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Les grands perdants des compressions en éducation

Les efforts budgétaires demandés par le gouvernement Couillard privent les enfants de services particuliers

Les grands perdants des compressions en éducation
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Derrière les chiffres sur les compressions en éducation, il y a des enfants qui, à une période charnière de leur vie, attendent en vain des services auxquels ils ont pourtant droit. Portrait de ceux qui subissent cruellement les coupes.

Lohan, Alexis et Malik. Ils ont 5, 6 et 7 ans. Les âges où l’on apprend à lire et à écrire. Le moment crucial où les retards d’apprentissage peuvent être lourds de conséquences.

Ils souffrent de dyspraxie, de dyspraxie avec retard de langage, d’autisme... On les appelle les enfants aux «besoins particuliers». Ils sont plutôt en attente de services particuliers qui ne viennent pas.

« Le ministre nous dit que c’est un mauvais moment à passer et qu’ils vont réinvestir en éducation. Même si c’était vrai, ils auront sacrifié combien d’enfants ? »– Johanne Pomerleau

«Mon fils ne communique qu’en pleurant ou en criant. J’appréhende la rentrée», confie Jade Shanker, la mère de Lohan.

Depuis trois ans, Lohan est en attente d’une évaluation. Sans diagnostic, il n’a droit à aucun service, explique sa mère. «On nous laisse à nous-mêmes dans le néant total», ajoute-t-elle.

Liste d’attente

Alexis a de la difficulté à organiser les sons qui sortent de sa bouche: il souffre de dyspraxie verbale sévère. Il aurait besoin d’un suivi en orthophonie, mais la liste d’attente est longue.

«Réussir à voir une orthophoniste en milieu scolaire, c’est comme gagner à la loterie. Je n’ai pas le choix, je vais payer 80 $ l’heure au privé», se désole Stéphanie Boivin.

Nathalie Larencelle n’a pas les moyens de payer une orthophoniste pour son fils Malik qui souffre de dysphasie et dyspraxie. L’enfant angoisse parce qu’il n’arrive tout simplement pas à se faire comprendre.

«La loi sur l’instruction publique dit que l’école doit répondre aux besoins de mon enfant. Ce n’est pas le cas», tranche Mme Laurencelle.

«Je suis très amère. J’ai toujours travaillé, payé mes impôts et mes taxes. L’école nous ferme ses portes», ajoute Stéphanie Boivin.

250 postes coupés

<b>Johanne Pomerleau</b> <br/> 
Présidente de la Fédération des professionnels et professionnelles en éducation du Québec.
Photo courtoisie
Johanne Pomerleau
Présidente de la Fédération des professionnels et professionnelles en éducation du Québec.

«C’est inacceptable dans une société comme la nôtre que des enfants n’aient pas droit à des services aussi essentiels», lance Johanne Pomerleau.

La présidente de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec rappelle que les coupes en éducation dépassent le milliard de dollars sur six ans.

Depuis l’an dernier, l’équivalent de 250 postes de professionnels a été retranché dans les commissions scolaires du Québec, selon la fédé­ration.

«Le nombre d’élèves en difficulté augmente, mais les services diminuent, ça ne peut pas fonctionner!»

Comme plusieurs, Mme Pomerleau demande au gouvernement Couillard de revoir ses priorités.

«Le ministre nous dit que c’est un mauvais moment à passer et qu’ils vont réinvestir en éducation. Même si c’était vrai, ils auront sacrifié combien d’enfants?» demande-t-elle.

 

Lohan, 5 ans | Maternelle

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Diagnostic

Entre 1 an et 18 mois de retard de langage et en attente d’une évaluation pour un probable diagnostic du spectre de l’autisme ou du syndrome de Gilles de La Tourette.

Besoins particuliers

Un possible plan d’intervention en psychoéducation, vraisemblablement de l’orthophonie, de la psychologie et de l’ergothérapie.

Problème

Sans diagnostic, il n’y a aucun service.

Conséquences

«Quel que soit le problème, on nous dit qu’il y a deux ans d’attente. Nous, on attend depuis trois ans afin de savoir. Il y a des répercussions sur mes deux autres enfants. Il faut toujours se battre en plus des petits tracas de la vie», raconte la mère, Jade Shanker.

« J’appréhende beaucoup la rentrée, je ne sais pas si mon fils va cadrer dansun système régulier. »

 

Alexis, 6 ans | 1re année

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Diagnostic

Dyspraxie verbale sévère.

Besoin particulier

Orthophonie.

Problème

L’enfant, qui a du mal à s’exprimer, est sur une longue liste d’attente pour consulter une orthophoniste.

Conséquences

«Mon fils est en plein apprentissage de la lecture et de l’écriture. On est incapable de me dire quand il aura droit à une orthophoniste. On ne parle même pas d’un suivi hebdomadaire. Elle ne le verra qu’une fois et fera ses recommandations à l’enseignant. Je n’ai pas le choix, je vais aller au privé. Une orthophoniste coûte 80 $ l’heure. Une fois par semaine, ça monte vite», craint la mère, Stéphanie Boivin.

« Réussir à voir une orthophoniste en milieu scolaire, c’est comme gagner à la loterie »

 

Malik, 7 ans | 2e année

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Diagnostic

Dysphasie, dyspraxie et hypotonie buccale. Il est également atteint d’une maladie métabolique qui occasionne des pertes d’acquis.

Besoins particuliers

Orthophonie, ergothérapie, psychologie.

Problème

Depuis octobre 2014, sa classe n’a plus d’orthophoniste. Il peut fréquenter une classe normale supervisée par une orthopédagogue à la condition qu’il ait d’autres servi­ces.

Conséquences

Sa mère constate une régression dans sa compréhension du langage et ses capacités à communiquer. Il fait des crises d’anxiété, il angoisse parce qu’il ne se fait pas comprendre comme il le voudrait et il se désorganise. Comme il est atteint d’un trouble neurologique (SPD), il est «overstimulé» en classe. «Une simple mouche qui vole, il a l’impression qu’il s’agit d’un avion», dit-elle.

« Aller au privé ? Je n’en ai pas les moyens, j’ai trois enfants et je suis monoparentale »

 

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