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Montant record de 1,4 M$ à l’Ordre

Plus de 300 pharmaciens affiliés à Proxim ont dérogé à leur code de discipline et ont reconnu leurs torts

Les pharmaciens affiliés à la bannière Proxim, dont le siège social est situé à Boucherville, étaient invités à favoriser des médicaments, notamment ceux de la marque Sivem ( ci-contre )
photos D’archives Les pharmaciens affiliés à la bannière Proxim, dont le siège social est situé à Boucherville, étaient invités à favoriser des médicaments, notamment ceux de la marque Sivem ( ci-contre )

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Des centaines de pharmaciens affiliés à Proxim ont accepté de verser un montant record de 1,4 million $ à l’Ordre des pharmaciens. Le syndic de l’Ordre leur reprochait d’avoir favorisé des médicaments fournis par la multinationale McKesson en échange de chèques ou d’autres avantages financiers.

Des centaines de pharmaciens affiliés à Proxim ont accepté de verser un montant record de 1,4 million $ à l’Ordre des pharmaciens. Le syndic de l’Ordre leur reprochait d’avoir favorisé des médicaments fournis par la multinationale McKesson en échange de chèques ou d’autres avantages financiers.

«C’est un montant substantiel. C’est le plus gros montant jamais versé à l’Ordre», confirme la directrice générale, Manon Lambert.

Au total, ce sont 310 pharmaciens qui ont reconnu leurs torts en signant une entente de conciliation au cours des dernières semaines. La très grande majorité d’entre eux ont également dû débourser entre 2000 $ et 12 000 $.

Comme l’avait rapporté notre Bureau d’enquête, presque toutes les pharmacies de la bannière Proxim participaient à un programme de conformité mis en place par leur société mère McKesson à partir de 2009. Ce programme encourageait les pharmaciens propriétaires à choisir les médicaments génériques parmi une liste établie par McKesson (voir autre texte).

Manon Lambert, directrice générale.
Photo d'archives
Manon Lambert, directrice générale.

Confiance minée

À l’Ordre, on dénonce ces façons de faire qui minent l’indépendance professionnelle des pharmaciens en plus de nuire à la confiance du public. «Le médicament n’est pas un bien de consommation comme les autres», insiste Manon Lambert. Selon elle, les programmes de conformité sont semblables à l’intégration verticale que l’on observe dans plusieurs secteurs économiques.

Cette façon de faire permet aux multinationales de sécuriser leurs fournisseurs et d’obtenir des marges de profit plus importantes. Les contributions que les pharmaciens ont accepté de verser à l’Ordre ne représentent toutefois qu’une fraction de ce qu’ils ont reçu en participant au programme de conformité McKesson.

Fini la conformité

Ils se sont cependant engagés à ne plus participer à de tels programmes ou à recevoir des avantages financiers pour favoriser les médicaments listés par McKesson.

Selon nos informations, l’argent récolté par le syndic de l’Ordre permettra de mener d’autres enquêtes. Les pharmaciens affiliés à Uniprix seraient notamment visés. Ni McKesson ni les pharmaciens de Proxim contactés n’ont voulu commenter hier.

En 2012, quelque 1200 pharmaciens avaient payé 2,9 M$ pour des rabais-volumes. Or, de ce montant, seulement 580 000 $ avaient été versés à l’Ordre. Le reste avait été versé au Fonds de l’assurance-médicaments du Québec et à trois organismes de bienfaisance.


Extrait de l’entente de conciliation

«Le pharmacien reconnaît, bien qu’il était de bonne foi selon ses connaissances du moment, avoir fait défaut de respecter les articles 50 et 51 du Code de déontologie des pharmaciens en recevant de McKesson des avantages reliés au programme de conformité mis sur pied par cette dernière.»

Le programme de conformité en 5 points

1• McKesson fournissait une liste de médicaments génériques. Si les pharmaciens se conformaient à cette liste dans un pourcentage dépassant 90 %, ils avaient droit à un chèque correspondant en retour.

2• Dans certains cas, la firme McKesson est même allée jusqu’à fournir des centaines de milliers de dollars à des pharmaciens pour ouvrir leur commerce. Ces derniers devaient toutefois s’engager en échange à suivre le programme de conformité pendant 15 ans.

3• Au cours des dernières années, McKesson a développé sa propre gamme de médicaments génériques en passant par sa filiale, Sivem. Les produits Sivem se retrouvaient systématiquement dans la liste de conformité.

4• Les fabricants de médicaments génériques étaient invités à remplir les pots de Sivem avec leurs produits. En échange, Sivem pouvait leur garantir une distribution dans tous les Proxim. De cette façon, Sivem réussissait à obtenir des prix qui étaient jusqu’à 65 % moins chers que les prix fixés par la RAMQ.

5• Les profits allaient dans les poches de McKesson, et une petite partie servait à payer les avantages financiers aux pharmaciens pour leur participation aux programmes de conformité.