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Tous au cinéma au théâtre Empress

30 octobre 1943

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Avant Après
photo courtoisie Conrad Poirier, BAnQ P48,S1,P9358
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin

 

Des enfants au cinéma

photo courtoisie Conrad Poirier, BAnQ P48,S1,P9358

Un samedi de veille d’Halloween, les enfants envahissent l’Empress pour voir le film I Walk with a Zombie. Depuis 1907, les jeunes suivent au cinéma les aventures du cow-boy Tom Mix, de Rin Tin Tin, de Zorro et bien d’autres. Ce loisir est loin d’être innocent pour l’abbé Groulx qui s’insurge en 1918: «Nos enfants qui ignorent les héros de notre histoire se passionnent pour des bandits illustres et des drames de pistolet. N’en doutons pas: une morale désastreuse entre dans les âmes et nos traditions familiales s’altèrent!» Après l’incendie du Laurier Palace, le dimanche 9 janvier 1927, alors que 78 enfants périssent, les moralistes s’acharnent sur la fréquentation du cinéma le jour du Seigneur. Pourtant, lors de la commission d’enquête, le juge Louis Boyer répond au plaidoyer ecclésiastique qu’il «vaut mieux être de son temps que le déplorer et qu’on n’arrêtera pas plus le cinéma que les chars ou les tramways». Ayant la sécurité des enfants à cœur, le juge impose de nouvelles normes pour faciliter l’évacuation des édifices publics en cas d’incendie.

 

L’étonnant théâtre Empress

photo courtoisie Conrad Poirier, BAnQ P48,S1,P9358

Remarquez cette façade d’un exotisme surprenant. Unique au Canada, l’Empress est édifié en 1927 par l’architecte Joseph-Alcide Chaussé dans un style néo-égyptien. À la fois conçu comme cinéma et salle de spectacles de vaudeville, l’Empress possède un décor qui s’inspire du palais de Toutankhamon découvert cinq ans plus tôt. Le talentueux peintre d’origine maltaise, Emmanuel Briffa, crée ces décors dits «atmosphériques» qui ont la cote à l’époque. Le Séville, le Granada, le Rialto et bien sûr l’Empress en sont de bons exemples. L’âge d’or du cinéma «palace» ne survit pas à l’arrivée de la télévision. Le cinéma de 1500 places est transformé en hôtel-cabaret en 1963. L’intérieur à l’égyptienne disparaît. Les soirées burlesques à la parisienne y sont fort populaires. En 1975, l’Empress devient le Cinéma V, bien connu pour ses films de répertoire. Si la plupart des théâtres atmosphériques ont disparu, l’Empress a survécu à un grave incendie en 1992 qui a endommagé l’intérieur, mais qui a laissé la façade néo-égyptienne intacte. Malgré l’intérêt à le sauvegarder, l’avenir du théâtre reste incertain.

 

Achetez les bons de la Victoire !

photo courtoisie Conrad Poirier, BAnQ P48,S1,P9358

Durant la Deuxième Guerre mondiale, les enfants obtiennent très souvent des billets de cinéma gratuits lorsqu’ils apportent des morceaux de caoutchouc, de la ferraille et du gras animal, voire leurs jouets en métal, récupérés pour alimenter la production de guerre. Avec leur argent de poche, les jeunes achètent des bons de la Victoire, espérant, comme l’énonce la publicité sur la marquise du cinéma, une victoire rapide et le retour de leurs proches partis à l’entraînement ou au front. Ancêtres des obligations d’épargne du Canada, les bons de la Victoire sont créés durant la Première Guerre mondiale. N’ayant qu’un pouvoir d’imposition limité, le gouvernement cherche alors à financer l’effort de guerre à même les poches des contribuables. En vendant des bons de la Victoire, le gouvernement obtient de l’argent rapidement tandis que l’acheteur retire un intérêt avantageux 5,5 % sur son placement pour 20 ans. Pour le gouvernement, l’effort de guerre est alors l’affaire de tous, des soldats mobilisés aux jeunes enfants.

 

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