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La belle annonce et le courriel de trop

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Photo Thinkstock

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En voulant bien faire et sortir publiquement qu’un projet informatique prometteur a été lancé avec succès, le ministère de la Sécurité publique s’est enfargé en nous envoyant un courriel peu sympathique qui n’aurait pu dû nous être adressé.

 

Voici la bonne nouvelle : à la mi-août, le ministère de la Sécurité publique (MSP) a annoncé le lancement du projet IGO (infrastructure géomatique ouverte). Il s’agit du premier logiciel libre de l’administration québécoise en géomatique. L’outil permet notamment d’intégrer et visualiser les sites de données ouvertes du gouvernement, les casernes de pompiers, les sites patrimoniaux, les territoires agricoles et les îlots de chaleur.

 

« Les internautes de partout dans le monde sont encouragés à contribuer à IGO de plusieurs façons en vue de l’améliorer», précise le MSP. Effectivement, puisqu’il s’agit d’un outil développé en mode collaboratif (open source), «il demeure en constante évolution».

 

La facture pour le projet réalisé à l’interne s’élève à 476 000 $. Pour un projet de cette envergure, le prix est plus que raisonnable. Ce projet est un rare exemple concret et important d’avancement du logiciel libre dans l’administration publique québécoise.

 

Le MSP a publié un communiqué de presse et a répondu à toutes nos questions sur ce projet.

 

Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là :

 

La journée de cette annonce, j’ai reçu un courriel d’un fonctionnaire qui ne faisait pas partie de l’équipe des relations médias du ministère (et qui ne doit théoriquement pas communiquer avec les médias).

 

Laissant entendre que je pourrais aussi parler des projets à succès et non seulement des projets qui dérapent, le fonctionnaire m’a, de bonne foi, transmis le communiqué de presse (qui était déjà rendu public) qui annonçait le lancement du projet IGO. Pour bien faire, ce fonctionnaire a aussi ajouté dans le courriel un responsable du projet IGO.

 

Quelques heures plus tard, j’ai reçu un courriel d’une conseillère stratégique en communication du MSP. Le message était le suivant :

 

«Je n'en reviens pas. En voulant bien faire, il allume une braise... surtout avec ce type de journalistes qui cherchent des nouvelles croustillantes.»

 

Ce courriel était adressé au fonctionnaire qui m’avait envoyé le communiqué de presse, au responsable du projet IGO et à moi. Visiblement, je ne devais pas être dans les destinataires de ce courriel.

 

Cette conseillère en communication avait donc intercepté le courriel du fonctionnaire. Elle n’était pas contente puisqu’il s’était adressé directement à un journaliste, mais au lieu de seulement l’écrire à ce fonctionnaire et au responsable du projet IGO, elle m’a laissé dans la chaine de courriels.

 

Ce fonctionnaire ne voulait pas me révéler un secret d’État. Il m’a simplement transmis un communiqué de presse pour parler d’un projet informatique à succès. Il faisait, en quelque sorte, la promotion du ministère. Mais pour cette conseillère en communication, ça semblait inacceptable. Le fonctionnaire a allumé «une braise», selon elle. Les fonctionnaires n’ont pas le droit de communiquer avec les journalistes. C’est tout. C’est la ligne.

 

Après plusieurs reportages sur le bordel informatique, nos sources ont mentionné avoir vu des directions ministérielles lancer des chasses aux sources et rappeler à l’ordre des fonctionnaires à l’effet qu’ils ne peuvent pas parler aux médias.

 

Mais dans ce cas-ci, ce n’est même pas une source. C’est quelqu’un qui m’envoie un communiqué de presse qui était de toute façon accessible partout.

 

La conseillère stratégique du MSP a aussi écrit dans le courriel que j’étais un «type de journalistes qui cherchent des nouvelles croustillantes».

 

Durant la dernière année, les reportages concernant le ministère de la Sécurité publique de notre rubrique «bordel informatique» ont traité des deux arrestations pour fraude, de celui qui était directeur informatique du ministère, Abdelaziz Younsi. Nous avons aussi révélé qu’un projet nommé Sentinelle devait se terminer en 2007, mais est revenu à la case départ cette année, causant un gaspillage de 40 millions de dollars.

 

Cette conseillère en communication, payée par les contribuables, peut juger qu’il s’agit d’information «croustillante». D’autres peuvent plutôt juger qu’elles sont d’intérêt public et méritent d’être connues par les contribuables.

 

Nous avons écrit un courriel à cette conseillère et nous avons demandé au ministère ses explications. Nous n’avons pas eu de réponse et le ministère nous a indiqué peu de temps après qu’elle ne travaillait plus là.  

 

Cette conseillère a eu un rôle d’expert-conseil depuis plusieurs années dans plusieurs organisations dont, au gouvernement.