/misc
Navigation

Le consultant, il en pense quoi ? (prise 2)

Bloc bordel informatique
Photo courtoisie

Coup d'oeil sur cet article

Les réactions sont nombreuses depuis que j’ai publié un reportage qui concernait l’intention du gouvernement d’embaucher 1 000 nouveaux fonctionnaires dans le domaine informatique. Même si la perte de contrôle des projets informatiques, au profit du privé, est souvent attribuable à des fonctionnaires qui ont octroyé ce contrôle au privé, ce sont surtout les consultants privés qui sont pointés. Ces consultants sont entre l’arbre et l’écorce pour dénoncer. Ils ne veulent pas dénoncer le manque de compétence du gouvernement, qui demeure, leur client. Parmi tous les commentaires qui m’ont été acheminés, voici celui d’un expert en technologie de l’information qui compte près de trois décennies d’expérience en informatique gouvernementale,  tour à tour comme employé dans l’entreprise privée, en tant que fonctionnaire et en tant que consultant. Le voci:

 

 

Mon témoignage vise à informer les gens sur les aspects moins connus de la nécessité des ressources externes (consultants privés) dans le modèle que le gouvernement a créé dans l’informatique depuis 20 ans.

 

Premièrement, un consultant est avant tout une ressource externe dont l’apport doit être bien délimité. Les consultants assis pendant des années dans les rôles d’internes ne sont pas des consultants.

 

Deuxièmement les ressources expertes des manufacturiers qui facturent souvent 250 $ voir 350 $ de l’heure ne sont pas des consultants.  Ce sont des ingénieurs avec expertise de pointe et ce n’est pas le consultant qui est payé, mais la compagnie et ce haut niveau de rémunération est surtout pour le risque et l’aspect juridique de responsabilité qu’entraine cette expertise de pointe.

 

Quel est alors le profil type du consultant dont on parle qui couterait 2 fois plus cher selon le rapport du vérificateur général ?   Voici un éclairage différent :

 

La rémunération des consultants « normaux » varie de 300 $ par jour à 800 $ par jour si l’on s’en fie aux derniers appels d’offres ayant cours actuellement.   Supposons un consultant senior (15+années) en mandat pendant 3 mois pour une intervention forfaitaire dans un organisme public.   Le contrat sera autour de 80$ de l’heure. Il en coute donc 33 600 $ à l’organisme public.

 

Sur cette rémunération le consultant (ou sa firme) doit :

  • Fournir ses ordinateurs et ses logiciels
  • Fournir son téléphone
  • Assurer sa formation, assister à des séminaires, se déplacer
  • Assumer son assurance emploi et sa responsabilité professionnelle
  • Se trouver du travail

 

Car un consultant quand on en a plus besoin...il n’est pas nécessaire de le mettre à pied. On met fin à son contrat.

 

Supposons que l’entreprise a besoin du consultant pendant 3 mandats de 3 mois, il lui en coutera donc 3 x 33 600 = 100 800 $

 

On dit que l’interne coute moins cher ?  Qu’en est-il exactement ?

 

Un interne qui a la même capacité d’intervention qu’un consultant sénior va être au maximum de l’échelle avec vraisemblablement une prime de complexité et avec un peu de chance il sera émérite.   Son salaire annuel est donc autour de 85 000 $ par année.  A ce salaire il faut ajouter les bénéfices sociaux et le fonds de pension.  On peut estimer facilement 30 %. Il est donc rendu à environ 110 500 $ par année.

 

A ce montant, il faut ajouter le fait qu’on fournit un poste de travail, les logiciels bureautiques et parfois un cellulaire.   L’interne a aussi droit à un bureau entre 60 et 80 voire 100 pieds carrés alors que les consultants sont placés dans des endroits spéciaux.  On met habituellement 12 consultants dans un espace où l’on mettrait 3 internes.

 

L’ordinateur et les logiciels coutent autour de 3000 $ par année

 

L’espace plancher distinct et privé coute autour de 20 $ du pied par année  soit autour de 2000 $ par année.

 

On est rendu à 115 500 $ par année et on devrait arrêter de compter.

 

Au final, le consultant aura couté moins cher que l’interne pour une quantité de travail donné.   Avons-nous encore besoin de l’interne qui sera encore sur la liste de paie quand le consultant sera parti ?  Qui peut calculer cela ? Car là est le problème.  Plusieurs internes en informatique au gouvernement du Québec sont sous-formés et non exposés aux derniers changements de l’industrie. 

 

Plusieurs sont incapables de réaliser les dossiers qu’ils doivent confier à des consultants.   Ces ressources internes sont elles-mêmes souvent gérées par des gestionnaires eux-mêmes sous-formés et non qualifiés en informatique.  

 

Tous les dérapages récents en informatique sont le fait des ressources internes qui sont aux commandes des appels d’offres, de la définition des mandats, de l’encadrement de l’exécution,  de l’acceptation des biens livrables. 

 

Le résultat est ce que l’on appelle le Bordel informatique.  Un État qui ne forme pas ses ressources dans un des domaines qui évoluent le plus.  Un modèle d’encadrement qui est dépassé et livré à des gestionnaires qui sont parfois plus intéressés être promu à un niveau supérieur plutôt que de réellement améliorer le fonctionnement de l’état.  

 

La réponse à ce problème du bordel informatique ne se résout pas dans une simple équation de qui coute le plus cher. Il est temps de transformer notre façon de voir les choses et de regarder la valeur que l’on obtient pour notre argent.   Parfois il faut payer pour obtenir quelque chose de valable.  Un consultant ne devra pas être assis et faire le travail d’un fonctionnaire.   Un consultant devrait être utilisé dans des projets requérant une expertise de pointe,  qui ont un début et une fin et bien encadré par du personnel interne bien formé. 

 

Il est temps que le gouvernement se dote d’une intelligence active en informatique et ces débats futiles sur qui coute le plus cher seront vite oubliés et l’on pourra se concentrer sur augmenter l’efficacité de l’État avec les technologies de l’information.