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Le parcours atypique de Boris Bede

Le botteur recrue des Alouettes a su survoler tous les obstacles dressés devant lui

Boris Bede
Photo courtoisie Boris Bede

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Le rendement du botteur Boris Bede constitue probablement la plus belle histoire dans le camp des Alouettes cette saison. Ses puissants coups de pied permettent à l’équipe d’obtenir de bien meilleurs résultats sur le plan des unités spéciales.

L’ex-joueur du Rouge et Or de l’Université Laval fait très belle figure à sa saison recrue.

Bede domine la ligue dans quelques catégories, ayant réussi 25 de ses 27 tentatives de placement, en plus de faire la barbe aux autres botteurs au chapitre des verges obtenues sur les bottés d’envoi.

Bede a réussi le placement qui a fait la différence lors de la surprenante victoire remportée il y a deux semaines à Hamilton.

Puis, jeudi soir dernier, il a réussi ses trois tentatives de placement, dont l’une sur la distance de 52 verges (sans l’aide du vent, faut-il préciser) dans la défaite des Alouettes face aux Lions.

Et dire que l’athlète de 25 ans s’était amené au camp d’entraînement en juin avec le seul objectif de se tailler une place dans la formation de 42 joueurs des Alouettes! Il ne s’attendait pas à être employé régulièrement à ses débuts dans la LCF.

Il a vite délogé Sean Whyte

Bede avait un premier obstacle de taille à surmonter: il n’est pas un joueur canadien, ayant vu le jour en France.

Le second obstacle était de déloger le vétéran botteur canadien Sean Whyte, qui avait déjà quatre ans d’expérience dans l’uniforme des Alouettes.

L’équipe a finalement décidé d’amorcer la saison avec deux botteurs et c’est Bede qui a obtenu le poste de partant lors du match inaugural, contre toute attente.

Une fois qu’il a été en mesure de démontrer qu’il pouvait très bien effectuer le travail, autant sur les bottés de précision que sur les bottés de dégagement, Bede a chassé Whyte de Montréal.

Le colosse de 6 pi 4 po, 225 livres a su saisir sa chance. Jim Popp et Kavis Reed apprécient le fait que Bede excelle pour bien placer le ballon, ce qui empêche généralement les équipes adverses d’effectuer de longs retours.

Le Journal de Montréal a profité d’une séance d’entraînement la semaine dernière pour s’entretenir avec cet athlète qui a connu un parcours atypique, délaissant le ballon rond pour le ballon ovale.

Es-tu un brin surpris de voir que l’adaptation au football professionnel se déroule aussi bien pour toi?

«Pas vraiment. Je m’étais bien préparé mentalement et physiquement pour le camp d’entraînement et j’ai été capable de saisir l’occasion de démontrer mon savoir-faire. Je suis surtout heureux d’avoir pu obtenir la chance de faire partie de la formation partante. C’est le début d’un long parcours, je l’espère bien, dans les rangs professionnels.»

Justement, ton parcours est bien différent de ceux des autres joueurs de l’équipe. Peux-tu nous en parler?

«J’ai passé les 15 premières années de ma vie à Toulon, dans le sud de la France, où j’ai grandi en jouant au soccer. Je ne savais rien du football canadien et américain. Mon père Alain était un joueur de soccer de niveau international, ayant fait partie de la sélection de la Côte d’Ivoire. En 2005, il a accepté un emploi à Framingham, près de Boston, et j’ai décidé de le suivre. Je me suis dit que mes talents athlétiques pouvaient m’aider à payer mes études.»

Comment as-tu découvert le football?

«Ça s’est produit durant un cours d’éducation physique à l’école secondaire. J’aimais bien donner des coups de pied au ballon. Je faisais ça pour m’amuser jusqu’au jour où le botteur de l’école est tombé malade et qu’on m’a demandé de le remplacer. À la fin de mes études secondaires, les entraîneurs m’ont dit que j’avais les aptitudes pour obtenir une bourse d’études à l’université. J’ai reçu un appel de David Walkowski, l’entraîneur des Dragons de l’Université Tiffin, un programme de deuxième division de la NCAA en Ohio. J’ai joué au football durant deux saisons là-bas. Mais en 2010, je suis retourné vivre à Toulon, auprès de ma mère, et j’ai recommencé à jouer au soccer.»

Comment t’es-tu retrouvé avec le Rouge et Or de l’Université Laval?

