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Québec rasera bien un site archéologique

Turcot
photo christopher nardi Le ministère des Transports va détruire les vestiges du village des Tanneries afin d’y construire un nouveau collecteur d’eau.

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Québec persiste dans sa décision de raser l’important site archéologique découvert sous l’échangeur Turcot, car il doit remplacer à cet endroit le sol qui est trop instable pour accueillir les nouvelles structures routières.

«Ce sont 100 millions de véhicules qui utilisent ce secteur annuellement [...] et on va se dire les vraies affaires, c’est un peu difficile de faire un site de visite en plein milieu de Turcot», a indiqué le ministre des Transports Robert Poëti.

La semaine dernière, Le Journal révélait que le ministère des Transports avait dépensé 1,6 M$ en services archéologiques depuis 2008 pour trouver et déterrer le village des Tanneries qui remonte à l’époque de la Nouvelle-France.

Toutefois, il a ensuite décidé d’enfouir le site pour continuer les travaux sur l’échangeur Turcot.

Cette décision a fait bondir les élus de l’arrondissement du Sud-Ouest, qui ont exigé que Québec revoie le tracé de Turcot pour protéger le site.

Site « important »

Pour le directeur de l’archéologie du ministère de la Culture et des Communications, l’endroit est «d’importance» pour l’histoire du Québec. Toutefois, il ne croit pas que les vestiges devraient être préservés.

Jean-Jacques Adjizian, Archéologue
Photo d'archives
Jean-Jacques Adjizian, Archéologue

«La conservation des bâtiments n’est pas envisagée par le ministère ni souhaitée sur le plan patrimonial. Le déplacement [des vestiges] est une moins bonne pratique encore et c’est reconnu au niveau international», a indiqué Jean-Jacques Adjizian.

Cette décision a d’ailleurs reçu l’appui de la ministre de la Culture Hélène David, du ministre des Transports Robert Poëti et du maire de Montréal Denis Coderre lors d’une conférence de presse hier.

Avant d’être rasé, le site sera documenté et répertorié par des archéologues en plus d’être modélisé en trois dimensions pour assurer sa pérennité.

Exposition

Les archéologues ont également accumulé près de 150 boîtes d’artéfacts qui seront conservés et mis en valeur par un comité mandaté par Québec et la Ville de Montréal.

La présidente du comité et directrice générale de la maison Saint-Gabriel espère d’ailleurs créer une exposition dans son établissement historique pour faire valoir ces artéfacts.

«Il faut créer quelque chose de très beau et redonner vie à ces vestiges qui permettront aux résidents de Saint-Henri de découvrir leur histoire», a raconté sœur Madeleine Juneau. Sans connaître de chiffre précis, elle croit que le projet coûtera quelques centaines de milliers de dollars.

Le village des Tanneries de Saint-Henri

 

  • Le village a commencé avec l’apparition d’une première tannerie vers 1670 près de l’intersection des rues Saint-Jacques et Saint-Rémi. On en dénombrera une vingtaine au milieu du 19e siècle.
  • La plus vieille fondation déterrée par les archéologues est une fondation de maison qui daterait de 1750.
  • C’est en 1875 que le village devient officiellement la municipalité de Saint-Henri.
  • La majorité des anciennes tanneries et résidences abandonnées ont été rasées entre 1966 et 1972 pour faire place à l’échangeur Turcot et l’autoroute Ville-Marie.

Une décision loin de faire l’unanimité

Benoît Dorais, Maire du Sud-Ouest
Photo d'archives
Benoît Dorais, Maire du Sud-Ouest
 
«Gênant», «décevant», «ridicule». La démolition des vestiges du village des Tanneries soulève un tollé parmi plusieurs élus municipaux ainsi que dans les communautés archéologiques, historiques et culturelles québécoises. 
 
«Il serait gênant, dommageable et paradoxal que les célébrations des 375 ans de Montréal soient marquées par la destruction de ce qui pourrait au contraire devenir l’un de ses plus beaux sites patrimoniaux», a écrit Christian St-Pierre, président de l’Association canadienne d’archéologie, dans une lettre adressée au maire Denis Coderre.
 
Déception
 
Le maire de l’arrondissement du Sud-Ouest, Benoît Dorais, ne cachait pas sa déception face à l’appui de M. Coderre à la destruction du site. «Il a droit à son opinion, mais je crois qu’on est capables de faire d’autres choses avec le site. [...] On doit en faire davantage que cette espèce de modélisation 3D et une exposition à la société historique», a indiqué M. Dorais au Journal.
 
Il a d’ailleurs reçu des appuis de taille dans sa lutte pour la sauvegarde de ces vestiges, notamment de la part de Phyllis Lambert, la fondatrice du Centre canadien d’architecture.
 
«Il est navrant de devoir se battre contre le gouvernement du Québec, qui est le responsable des travaux de l’échangeur Turcot. [...]  Son rôle de protecteur devrait primer sur la construction d’une autoroute», a écrit par communiqué Mme Lambert. 
 
«C’est méprisant pour les gens du quartier et pour l’histoire du Québec, que le ministère des Transports ne veuille pas préserver un site historique aussi important», a déclaré pour sa part Guy Giasson, le président de la Société historique Saint-Henri.