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Faire revivre le Canada

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L’été s’étire, mais les vacances sont bel et bien terminées. La vraie campagne électorale est engagée. Le choix qui se présente aux Canadiens est de maintenir le Canada sur la trajectoire conservatrice ou d’opter pour le changement en redonnant au Canada un vernis de collectivisme.
 
Stephen Harper a marqué l’histoire. En poste depuis presque 10 ans, il a voulu redéfinir les valeurs canadiennes. Il a souscrit avec conviction au credo conservateur se faisant notamment le promoteur de la loi et l’ordre et de la réduction du rôle de l’État. Outre son positionnement idéologique, ce gouvernement s’est aussi démarqué par la façon dont il a exercé le pouvoir. Stephen Harper a dirigé le premier gouvernement canadien adepte de « wedge politics ». La politique de la polarisation, voire de la division de la population. Une politique qui force les citoyens à se ranger, pour ou contre, rompant avec la tradition du consensus et du compromis. 
 
L’abolition du registre des armes à feu, le refus de s’engager dans la lutte contre les changements climatiques, l’appui au secteur pétrolier, des peines de prison plus sévères, le soutien indéfectible à Israël, la promotion des symboles monarchiques... Autant de décisions et prises de positions qui ont valu au gouvernement Harper la réprobation de nombreux citoyens... mais qui lui ont acquis la fidélité de nombreux autres. On ne gagne pas en essayant de plaire à tout le monde, on gagne en obtenant l’appui de segments précis de la population sur des enjeux précis. C’est cette façon de faire qui a valu à Stephen Harper sa réputation de redoutable tacticien. Pourquoi en effet essayer de plaire à 8 citoyens sur 10, quand il en faut trois et demi pour gagner? Cette approche aura bien servi le chef conservateur, mais elle arrive peut-être à terme.  
 
Parce que cette forme de politique a des conséquences. À tant segmenter l’électorat, à tant polariser les citoyens, c’est le terrain commun qui se rétrécit. C’est la capacité de l’État de rassembler les citoyens qui est réduite. Le succès du Canada, selon cette approche, devient la juxtaposition d’intérêts particuliers plutôt que l’adhésion à un idéal commun et des valeurs communes. On est Canadiens, oui, mais qu’est-ce que cela signifie maintenant? 
 
En début de campagne, deux grands journaux du monde ont publié des analyses des années Harper. Un éditorial du journal britannique The Guardian se concluait ainsi : « Il est permis d’espérer que quelque chose de l’ancien Canada, engagé à la modération et au multiculturalisme à la maison et au multilatéralisme et à la coopération à l’étranger, pourra émerger de la mêlée. » Le New York Times publiait un texte plus dur : « Qu’il gagne ou perde, il [Stephen Harper]quittera le Canada plus ignorant qu’il l’a trouvé. La vraie question pour l’élection à venir est simple et importante : les Canadiens aiment-ils leur pays ainsi? »
 
Il y a un Canada à faire revivre pour nous-mêmes et pour le monde. Un Canada capable de rassembler les citoyens, où le gouvernement est engagé dans un rôle inspirant, mobilisateur. Un gouvernement qui déclenche le progrès, qui fait converger les idées plutôt que faire cohabiter les intérêts. Un gouvernement qui réactive la capacité transformationnelle de l’État, seul, par exemple, à pouvoir véritablement orienter le pays sur la voie du développement durable.
 
Au moment où la campagne entre dans sa phase la plus intense, tous les scénarios sont possibles. Les conservateurs ont perdu quelques points, libéraux et néo-démocrates ont progressé, mais la lutte reste serrée et d’une région à l’autre du pays, les trois grands partis s’échangent la tête. Les conservateurs défendent leur bilan avec vigueur. Pour les chefs du NPD et du PLC, c’est à qui incarnera le mieux le changement et cette renaissance d’un esprit canadien. 
 
Tranquillement, le tamis du débat électoral permet de les distinguer. Le NPD et le PLC ont des propositions étonnamment symétriques. Thomas Mulcair est un politicien expérimenté à la tête d’un parti qui n’a jamais gouverné sur la scène fédérale. Justin Trudeau est un chef peu expérimenté à la tête d’un parti historique. Le NPD veut taxer les entreprises, le PLC veut taxer les plus riches pour alléger le fardeau de la classe moyenne. Le NPD s’est commis à l’équilibre budgétaire coûte que coûte, en dépit d’une économie chancelante. Le PLC veut investir massivement dans l’économie pour mettre le Canada sur la voie d’une prospérité durable. Dans les prochaines semaines, ces différences importantes de programmes seront mieux comprises par les citoyens et la jeunesse du chef libéral pourrait devenir un atout, le changement proposé par le PLC se prolongeant ainsi dans un changement de génération à la tête du pays. 
 
Ce pays à faire revivre, c’est encore celui des Québécois. Pour nous, c’est l’occasion de s’investir dans le Canada après des années de retrait. Il y a un changement de paradigme qui est possible. L’espoir de changer le Canada de l’intérieur pour mieux s’y reconnaître, plutôt que d’attendre une reconnaissance sur la voie d’évitement. Pour les Québécois, c’est peut-être le début de la reconquête du pays qu’ils ont cofondé.