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Ouverts au cellulaire à l'école

Des directeurs d’école sont favorables à l’utilisation du cellulaire en classe à des fins pédagogiques

Quebec
Photo Le Journal de Québec, Stevens LeBlanc Sylvain Bérubé, enseignant de français à l’école secondaire de Rochebelle, utilise les iPod, tablettes et cellulaires en classe depuis déjà plusieurs années.

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Pour la première fois, un sondage révèle que des directeurs d’école sont d’accord avec l’utilisation pédagogique des cellulaires en classe, même au primaire.

C’est ce qu’on apprend grâce à un sondage réalisé par l’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE), dont Le Journal a obtenu les résultats.

Environ 70 directeurs ont répondu à ce coup de sonde, sur un total de 430 membres. Parmi ceux qui dirigent une école primaire, 39 % croient que le cellulaire devrait être utilisé en classe à des fins pédagogiques, une proportion qui grimpe à 59 % au secondaire.

Un cellulaire pour apprendre

À l’AQPDE, on ne s’étonne pas de ces résultats. Il ne s’agit pas de permettre aux élèves de texter en classe, mais plutôt d’utiliser le cellulaire comme une tablette, pour apprendre, précise sa présidente, Danielle Boucher.

«Je pense qu’on est rendu là. De plus en plus d’enseignants sont ouverts à le faire aussi», ajoute-t-elle.

Même si des directions d’écoles primaires se disent d’accord avec l’utilisation du cellulaire en classe, les enseignants du primaire qui l’utilisent réellement sont rares, a constaté Le Journal. Le phénomène est beaucoup plus répandu au secondaire.

Assouplissement

D’ailleurs, plusieurs écoles secondaires ont assoupli cette année leur règlement pour permettre l’utilisation du cellulaire pendant les cours, comme la Polyvalente de L’Ancienne-Lorette, dans la région de Québec.

«Les directions d’école s’adaptent, il y a un assouplissement de leur part», explique le porte-parole de la Commission scolaire des Découvreurs, Alain Vézina.

Patricia Eustache est directrice adjointe à l'école secondaire Marie-Rivier, où il revient à chaque enseignant de baliser l'utilisation des appareils électroniques en classe. À la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement, qui représente la majorité des directeurs d'école au Québec, on précise toutefois que le cellulaire est interdit dans la plupart des écoles qu'elle représente.
Photo collaboration spéciale, Yves Charlebois
Patricia Eustache est directrice adjointe à l'école secondaire Marie-Rivier, où il revient à chaque enseignant de baliser l'utilisation des appareils électroniques en classe. À la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement, qui représente la majorité des directeurs d'école au Québec, on précise toutefois que le cellulaire est interdit dans la plupart des écoles qu'elle représente.

À l’école secondaire Marie-Rivier à Drummondville, le règlement a été modifié cette année pour permettre à chaque enseignant de baliser l’utilisation des appareils électroniques dans sa classe. «Plutôt que de résister au mouvement, on a décidé d’éduquer», explique la directrice adjointe, Patricia Eustache.

Les profs qui acceptent que leurs élèves utilisent leur cellulaire pour naviguer sur Internet en profitent pour discuter de l’utilisation responsable des technologies, indique-t-elle.

Le cellulaire est toutefois loin d’être un «incontournable», il est plutôt considéré comme un autre outil qui s’ajoute à la tablette et à l’ordinateur, précise Mme Eustache.

Cellulaire en main pendant un cours de français

Quand le chariot de iPad est utilisé par une autre classe, l’enseignant Sylvain Bérubé n’hésite pas à demander à ses élèves d’utiliser «les autres appareils qui existent dans leurs poches» pour faire des recherches sur Internet.

M. Bérubé enseigne le français en première secondaire à l’école de Rochebelle, à Sainte-Foy. Depuis déjà plusieurs années, les iPod, tablettes et cellulaires sont bien présents dans sa classe.

«On peut faire plein de choses, dont les recherches sur Internet bien sûr. On peut aussi visionner différentes capsules d’information dans le cadre d’un travail», explique-t-il.

