son livre. J’ai aussi toutes les réponses, les contradictions qu’on avait publiées pour invalider son livre, tous les livres et les articles écrits là-dessus. On savait que c’était une prostituée, qu’elle n’avait pas écrit le livre, qu’elle était morte d’une maladie vénérienne avec trois enfants de trois pères différents. C’était une pauvre fille finalement. Elle a été utilisée par le mouvement anticatholique, qui était très fort aux États-Unis à cette époque et qui était une réaction à l’immigration massive d’Irlandais catholiques aux États-Unis.»

Ce livre scabreux, vendu à 200 000 exemplaires en 10 ans, mentionnait l’existence d’un couvent sulfureux, établi au coin des rues Sainte-Catherine et Cathcart, le couvent de la Sainte-Face. «Il était dirigé par un médecin et peuplé de très jeunes filles. Mgr Fabre voulait désespérément faire fermer cette affaire et n’y arrivait pas. Des photos de l’endroit ont été publiées. Le lien avec Maria Monk, c’est ça: une histoire fictive et un couvent réel. C’est une histoire qui s’est écrite toute seule: il ne restait qu’à inventer quatre ou cinq pervers!»

Hervé Gagnon a voulu écrire un livre du Montréal souterrain, du «Montréal hypocrite», dit-il. «C’est un roman foncièrement anticlérical — faut pas rêver — et tous mes romans le sont d’ailleurs, on ne s’en cachera pas. C’est peut-être le roman le plus pervers que j’aie jamais écrit. C’est un roman de fausses apparences, de communautés religieuses factices, de perversion et de corruption. C’est un roman qui va chercher les deux grands objets de convoitise de l’être humain: l’argent et le sexe. Dans les romans précédents, j’étais dans les grands mystères non résolus de l’histoire, comme Jack l’Éventreur et les Knights of the Golden Circle.»


♦ En librairie le 2 septembre.


♦ Historien et muséologue, Hervé Gagnon a connu beaucoup de succès avec ses séries Le talisman de Nergal, Damné, Vengeance et Malefica. Il a reçu le prix Saint-Pacôme du meilleur premier polar et il a été finaliste pour les prix Tenebris et Arthur-Ellis pour Jack.

 

EXTRAIT

Maria — Une enquête de  Joseph Laflamme <br />
Hervé Gagnon, Éditions Libre-Expression, 360 pages
Photo courtoisie
Maria — Une enquête de Joseph Laflamme
Hervé Gagnon, Éditions Libre-Expression, 360 pages

«Des coups urgents à la porte fendirent le silence de la nuit. Ils n’avaient pas cessé lorsque Joseph et Emma, alarmés, surgirent en même temps de leurs chambres respectives, elle en chemise de nuit avec un châle sur les épaules, lui en chemise et en pantalon, tous deux pieds nus. Ils se rendirent dans la cuisine sans échanger un mot et Emma alluma une lampe laissée sur le comptoir. Joseph devant, ils s’approchèrent de la porte, où l’on tambourinait toujours sans relâche.

“Qui est-ce? demanda-t-il d’une voix forte.

– Arcand! répondit une voix étouffée et étrangement haut perchée de l’autre côté. Pour l’amour de Dieu, ouvrez cette porte, Laflamme!”»

— Hervé Gagnon, Maria, Éditions Libre Expression