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Au pays du statu quo

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En Inde, il est interdit de botter le derrière d’une vache pour qu’elle dégage. Dans l’islam, il est interdit de dessiner le prophète. Pour le Vatican, les femmes ne peuvent être ordonnées.

En Inde, il est interdit de botter le derrière d’une vache pour qu’elle dégage. Dans l’islam, il est interdit de dessiner le prophète. Pour le Vatican, les femmes ne peuvent être ordonnées.

Ces interdits ont pris racine dans des époques lointaines, et s’imposent encore, même si plus rien ne les justifie. Le Québec souffre de la même sclérose mythologique, sauf qu’elle est plus récente.

Bunker idéologique

Les sondages démontrent que les citoyens veulent du changement. Je pense qu’ils aspirent à plus que changer de premier ministre de temps à autre.

Notre société est devenue un bunker idéologique aux fenêtres scellées, où les mêmes discours, menaces, promesses, problèmes et solutions sont recyclés à l’infini. Nous sommes au pays du statu quo, et, comme dans Alice au Pays des merveilles, ce sont les forces dites «progressistes» qui l’imposent.

Ici, il est strictement interdit de questionner ce qu’on appelle les acquis de la Révolution tranquille, interdit de remettre en question ce qu’on appelle le modèle québécois, et interdit de voir le Québec autrement que comme une nation fragile, dominée par un «bloc canadien» hostile – et assiégée par des hordes d’immigrants voleurs de pays.

Ces dogmes tressés serrés constituent le seul discours autorisé. Vouloir en sortir est sacrilège, et les mécréants sont lapidés. Couillard, «plus fédéraliste» que Harpeur...

Le «changement» souhaité serait peut-être de pouvoir se sortir la tête de cette trappe, et de jeter un regard neuf sur notre société. Mais cette quête d’innovation est interdite. Voyez comment PKP parle maintenant comme un leader travailliste. François Legault essaie de positionner la CAQ en dehors de l’impasse constitutionnelle, mais on l’y ramène sans cesse...

Nous ne sommes plus en 1956, quand Maurice Duplessis a fait du Québec la seule province dotée de sa propre déclaration fiscale, et des armées de bureaucrates requis pour l’administrer – une mesure «d’autonomie provinciale».

Mais la suggestion, cette semaine, de remettre toute cette paperasse à Ottawa pour économiser quelques centaines de millions a été accueillie comme un geste séditieux, une tentative de «démolir le Québec».

Ce sont aussi « nos » fonctionnaires

Dire que les fonctionnaires d’Ottawa sont «nos» fonctionnaires autant que les provinciaux, puisque nous les finançons tous, n’est pas autorisé. Penser à faire des économies en éliminant les doublons? Tabou! Ottawa = ennemi. Amen!

Peut-être que, dans les années 1950, créer une fonction publique québécoise forte et ambitieuse était la chose à faire. Soixante ans plus tard, elle est devenue un chancre boulimique qui a perdu de vue qu’elle est un service public.

Ralentir la hausse de ses coûts devient «austérité». Syndicats et organismes transmettent les coupes directement au public sans revoir leurs structures et coûts de fonctionnement. Les rappeler à l’ordre, c’est vouloir démanteler le Québec.

L’Église catholique s’est retrouvée dans cette position au début des années 1960. Forte de son dogme, de ses œuvres et de ses grandeurs passées, elle se prenait pour la Nation, et dirigeait les mœurs et les gouvernements autant que les têtes et les âmes, en plus des écoles et des hôpitaux. Puis, en moins de cinq ans, boom! Elle ne dirigeait plus rien. Le changement vient toujours très vite pour ceux qui ne le voient pas venir.

 

 

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