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Pétrole: l’eau potable à haut risque

Les élus de la région de Montréal craignent le pire advenant un bris dans l’oléoduc de TransCanada

La couleur de la nappe ( du rouge au vert ) illustre sa dispersion au fil de l’eau. 
Certains des constituants du pétrole s’é́vaporent, se dissolvent ou se biodé́gradent. d’autres coulent au fond. La vitesse de dispersion et de dégradation varie en fonction du courant et de la densité de l’eau ( hiver ou été ).
Photo courtoisie La couleur de la nappe ( du rouge au vert ) illustre sa dispersion au fil de l’eau. Certains des constituants du pétrole s’é́vaporent, se dissolvent ou se biodé́gradent. d’autres coulent au fond. La vitesse de dispersion et de dégradation varie en fonction du courant et de la densité de l’eau ( hiver ou été ).

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En cas de fuite dans la rivière des Outaouais, le pipeline que Trans­Canada veut construire pourrait contaminer 26 prises d’eau potable dans la grande région de Montréal en seulement 12 heures.

C’est ce que révèle une étude commandée par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) en vue des audiences publiques sur le projet Énergie Est de TransCanada qui débuteront mardi.

«Il faut s’attendre à un impact majeur sur nos communautés», prévient Jacques Bérubé, directeur de la sécurité publique de Terrebonne et représentant de la couronne nord au comité de vigilance de la CMM.

D’après l’étude réalisée par la firme Savaria, si une fuite survenait dans la rivière des Outaouais — un des trois cours d’eau importants que veut traverser Transcanada dans la région —, une nappe de 1,15 million de litres de pétrole émergerait sur l’eau en 13 minutes, soit le temps minimal nécessaire à TransCanada pour fermer la vanne, selon l’analyse.

Jacques Bérubé, CMM/Terrebonne
Photo d'archives
Jacques Bérubé, CMM/Terrebonne

7,5 millions de litres de pétrole

En principe, les usines d’eau potable seraient averties avant l’arrivée de la nappe et auraient le temps d’arrêter leurs pompes pour éviter que les citoyens retrouvent du pétrole au robinet. «Mais on ne peut pas dire jamais. Ça se peut que pour certaines usines ce soit trop tard», s’inquiète M. Bérubé.

Pire, la nappe pourrait bien être beaucoup plus grande, indique-t-il, car un temps de réaction de 13 minutes est optimiste, à ses yeux.

Selon M. Bérubé, dans le cas d’Énergie Est, il faut s’attendre à 60 minutes entre le début de la fuite et l’intervention. Dans un tel cas, 7,5 millions de litres d’hydrocarbure seraient déversés. En comparaison, à Lac-Mégantic, ce sont 5,7 millions de litres qui ont été dispersés dans l’environnement.

Mais selon TransCanada, Savaria «exagère». Le porte-parole de l’entreprise, Tim Duboyce, souligne que la simulation prévoit une rupture totale de l’oléoduc, ce qui est peu probable, et suppose une vitesse du courant plus élevée que la normale.

Quoi qu’il arrive, «on est en mesure de répondre très rapidement et d’éviter une telle catastrophe», assure M. Duboyce.

Toutefois «quand les compagnies font des représentations, on ne peut pas tenir tout ce qu’elles disent pour de l’acquis», réplique M. Bérubé. Contenir la catastrophe «n’est pas si évident qu’eux veulent bien nous le dire», ajoute-t-il.

Dans la même veine, le maire de Laval, Marc Demers, a lancé «TransCanada ne m’a pas convaincu», en annonçant la semaine dernière son opposition ferme au projet Énergie Est.

Des milliards $ de coûts

M. Bérubé explique que les services d’urgence municipaux n’ont ni la formation ni l’équipement nécessaires pour faire face à un déversement majeur. «Jamais on ne serait capable de contenir un million de litres», insiste-t-il. «La formation du personnel se limite au niveau local, à des déversements de moins de 450 litres», note en effet l’étude de Savaria.

La firme estime que les neuf municipalités de la CMM traversées par le pipeline devront investir plus de 500 000 $ par an, uniquement pour affronter les risques que pose le projet en matière de sécurité publique. À cette somme, il faudrait ajouter plus d’un milliard de dollars pour nettoyer les dégâts en cas de déversement, calcule Savaria.

Une cicatrice sur le poumon vert de la banlieue nord de Montréal

Le maire de Sainte-Anne-des-Plaines, Guy Charbonneau, estime que le pipeline de TransCanada pose trop de risques pour le peu de bénéfices qu’il promet.
photo d’archives
Le maire de Sainte-Anne-des-Plaines, Guy Charbonneau, estime que le pipeline de TransCanada pose trop de risques pour le peu de bénéfices qu’il promet.

Un corridor forestier que les maires de la Rive-Nord de Montréal veulent protéger est directement menacé par le tracé du pipeline de TransCanada.

«Over my dead body! Ils ne passeront pas là», gronde le maire de Sainte-Anne-des-Plaines, Guy Charbonneau. «Il y a un principe de précaution important qu’on ne peut pas laisser de côté», insiste-t-il.

Comme son homologue de Laval, M. Charbonneau est fermement opposé au tracé que propose actuellement TransCanada pour installer son oléoduc.

Chez lui, la compagnie prévoit creuser en plein milieu de la forêt centenaire du Trait-Carré, sur une longueur de plus de 10 km, explique-t-il. Une cicatrice de plus de 20 mètres de large subsisterait après le chantier, hypothéquant l’écosystème de façon irréversible.

Plus de 100 km de forêt

Et la forêt de Sainte-Anne-des-Plaines n’est pas seule. Tout le long du tracé, entre Mirabel et Terrebonne, le pipeline affecterait plus de 100 km de corridor forestier à protéger, d’après le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD).

Le plan de TransCanada va donc à l’encontre des objectifs de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) qui s’est engagée à atteindre 30 % de couvert forestier et à protéger 17 % du territoire.

«La protection des bois, des corridors forestiers et des milieux humides est l’une des conditions essentielles au maintien de la biodiversité de la région, peut-on lire dans le PMAD. De plus, la présence du couvert forestier apporte une contribution significative à l’attractivité du Grand Montréal et à la qualité de vie de ses citoyens.»

Tim Duboyce, TransCanada
Photo d'archives
Tim Duboyce, TransCanada

Eau souterraine

Pour le maire de Sainte-Anne-des-Plaines, au-delà de la forêt c’est ce qu’elle cache sous ses racines qui n’a pas de prix. «C’est là que se recharge notre aquifère. Toute notre population en dépend pour l’eau potable», insiste M.Charbonneau.

L’élu craint plus que tout un déversement pétrolier dans cette unique source d’eau. «S’il fallait qu’un jour elle soit contaminée, on pourrait fermer Sainte-Anne-des-Plaines», prévient-il.

De son côté, TransCanada précise que le tracé n’est pas définitif. «On va continuer le dialogue avec les élus tant qu’on peut», indique Tim Duboyce, porte-parole de la compagnie.

«Mais lorsqu’on regarde les autres options possibles, on remplace un enjeu par un autre», ajoute-t-il. «Si le tracé proposé passe par là, c’est que c’est l’option la moins dérangeante pour les populations et les infrastructures existantes», insiste-t-il.

M. Duboyce souligne que le transport pétrolier par oléoduc a démontré sa fiabilité à travers le temps, ce qui n’est pas le cas du transport par train qui augmentera si de nouveaux pipelines ne sont pas construits.

 

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