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Bergevin fidèle à ses racines

Il est heureux de vivre dans son patelin

Entrevue Marc Bergevin
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse

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On connaît bien Marc Bergevin, le directeur général du Canadien et ancien défenseur dans la LNH. On connaît moins bien l’homme, ce bon vivant sympathique et sensible.

Au cours de cette entrevue accordée au Journal de Montréal, on a eu l’occasion d’aborder une foule de sujets en compagnie de Bergevin.

Il a parlé, entre autres choses, de ses parents, de son enfance, lui qui a grandi au deuxième étage d’un modeste logement situé sur la rue Centre, à Pointe-Saint-Charles; de sa carrière de 20 ans dans la LNH; de la pression des médias.

Un tatouage en mémoire de sa mère

Bergevin est devenu émotif lorsqu’il fut question de sa mère, Pauline, décédée à l’âge de 57 ans de complications liées à un caillot de sang.

«J’étais très proche d’elle, a-t-il dit. C’était une maman en or. J’ai reçu ­tellement d’amour de sa part.»

Il a soulevé son chandail pour dévoiler un tatouage qu’il a dans le dos et qui représente le visage de sa douce mère.

«J’étais le plus jeune d’une famille de cinq enfants et j’ai été un peu plus gâté que les autres. Mon sens de l’humour, je le tiens de ma mère. C’était une femme joviale.

«Nous n’étions pas riches, mais il y avait toujours quelque chose de bon à manger sur la table. J’aimais bien dire que l’appartement était tellement petit qu’il fallait sortir dehors pour se ­changer les idées!»

Son père Denis était plutôt du type autoritaire. C’est de lui que Bergevin a hérité le respect et la ponctualité, deux qualités importantes à ses yeux.

«Lorsqu’il me disait de rentrer à la maison pas plus tard que neuf heures le soir, je m’arrangeais pour arriver cinq minutes à l’avance...»

Un décès qui l’a marqué

Son père, qui était lieutenant à la caserne de pompiers de Saint-Henri à la fin de sa vie, est décédé d’une crise cardiaque à l’âge de 62 ans.

«C’est moi qui l’ai trouvé mort dans sa demeure. Je peux vous dire que ça “fesse fort dans le dash”, pour reprendre une expression connue. Mes parents sont décédés beaucoup trop jeunes. Ça m’a marqué.»

Marc Bergevin a quitté le domicile familial dès l’âge de 16 ans. Après avoir joué pour les Hurricanes de Ville-Émard en compagnie de Mario ­Lemieux et Jean-Jacques Daigneault, il s’est retrouvé à Chicoutimi, avec les ­Saguenéens.

Il a ensuite été repêché en troisième ronde par les Blackhawks de Chicago en 1983 et il a connu une carrière longue de 20 saisons dans la LNH, au sein de huit équipes différentes.

Bergevin a bien voulu répondre à plusieurs questions:

Tu es père de trois enfants, qui vivent tous aux États-Unis. ­Comment se passent les choses sur le plan familial?

«C’est certain que ce n’est pas facile. Je n’ai pas la chance de les voir souvent durant la longue saison de hockey. West, mon plus vieux, est âgé de 19 ans et il étudie à l’université Penn State. Il est gardien de but pour l’équipe de soccer. Elle, ma fille, a

17 ans, et elle est en dernière année à l’école secondaire à Chicago. Rhett, le benjamin, a 14 ans. Je suis fier de mes enfants. Je les aime beaucoup.»

Pourquoi as-tu choisi de t’installer dans cet immeuble historique près du canal Lachine?

«C’est parfaitement situé à mi-chemin entre le Centre Bell et notre centre d’entraînement à Brossard. Je tenais aussi à revenir vivre dans le quartier où j’ai grandi. J’occupe présentement un loft à proximité du marché Atwater, mais je déménagerai dans les prochains mois dans un nouveau condo de l’autre côté du canal, à Pointe-Saint-Charles. J’aime la vie de ce ­quartier. Je m’y sens à l’aise. Je peux aller souper au resto à pied, sur la rue Notre-Dame. Je peux aller faire mes emplettes au marché Atwater.»

Comment les gens réagissent-ils lorsqu’ils te reconnaissent dans la rue ou qu’ils t’aperçoivent en train de faire du jogging sur la piste cyclable le long du canal Lachine?

«Ils sont gentils. Ils me souhaitent bonne chance. Ils ne sont jamais ­déplaisants. Oui, ça change une vie d’être directeur général du Canadien. Je me souviens de l’époque où mon ami Mario Lemieux me demandait s’il avait une affiche avec son nom dans le dos, tellement les gens le reconnaissaient partout où il allait. Je comprends un peu mieux maintenant comment il se sentait. Mais ça ne m’empêche pas de sortir. Je ne suis pas du genre à me terrer dans mon appartement. J’aime le contact avec les gens.»

«C’est fou de penser à toute l’attention médiatique que je reçois. Tout ça pour un p’tit gars de Pointe-Saint-Charles!» dit Marc Bergevin de son expérience à titre de directeur général du Canadien.
Photo d'Archives
«C’est fou de penser à toute l’attention médiatique que je reçois. Tout ça pour un p’tit gars de Pointe-Saint-Charles!» dit Marc Bergevin de son expérience à titre de directeur général du Canadien.

