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Benoît Lacroix : un homme d’exception

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Ces derniers jours, le père Benoît Lacroix a célébré son centième anniversaire. Pour paraphraser la chanson, on dira qu’on n’a pas tous les jours cent ans et que ça arrive même très rarement.

Ces derniers jours, le père Benoît Lacroix a célébré son centième anniversaire. Pour paraphraser la chanson, on dira qu’on n’a pas tous les jours cent ans et que ça arrive même très rarement.

L’homme est connu des médias, peut-être même aussi du grand public. C’est pourtant une des grandes figures du Québec intellectuel et un témoin privilégié de ce que nous avons déjà été et ne sommes plus vraiment: une nation profondément attachée à sa tradition catholique.

L’essentiel de son existence, Benoît Lacroix l’a passé au cœur de l’Église catholique, dans l’ordre des Dominicains. Benoît Lacroix est aussi un érudit, un homme à l’esprit encyclopédique et un universitaire réputé.

Ses travaux portaient sur le christianisme dans ses nombreuses manifestations au cœur de l’histoire, mais aussi sur son inscription au Québec. La religion populaire des Canadiens français lui a inspiré de très belles pages.

Enracinement

En quelques mots, il a toujours conjugué esprit d’enracinement et cosmopolitisme, alors que notre époque cherche à tout prix à les séparer. L’homme le plus universel doit d’abord être de quelque part. On n’embrasse pas le monde en reniant ses origines.

Benoît Lacroix nous rappelle aussi que le vieux monde catholique, que nous avons rejeté en bloc, n’était pas condamné à l’ignorance ou à la fermeture d’esprit, au contraire. Il nous ancrait dans le monde occidental.

À sa manière, Benoît Lacroix est bien ce qu’on appelle un vieux sage. Dans toutes les civilisations, on leur réservait une place, on leur accordait un rôle. 

Les Québécois ont traité l’Église comme une institution étrangère, n’ayant rien à voir avec eux ou leur culture. Autrement dit, ils ont cru pouvoir se séparer du catholicisme sans se séparer d’eux-mêmes.

Cinquante ans après la grande braderie, dans un Québec égaré dans un vide spirituel et faisant l’expérience de l’amnésie culturelle, on commence peut-être à comprendre que nous nous sommes adonnés à un exercice stérile d’automutilation.

Il fallait faire un tri, rejeter certaines choses, en conserver d’autres. Le vrai progrès ne fonctionne pas à l’esprit de la table rase. On ne grandit pas en méprisant son père et sa mère. On n’assume pas en bloc tout ce qu’ils ont voulu nous léguer, mais on cherche à conserver le meilleur de l’héritage. Il ne s’agit pas de

vivre dans le passé, mais de s’alimenter à sa meilleure part. C’est ce que font les esprits civilisés.

Un professeur

Souvent, très souvent, à Noël ou à Pâques, dans un quotidien, généralement Le Devoir, Benoît Lacroix prend la plume pour méditer avec nous sur la signification des grandes fêtes qui ponctuent notre calendrier. Car nous ne les comprenons plus.

L’historien Daniel-Rops disait qu’en des temps laïcs, on ne respire pas le même air que dans les temps chrétiens. Nous avons besoin de professeurs pour nous expliquer notre propre culture et Benoît Lacroix en est un.

À sa manière, Benoît Lacroix est bien ce qu’on appelle un vieux sage. Dans toutes les civilisations, on leur réservait une place, on leur accordait un rôle. Par leur expérience de la vie, par la qualité de leur réflexion, il était permis, et même encouragé, de se tourner vers eux pour demander quelques lumières. Ils ne répondent pas par une théorie, mais par quelques sobres et modestes conseils.

Nous serions bien sots, aujourd’hui, de nous passer des siens.

 

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