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Luc Ferrandez, cible des vedettes «bourgeoises»

Pour le maire du Plateau-Mont-Royal, ceux qui s’opposent à sa politique sont les artistes plus nantis

Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal
Photo Journal de Montréal, Chantal Poirier Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal

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Le maire du Plateau Luc Ferrandez n’aime pas que les vedettes «bourgeoises» utilisent leur notoriété pour critiquer à tort sa façon de diriger son arrondissement.

La dernière attaque remonte à mardi dernier, lorsque le chanteur Michel Rivard a pris la parole pour dénoncer le changement de sens de la rue Marquette.

Mais il est loin d’être le seul détracteur de Ferrandez. Guy A. Lepage, Anne-Marie Cadieux, Simon-Olivier Fecteau, James Hyndman et Josée Legault ont dénoncé à maintes reprises ses politiques de déneigement et ses mesures d’apaisement de la circulation automobile depuis son élection en 2009.

Gros ego

«Gérer le Plateau c’est gérer beaucoup d’artistes, beaucoup de journalistes et beaucoup d’égos», confie Luc Ferrandez. Oui, avoue-t-il, c’est parfois «impressionnant» de faire face aux critiques répétées d’une poignée de vedettes.

Le maire assure toutefois que les artistes de son quartier sont loin d’être tous contre ses politiques. «Le Plateau/Mile-End, c’est l’endroit où il y a le plus d’artistes au Canada. Beaucoup de ces gens-là gagnent moins de 25 000 $», souligne M. Ferrandez, qui croit que ce sont les artistes «plus nantis» qui s’opposent à ses changements.

«On a des artistes qui demandent des permis pour la rénovation de maisons à 3 millions $ et qui disent “c’est pas vrai que tu vas me faire faire un détour par telle ou telle rue”. Quand ils me parlent de ça, ils ne me parlent pas en tant qu’artistes, ils me parlent en tant que bourgeois», critique M. Ferrandez.

«Choses fausses»

Le pire, selon le maire, c’est quand ces vedettes expriment leur colère en disant des «choses fausses et subjectives».

«Tu peux exprimer ton avis, exprimer tes désagréments, participer au débat public... Par contre, il faut que tu connaisses les faits, insiste-t-il. Parce que si c’est Michel Rivard ou James Hyndman qui le dit, ça va avoir l’air d’une vérité, alors que des fois, ce n’en est pas une.»

À la sortie du conseil d’arrondissement du Plateau, mardi dernier, le chanteur Michel Rivard a reproché au maire sa façon «un peu dictatoriale» de gouverner.

«Le mot “dictatorial”, je l’ai trouvé déplacé. Il (Michel Rivard) est venu à un conseil d’arrondissement où j’ai répondu aux gens pendant trois heures», nuance le maire Ferrandez.

Il avoue qu’il aimerait voir les artistes du Plateau prendre la parole pour des causes «plus nobles» que le changement de sens d’une rue.

«Oui, ça me déçoit», laisse-t-il tomber.

Le maire va tuer le Plateau, dit Guy A. Lepage

Guy A. Lepage, animateur
Photo courtoisie
Guy A. Lepage, animateur

L’animateur Guy A. Lepage n’en peut plus de voir le quartier où il habite depuis 31 ans mourir à petit feu à cause des politiques de Luc Ferrandez.

«L’avenue Mont-Royal fait pitié à voir avec ses magasins qui ferment les uns après les autres», se désole Guy A. Lepage, qui fait partie des plus virulentes critiques du maire du Plateau-Mont-Royal.

L’animateur partage à l’occasion avec ses abonnés Twitter son mécontentement concernant les mesures qui sont en train, selon lui, de «tuer» son quartier.

«Ce qui me dérange le plus, c’est la déché­ance des commerces locaux», insiste-t-il. Ceux-ci ont vu leur achalandage et leurs revenus chuter drastiquement ces dernières années à cause des mesures «antivoitures» de Ferrandez, plaide l’animateur.