Tu as eu 50 ans le 11 août. Tes amis t’ont fait une fête surprise. Tu te sens comment?

«Très bien, malgré des maux de dos qui m’empêchent de courir à mon goût, ces temps-ci. Cinquante ans, c’est encore jeune. Tout est dans la tête.»

Tu en es à ta quatrième année d’un contrat de cinq ans comme directeur général du Canadien. Comment qualifierais-tu ­l’expérience?

«C’est fou de penser à toute l’attention médiatique que je reçois. Tout ça pour un p’tit gars de Pointe-Saint-Charles! Je ne pensais pas que le hockey était aussi important ici puisque je vivais aux États-Unis depuis 28 ans. Le hockey n’est pas le sport numéro 1 à Chicago. Mais j’aime ce que je fais. Le hockey est une passion. Je ne compte pas les heures passées au bureau. Quand on aime son boulot, on n’a pas l’impression de travailler. J’espère pouvoir agir comme directeur général plusieurs années encore.»

Quelle est la partie la moins plaisante pour un directeur général?

«C’est sûrement d’annoncer à un joueur qu’on vient de l’échanger ou qu’on doit le laisser partir. J’ai trouvé ça fort difficile d’annoncer à un bon gars comme Francis Bouillon qu’on devait faire de la place à des défenseurs plus jeunes. On ne veut faire de mal à personne, mais il faut toujours prendre nos décisions en fonction de ce qui est le mieux pour l’organisation. Durant ma carrière de 20 ans dans la LNH, il y a des directeurs généraux qui m’ont dit des choses que je ne voulais pas entendre. Je comprends mieux leur travail ­aujourd’hui. J’ai d’ailleurs beaucoup ­appris au contact de ces directeurs ­généraux.»

Que penses-tu du travail des médias et des critiques qui sont ­formulées à l’endroit du Canadien parce que l’équipe ne parvient plus à remporter la coupe Stanley?

«Je n’écoute pas les émissions de sport à la télévision. Je respecte le travail des analystes et des commentateurs, mais je n’ai pas besoin d’entendre leur opinion. Ils ne possèdent pas toutes les informations nécessaires pour pouvoir bien juger­­ d’une situation. Dans ma voiture, je préfère écouter de la musique sur la radio satellite.»

Et la pression du public?

«À Montréal, le Canadien doit ­toujours chercher à gagner. On ne peut pas se permettre de connaître de longues périodes creuses. Ce fut le cas à Chicago et cela a permis aux ­Blackhawks de repêcher des joueurs comme Jonathan Toews, Patrick Kane et Duncan Keith. On n’a pas ce luxe à Montréal. Il faut avoir un plan et ne pas en déroger. Je ne peux surtout pas me mettre à penser comme un partisan sinon, je vais me tirer dans le pied.»

Parviens-tu à décrocher un peu de ton boulot durant l’été?

«Un directeur général n’a guère de vacances. Il n’y a que quelques semaines au cours du mois d’août qui sont plus tranquilles. J’ai pris le temps d’effectuer un voyage de pêche dans le Grand Nord du Québec.»

Lorsque tu penses à ta carrière dans la LNH, de quoi es-tu le plus fier?

«De ma longévité. Il n’est pas facile de disputer 20 saisons dans le meilleur circuit au monde. Je n’étais pas le ­défenseur le plus talentueux, mais j’étais un gros travaillant. Je crois que mes coéquipiers me respectaient pour ça.»

Y a-t-il un match, parmi les 1191 que tu as disputés dans la LNH, qui t’a marqué plus que les autres?

«Sans aucun doute le septième match de la deuxième ronde des séries éliminatoires en 1996, alors que je jouais pour les Red Wings. On avait connu une ­saison de 131 points. Tous les espoirs étaient permis. Steve Yzerman avait inscrit le but gagnant en deuxième période de prolongation pour éliminer les Blues. Je croyais alors que j’allais avoir la chance de remporter la coupe Stanley, mais on s’est incliné en six rencontres face à l’Avalanche en finale d’association.»

Qui fut le meilleur entraîneur à t’avoir dirigé et le meilleur ­coéquipier que tu as eu la chance de côtoyer?

«Le meilleur entraîneur fut sans aucun doute Scotty Bowman, suivi de Joel Quenneville; tandis que Mario Lemieux a été de loin le joueur le plus talentueux avec lequel j’ai fait équipe. Du côté des défenseurs, j’adorais voir jouer un gars comme Al MacInnis. On parlait beaucoup de son tir foudroyant, mais c’était avant tout un défenseur complet.»

Quel attaquant était le plus difficile à contrer?

«Peter Forsberg était fort comme un cheval, en plus d’être bourré de talent et d’être fort intelligent avec la rondelle. Jouer contre lui représentait une ­méchante commande.»

En terminant, allez-vous nous annoncer le nom du capitaine du Canadien au tournoi de golf de jeudi prochain à Laval-sur-le-Lac?

«Vous verrez bien (rires).»

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