«J’avais entendu parler du programme de football universitaire canadien par l’entremise d’un ami, lors de mes études aux États-Unis. J’ai amorcé des démarches auprès des entraîneurs, mais je n’ai eu aucun retour d’appel de leur part, probablement parce qu’ils n’avaient accès à aucune séquence vidéo de moi lorsque j’ai joué en Ohio. J’ai finalement pu parler à Glen Constantin, qui était à la recherche d’un botteur en vue de combler, éventuellement, le départ de Chris Milo. N’ayant pas eu d’autre contact avec lui lors des semaines qui ont suivi, j’ai décidé d’aller rejoindre mon ami Kevin Baillif, qui jouait pour l’équipe de soccer du Vert et Or de l’Université de Sherbrooke. Étant donné que personne ne semblait être intéressé par mes talents de botteur, je m’étais dit que le soccer pouvait représenter une avenue intéressante pour étudier au Québec. Je venais de remplir les formulaires d’inscription lorsque l’entraîneur-chef du Rouge et Or m’a finalement rappelé pour m’offrir la chance de jouer avec son club de football.»

Que gardes-tu comme souvenir de ces quatre années passées avec le Rouge et Or?

«Ce fut formateur. J’ai beaucoup appris durant ces quatre années. On a gagné deux fois la coupe Vanier. On avait tout un club. J’ai reçu une invitation de Jim Popp pour participer au camp d’entraînement des Alouettes en 2014, mais j’ai préféré passer une quatrième saison avec le Rouge et Or. J’espérais aider l’équipe à écrire une page d’histoire en remportant la coupe Vanier pour une troisième année de suite, mais on a malheureusement perdu 12 à 9 contre les Carabins lors du match de la Coupe Dunsmore. Un match au cours duquel je n’ai pas été en mesure de réussir une tentative de placement de 47 verges en prolongation. Ce fut une amère déception.»

Les Alouettes t’ont mis sous contrat en février dernier. As-tu perçu cela comme étant une sorte de récompense pour ta persévérance?

«Il y a toujours des obstacles à surmonter au cours d’une carrière. Oui, je suis persévérant. Je vois la vie comme un long voyage. Ce fut difficile au départ d’apprendre l’anglais lorsque j’ai quitté la France pour aller étudier aux États-Unis. Il a fallu que je m’adapte rapidement. Mon père m’a toujours dit qu’il fallait que je m’investisse à 100 % dans tout ce que je faisais.»

Ton père était-il contre l’idée que tu délaisses le soccer?

«Ça lui a fait un pincement au cœur lorsque j’ai choisi de faire carrière au football, mais je pense avoir pris la bonne décision. Mon père est maintenant très fier de moi. Je me réjouis de ne m’être jamais découragé lorsque j’ai vécu des moments difficiles, des moments d’incertitude. Ma philosophie est toujours d’essayer de devenir plus fort et d’évoluer à travers les obstacles afin de devenir une meilleure personne et un meilleur athlète.»

Qui t’a le plus aidé depuis tes débuts avec les Alouettes?

«Sans aucun doute Kavis Reed, l’entraîneur responsable des unités spéciales. Il m’apporte beaucoup sur le plan de la préparation mentale avant les matchs. J’étais très nerveux à mes débuts. J’ai même raté ma première transformation d’après-touché, qui constituait alors la toute première tentative dans la LCF puisqu’on venait de modifier le règlement pour placer le ballon à la ligne de 32 verges. C’était toute une façon de briser la glace! J’ai heureusement réussi la transformation suivante.»

Tes statistiques sont excellentes. Que cherches-tu à améliorer avant tout?

«Avec les nouveaux règlements qui empêchent les joueurs de quitter la ligne d’engagement avant qu’on ait effectué le botté, il est crucial de placer le ballon tout en hauteur et surtout, au bon endroit sur le terrain. Je me dois d’être plus constant à ce chapitre. Si je ne fais pas bien mon travail, les équipes adverses auront l’occasion de réaliser de longs retours et ça peut coûter très cher à l’équipe. Il y a des gars très rapides dans la Ligue canadienne. Mes coéquipiers savent que je suis derrière eux, au cas où. J’ai la chance d’être costaud et même si je ne veux pas qu’un tel scénario se produise, je suis tout à fait en mesure de réaliser un bon plaqué sur un retour, si jamais je constitue le dernier rempart.»

D’où te vient cette puissance que tu possèdes dans la jambe droite? Est-ce génétique?

«Je ne sais pas. Lorsque je jouais au soccer, j’étais reconnu pour mes puissants coups de pied. Botter un ballon est quelque chose de naturel pour moi. On m’a souvent fait remarquer que je possède un diamant qu’il faut polir. Dans les rangs universitaires, j’exploitais parfois mal ma puissance brute. Il faut se retenir dans certaines situations, notamment sur les bottés d’envoi. Je travaille fort pour m’améliorer, mais je dois aussi penser à bien doser mes efforts, car les saisons sont beaucoup plus longues dans la LCF que dans les rangs universitaires.»