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Tout le monde est malheureux

Les Nombrils T.7<br />
Delaf & Dubuc<br />
Éd. Dupuis
Photo courtoisie Les Nombrils T.7
Delaf & Dubuc
Éd. Dupuis

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Si Gilles Vigneault l’a chanté, le tandem sherbrookois Delaf & Dubuc a, quant à lui, admirablement transposé en cases l’essence de la célèbre ritournelle dans le septième tome des Nombrils.

Rien ne va plus dans la vie des trois célèbres adolescentes, connues de centaines de milliers de lecteurs. Si les auteurs avaient exprimé le souhait d’être plus léger que les précédents albums – préparez-vous à vous esclaffer!, la crise identitaire que traversent les personnages en toile de fond est pourtant fort prenante.

L’âge ingrat

Alors que Riad Sattouf emprunte l’angle ­anthropologique pour dépeindre «l’âge ingrat» dans son hilarante série La vie secrè­te des jeunes, Marc Delafontaine et Maryse Dubuc font tout autrement. «On ne cherche pas à observer les ados de notre entourage. On travaille plutôt sur la justesse des situations abordées», expli­que Delaf. «On aime nos personnages, on cohabite avec eux depuis maintenant plus de 10 ans. Par exemple, la trajectoire amoureuse de Vicky nous a semblé claire dès le troisième tome», surenchérit Dubuc.

Évitant la recette, les auteurs réussissent à dérouter le lecteur à chaque livraison. La série évolue admirablement, entre la modernité du propos et le classicisme de la forme franco-belge. Avec un savant dosage d’intelligence, de sensibilité et d’irrévérence, ils abordent sous différents angles l’aspect identitaire chez les adolescents (homosexualité, chirurgie esthéti­que, dépendance affective, etc.) Tels de fantastiques funambules, Delaf & Dubuc maintiennent un ­équilibre parfait entre l’humour et le drame, ne dérogeant jamais de l’objectif ultime du médium: raconter une bonne histoire.

Le plus étonnant, c’est que l’hebdomadaire belge Spirou, véritable institution du neuvième art, prépublie les bandes résolument irrévérencieuses. «Évidemment qu’on teste la rédaction! s’amuse l’illustrateur. Elle nous suit dans cette folle aventure depuis le tout premier jour, ce qui est gratifiant.» D’ailleurs, la série n’est pas étrangère à la réjouissante évolution du journal observée ces dernières années. Après tout, sans les Nombrils, le désinvolte Atelier Mastodonte aurait-il pu trouver refuge dans les pages de Spirou?

Succès sans précédent

Cette rentrée, le Nombrils nouveau cru fait partie du club sélect des albums européens tirés à plus de 100 000 exemplaires, aux côtés de Titeuf et Astérix. Ce retentissant succès fait du tandem d’importants ambassadeurs de la bande dessinée nationale. L’arrivée récente dans l’hebdo belge de Boni, de l’auteur montréalais Ian Fortin, en fait foi.

Depuis leurs débuts dans Safarir en 2004, l’enthousiasme toujours grandissant que suscitent les mésaventures de Vicky, Jenny et Karine force l’admiration.

 

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