L’enseignant estime qu’environ la moitié de ses élèves possèdent un téléphone portable et la majorité, un iPod. Pour ne pas pénaliser ceux qui n’en ont pas, M. Bérubé a recours au travail en équipe.

Sylvain Bérubé enseigne le français en première secondaire à l’école de Rochebelle, à Sainte-Foy.
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark
Sylvain Bérubé enseigne le français en première secondaire à l’école de Rochebelle, à Sainte-Foy.

Facile à encadrer

L’utilisation du cellulaire en classe n’est pas difficile à encadrer, assure-t-il. Des élèves qui veulent l’utiliser ont même pris l’habitude de demander la permission avant de le faire.

«C’est déjà arrivé que des élèves niaisent avec leur appareil, mais c’est assez facile à encadrer quand même, quitte à l’interdire momentanément pour quelqu’un qui ne l’utilise pas correctement.»

M. Bérubé reconnaît toutefois que l’utilisation de ces appareils électroniques peut être une source de distraction pour les élèves en grande difficulté, qui vont alors être moins productifs que d’autres. «Mais ça reste une minorité», assure-t-il.

Pour l’enseignant, le recours aux cellulaires, iPod et tablettes en classe sert avant tout à motiver ses élèves. «Si on a un élève qui est motivé, on va arriver à le garder à l’école et l’amener à en savoir plus. C’est mon but premier.»

Cellulaire bannis, résultats en hausse

Alors que de plus en plus d’écoles permettent l’utilisation pédagogique des cellulaires en classe, une étude conclut plutôt que l’interdiction des téléphones à l’école permet aux élèves en difficulté de mieux réussir.

Selon Louis-Philippe Béland, l’un des auteurs de cette recherche menée à la prestigieuse London School of Economics, il s’agit de la première étude qui permet de mesurer le lien entre l’interdiction des cellulaires en classe et les résultats des élèves «de façon crédible».

«On est les premiers à pouvoir faire ça. C’est un sujet très important parce que la présence des cellulaires à l’école est très répandue dans plusieurs pays», a-t-il affirmé au cours d’un entretien téléphonique avec Le Journal.

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Photo Le Journal de Québec, Stevens LeBlanc

En Angleterre, 90% des adolescents possèdent un téléphone cellulaire et plusieurs écoles secondaires ont banni son utilisation au cours des dernières années. L’équipe de chercheurs a comparé les résultats des élèves de 91 écoles situées dans quatre grandes villes d’Angleterre avant et après l’interdiction du petit appareil.

«Quand les écoles bannissent les cellulaires, on voit une augmentation de la performance scolaire, particulièrement pour les élèves en difficulté», indique M. Béland.

En moyenne, les résultats des élèves augmentent de 6% avec l’interdiction, un chiffre qui grimpe à 14% dans les rangs des élèves les plus faibles.

Source de distraction

«On explique ces résultats par les distractions causées par le cellulaire en classe, explique M. Béland. Les bons étudiants sont capables de mettre leur cellulaire de côté en classe ou d’étudier plus à la maison. Les étudiants qui ont plus besoin de suivi sont vraiment plus distraits par le cellulaire.»

Les auteurs en concluent qu’interdire ces petits appareils pourrait être une façon peu coûteuse de réduire les inégalités sur les bancs d’école.

Cellulaire interdit en tout temps

L’étude en question a ciblé des écoles où le cellulaire est interdit en classe mais aussi à l’école, où ils doivent être fermés en tout temps.

«Ce qui est le plus important, c’est l’interdiction durant les cours, précise M. Béland. Par contre, ça peut être difficile pour les enseignants de faire respecter l’interdiction si les élèves ont accès à leur cellulaire à l’extérieur de la classe. On sait que c’est difficile de voir un étudiant qui utilise son téléphone dans le fond de la classe.»

Le cellulaire en classe peut toutefois avoir ses bons côtés, reconnaît le chercheur, mais seulement lorsqu’il est utilisé de façon encadrée, par les enseignants.

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Infographie Maxime Gilbert

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