«La goutte qui a fait déborder mon vase, c’est la fermeture, la semaine dernière, du fumoir Boucanier Menus Saveurs», mentionne Guy A. Lepage. En entrevue avec Le Journal, le propriétaire Jérôme Pelletier avait raconté que c’est le changement de sens de la rue Marquette qui a enclavé son commerce et causé sa perte.

Le manque d’opérations de déneigement sur le Plateau fait aussi pester Guy A. Lepage, qui a vu son sous-sol inondé lors­qu’une conduite d’eau s’est rom­pue l’hiver dernier.

«Il est évident que si les bouches d’égout avaient été déglacées, les dégâts auraient été moins importants», croit-il. Son assureur a d’ailleurs entrepris une poursuite de plusieurs dizaines de milliers de dollars contre la Ville.

Village d'Astérix

L’animateur en a aussi long à dire sur le «labyrinthe de détours» qu’il doit emprunter pour rentrer chez lui depuis que Luc Ferrandez a changé le sens de plusieurs rues afin d’apaiser la circulation. «Le Plateau, c’est comme le village d’Astérix en plein milieu de la ville. Les gens n’osent même plus nous rendre visite!»

Reste qu’il n’a pas l’intention de déménager pour autant.


UN TRAITEMENT SPÉCIAL

Les artistes et journalistes qui habitent sur le Plateau-Mont-Royal sont nombreux à utiliser leur nom pour tenter d’obtenir des privilèges, confie Luc Ferrandez.

«Quand ils viennent sur le Plateau, souvent, ils ont un peu d’argent. Ils achètent des maisons et demandent des permis de rénovation», explique le maire Ferrandez.

L’élu raconte être «cons­tamment sollicité» par les vedettes de son quartier qui l’implorent d’accélérer leur demande de permis.

Mon nom, c'est ca

«Les pires, ce ne sont pas les artistes, ce sont les journalistes, assure-t-il. Quand on te dis: Mon permis de démolition, ça fait six mois que je l’attends et by the way, mon nom c’est ça... Ça a plus de poids.»

Pourtant, le maire jure que ces personnalités publiques sont traitées sur le même pied d’égalité que le reste des citoyens.

Reste que le maire en a ras le bol de ces artistes qu’il qualifie «d’égoïstes» et qui ne pensent selon lui qu’à leurs intérêts personnels.

Encore la semaine dernière, «un artiste a contacté le maire Coderre pour exiger que je réponde à ses demandes», relate Luc Ferrandez, qui refuse de nommer l’artiste en question.

Il précise toutefois que son principal critique, Guy A. Lepage, ne fait selon lui pas partie de cette poignée d’é­goïstes.

«Je pense que Guy A. Lepage a juste des idéaux différents des miens, mais je ne crois pas que ce soit un égoïste. Il ne vient pas me parler de son permis ou de son entrée de garage. Michel Rivard non plus.»

CE QU'ILS ONT DIT

 

Démesuré

Simon-Olivier Fecteau

Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean

Réalisateur, scénariste et ­comédien

«C’est démesuré et insensé, ce que Ferrandez est en train de faire au Plateau», croit Simon-Olivier Fecteau, qui habite dans le quartier depuis 15 ans. «Je ne suis pas contre l’idée qu’il y ait moins de voitures, mais je trouve que les solutions qu’il apporte sont vraiment trop intenses. C’est comme traiter une grippe avec une chimio!» À plusieurs reprises, sur Twitter, il a critiqué l’absence de déneigement dans son quartier. Chaque fois, il recevait un flot d’insultes des «pro-Ferrandez».

Piqué au vif, il a carrément répliqué à l’un d’eux, l’hiver dernier, d’enlever la «gra*** de Ferrandez de sa bouche». «Après ça, je me suis dit qu’il fallait que je me calme!»

