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Diplomatie : le Québec n'est pas une province comme les autres

Diplomatie : le Québec n'est pas une province comme les autres
MARTIN ALARIE/AGENCE QMI

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Le couperet des compressions budgétaires à Québec s’est à nouveau abattu. Cette fois, c’est le ministère des Relations internationales qui en fait les frais. Doit-on pour autant conclure au ratatinement du Québec sur la scène internationale?
 
Le gouvernement supprimera 50 des 208 postes de fonctionnaires dans le réseau des représentations du Québec à l’étranger placé sous la direction de la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre. Il mettra fin également à certains privilèges.  « Par exemple, jusqu'à maintenant un employé en poste à l'étranger pouvait faire transporter sa voiture personnelle aux frais de l'État, lors de son entrée en fonction ou de son rapatriement au pays au terme de son contrat. Désormais, ce sera à ses frais », nous apprenait la Presse canadienne. Personne ne pleurera la fin de ces largesses, mais il faut voir plus loin.
 
Le Québec est la seule province canadienne à avoir développé une véritable diplomatie qui remonte aux premiers balbutiements de la Révolution tranquille avec l’ouverture des Délégations générales du Québec à Paris (1961) et Londres (1962). Le Québec peut même se targuer de victoires diplomatiques. C’est grâce à la campagne déterminée menée par le Québec que l’UNESCO a adopté en 2005 la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Cette convention affirme le droit des États à investir dans la promotion de la culture et vient conséquemment soustraire la culture des accords de libéralisation commerciale. Le Québec, également, a été à l’origine des négociations qui ont mené au projet d’ Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne.
 
Le Québec, insulaire culturel en Amérique du Nord, s’est donné une diplomatie active pour claironner sa différence et nouer des liens, notamment au sein de la Francophonie internationale. Cette action internationale a vite débordé de la seule question culturelle selon ce qu’on appelle la « doctrine Gérin-Lajoie » par laquelle le Québec prolonge sur la scène internationale ses compétences internes. Jean Charest avait dépoussiéré le concept en disant simplement : « Ce qui est de compétence québécoise chez nous est de compétence québécoise partout. »
 
Le Québec n’a jamais été aussi présent sur la scène internationale. Par nos entreprises, nos universités, nos artistes, le Québec se projette à l’étranger avec succès. Nous avons des institutions qui sont fortes. La Caisse de dépôt est un investisseur de taille mondiale. Investissement Québec a un réseau de bureaux et de démarcheurs qui font la prospection d’investissements étrangers. Montréal international, agence de promotion de la métropole sur la scène mondiale fait un travail remarquable qui a été salué par le groupe Financial Times en décembre dernier.
 
Cette internationalisation du Québec est un mouvement puissant. Mais elle ne rend pas superflue l’existence d’une diplomatie québécoise. Par exemple, ce n’est pas le commerce qui a conduit à une entente de reconnaissance des qualifications professionnelles entre la France et le Québec, c’est la diplomatie. Et quand on fait bien les choses, la diplomatie nourrit les affaires. 
 
Mais pourra-t-on encore bien faire les choses? Le problème est précisément là. Encore une fois, il n’y a pas de réflexion, pas de vision. Un jour, on annonce la nomination de l’ex-journaliste Jean-François Lépine comme représentant du Québec en Chine et tout le monde applaudit. Trois semaines après, on annonce qu’on coupe le quart des effectifs. Y a-t-il un pilote dans l’avion du MRI?
 
La politique internationale du Québec date de 2006. C’était avant la crise financière et la récession mondiale dont on cherche encore à se relever; avant ce printemps arabe qui a déstabilisé tout le Moyen-Orient et déclenché l’enfer syrien; avant le ralentissement de la Chine qui a fait plonger le cours des ressources; avant cette guerre commerciale entre l’OPEP et les États-Unis qui a fait tomber le prix du pétrole... 
 
Si le gouvernement avait mis à jour sa politique internationale avant d’annoncer ces compressions, on pourrait se rassurer en se disant qu’il a réfléchi. Mais non. C’est ce qui entache la détermination du gouvernement Couillard à reprendre en main les finances publiques. On ne sait jamais s’il coupe dans le gras ou dans le vif.