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Le MTQ va enfouir 1,6 M$ de fouilles archéologiques

Québec va raser des vestiges du début de la Nouvelle-France pour continuer les travaux

Des archéologues ont récemment découvert des vestiges de l’ancien village des tanneries qui datent de la fin du XVIIe siècle.
Photo Le Journal de Montréal, Christopher Nardi Des archéologues ont récemment découvert des vestiges de l’ancien village des tanneries qui datent de la fin du XVIIe siècle.

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Québec a dépensé 1,6 M$ pour déterrer, sous l’échangeur Turcot, un important site archéologique qu’il va finalement raser pour construire un collecteur d’eau, a appris Le Journal.

«C’est méprisant pour les gens du quartier et pour l’histoire du Québec, que le ministère des Transports ne veuille pas préserver un site historique aussi important», déclare Guy Giasson, président de la Société historique Saint-Henri (SHSH).

Celui-ci s’insurge contre la décision de Transports Québec, d’ensevelir le site de l’ancien village des tanneries découvert il y a près d’un an afin de construire un nouveau collecteur d’eau potable.

Il était encore plus furieux lorsque Le Journal lui a appris que le ministère des Transports avait octroyé six contrats d’une valeur totale de plus de 1,6 M$ pour faire des fouilles archéologiques autour de Turcot depuis 2008. Le village des tanneries en est la première découverte majeure.

«C’est insensé de dépenser plus d’un million pour ensuite recouvrir le site et le faire disparaître. On demande que ce soit préservé et mis en valeur, quitte à changer le tracé de l’échangeur Turcot», martèle M. Giasson.

Aucune autre solution

Pour sa part, Transports Québec défend son choix de raser ces vestiges de plus de 300 ans en indiquant que chaque découverte sera modélisée en 3D et photographiée. Certains artéfacts seront aussi conservés.

Il aurait d’ailleurs été impossible de modifier le plan des travaux pour garder le village des tanneries en place, car il se trouve à un carrefour routier important.

«Nous évaluons que la possibilité de conserver les vestiges en place était très faible, en sachant qu’ils sont placés à l’endroit où on fait les travaux pour le collecteur Saint-Pierre et l’intersection des rues Saint-Jacques, Saint-Rémi et Pullman», explique une porte-parole du MTQ, Sarah Bensadoun.

Offensive politique

La décision du MTQ fait également bondir le maire du Sud-Ouest, Benoît Dorais, qui accuse Québec de «cafouillage» dans le dossier.

«Au début du projet, on nous promettait de terminer les fouilles archéologiques avant de décider de l’avenir du village. Là, on apprend que les ingénieurs ont déjà reçu la permission de raser le site. C’est du pur cafouillage», s’insurge M. Dorais.

Son arrondissement a d’ailleurs demandé à la Ville de Montréal de faire pression sur Québec pour modifier le tracé du projet Turcot afin de conserver le village des tanneries.

Les élus tiendront un rassemblement le 14 septembre prochain aux abords des vestiges afin de sensibiliser les Montréalais à la situation.

 

Des vestiges vieux de plus de 300 ans

 

Les vestiges du village des tanneries déterrés sous l’échangeur Turcot sont parmi les plus importantes découvertes historiques à Montréal, croit le président de la Société historique Saint-Henri (SHSH).

«C’est une trouvaille archéologique majeure pour l’histoire du Québec et du Canada. C’est du même niveau que

les fouilles sous la Terrasse Dufferin à Québec ou les vestiges qu’on a préservés sous le musée Pointe-à-Callières», explique Guy Giasson.

Vestiges du XVIIe siècle

<b>Benoit Dorais</b> <br/> 
Maire du Sud-Ouest
Photo Le Journal de Montréal, Christopher Nardi
Benoit Dorais
Maire du Sud-Ouest

Le village a commencé avec l’apparition d’une première tannerie, vers 1670, aux abords de l’ancien ruisseau Glen, où se croisent actuellement les rues Saint-Jacques et Saint-Rémi.

Au fur et à mesure que se développait la traite de la fourrure, le village a pris de l’ampleur, mais n’a jamais intégré les murs de Ville-Marie, en raison des fortes odeurs qui accompagnaient le traitement du cuir, explique le maire du Sud-Ouest, Benoît Dorais.

En 1781, le village comptait 11 maisons et 8 tanneries, mais ces nombres ont rapidement augmenté par la suite lorsque le commerce de la fourrure a pris son envol en Europe, selon des documents de la SHSH.

C’est en 1875 que le village est officiellement devenu la municipalité de Saint-Henri. Les anciennes tanneries et résidences abandonnées ont été rasées entre 1966 et 1972 pour faire place à l’échangeur Turcot et à l’autoroute Ville-Marie, ajoute M. Giasson.

«À cette époque, la conscience de préserver l’histoire n’existait pas. On rasait tout ce qui était vieux et on enfouissait sans se poser de questions. Il ne faut pas répéter les erreurs de ces années-là», résume le président de la SHSH.

 

Les contrats archéologiques octroyés pour Turcot

2008 | 24 850 $ à Ethnoscop pour «expertises archéologiques, études, inventaires et surveillance de fouilles».

2009 | 79 000 $ à Ethnoscop pour «expertises archéologiques, études, inventaires et surveillance de fouilles».

2009 | 99 500 $ à Patrimoine Experts pour «expertises archéologiques, études, inventaires et surveillance de fouilles».

2011 | 86 600 $ à Ethnoscop pour «des tests de sols dans le cadre de travaux archéologiques».

2014 | 629 709 $ à Patrimoine Experts pour «des inventaires et surveillances archéologiques».

2015 | 743 722 $ à Patrimoine Experts pour la «réalisation de fouilles archéologiques».

 

Source: Ministère des Transports du Québec

 

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