Dangers

Josée Legault

Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal
Photo courtoisie

Chroniqueuse et politologue

La chroniqueuse a maintes fois dénoncé le «déneigement invisible» du Plateau. «Plusieurs seront sûrement tentés de se moquer des “misères” des résidents “gâtés” du Plateau, mais il faut y vivre – et c’est mon cas depuis bientôt 20 ans – pour constater l’ampleur des dangers à la sécurité de ses citoyens que pose une telle négli­gence», écrivait-elle l’hiver dernier.

En entrevue, Mme Legault a nié profiter de sa notoriété pour défendre ses intérêts personnels. «Qu’on soit des personnalités publiques ou non, on est avant tout des citoyens. On est le reflet de beaucoup d’autres voix», a-t-elle dit.

La politologue reproche à Luc Ferrandez son «non-respect» des citoyens du Plateau.

Contre les automobilistes

James Hyndman

Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal
Photo Journal de Montréal, Ghyslain Lavoie

Comédien

«Tout le monde est pour une ville verte, mais ils ne peuvent pas gouverner contre les automobilistes», a indiqué le comédien James Hyndman au quotidien La Presse en marge d’une séance publique particulièrement houleuse concernant les mesures d’apaisement de la circulation sur le Plateau, en mai 2011. «Ce n’est pas vrai que dans 10 ans on va tous se promener à vélo», s’est exclamé celui qui réside rue Chambord, promettant de ne jamais donner son vote au parti du maire Ferrandez, Projet Montréal. Le comédien a refusé la demande d’entrevue du  Journal.
 

Labyrinthe

Anne-Marie Cadieux

Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal
Photo courtoisie

Comédienne

«Le Plateau est devenu un labyrinthe qui dépasse la raison. C’est de la folie pure», a confié la comédienne Anne-Marie Cadieux au quotidien La Presse en mai dernier. Elle habite le Plateau-Mont-Royal depuis 30 ans. Elle s’inscrit en faux contre de nombreuses décisions du maire Ferrandez.

«C’est de l’idéologie, pas des solutions pratiques, qu’on voit à chaque coin de rue. Je ne dis pas qu’il [le maire] ne fait jamais de bons coups. Mais ce n’est pas vrai non plus que c’est seulement quelques-uns qui se plaignent», note Mme Cadieux.

La comédienne a refusé la demande d’entrevue du  Journal.
 

Du gros n’importe quoi

Jean-Michel Dufaux

Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal
Photo Journal de Montréal, Ben Pelosse

Animateur et chroniqueur

Lorsqu’on le questionne sur ce qu’il reproche aux politiques de Luc Ferrandez, Jean-Michel Dufaux s’emporte.

«Ses mesures d’apaisement de la circulation, c’est du gros n’importe quoi! Il n’y a jamais eu autant de trafic sur le Plateau. À l’heure de pointe, c’est pare-chocs contre pare-chocs sur Saint-Denis et Papineau», lance celui qui avoue en avoir «lourd sur le cœur» contre son maire. L’animateur ne doute pas des bonnes intentions de Luc Ferrandez, mais, selon lui, «il a tout faux sur les moyens». «Plus personne ne veut venir dans le quartier tellement c’est compliqué. L’avenue du Mont-Royal est moribonde. Je déteste cette mentalité du Plateau pour les gens du Plateau!»

Les bons et les méchants

Michel Rivard

Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal
Photo Journal de Montréal, Ben Pelosse

Auteur-compositeur-interprète

Ce qu’il reproche à Luc Ferrandez, c’est son manque de consultation dans l’application de ses politiques «antivoitures».

Michel Rivard, aux côtés des commerçants du Petit Laurier, a d’ailleurs dénoncé en mai dernier l’implantation de nouvelles vignettes de stationnement.

«On dirait qu’il y a une vision manichéenne là-dedans, où Luc Ferrandez trouve que les piétons et les cyclistes ce sont les bons, et que les méchants ce sont les automobilistes et les commerçants. Moi, je ne vis pas dans un monde comme ça», avait-il expliqué.

Il n’a pas souhaité s’entretenir avec  Le Journal sur le sujet.
 
 

 

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