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Procès civil: un journaliste «traumatisé» par une perquisition chez lui

Il affirme ne s’être jamais caché Le reporter du Journal Éric Yvan Lemay ne comprend pas pourquoi la SQ est allée jusqu’à perquisitionner chez lui

Éric Yvan Lemay
Photo Chantal Poirier/Le Journal de Montréal Le reporter du Journal Éric Yvan Lemay réclame avec son employeur 425 000 $ à la Sûreté du Québec, pour une perquisition effectuée à son domicile en 2012, à la suite d’un reportage où il dévoile que des hôpitaux conservaient des documents confidentiels sans surveillance et dans des corridors ouverts au public.

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Un reporter du Journal ne comprend pas pourquoi on a perquisitionné chez lui à la suite d’un article, d’autant plus qu’il s’agissait d’un sujet d’intérêt public, a-t-il témoigné mardi lors du procès civil qu’il a intenté contre la Sûreté du Québec.

«Je ne me suis jamais caché, [les policiers] auraient pu me poser des questions, ce n’était pas nécessaire de rentrer chez moi et fouiller mon ordi», a expliqué à la cour Éric Yvan Lemay.

M. Lemay était le premier témoin dans ce procès civil, où il réclame conjointement avec Le Journal de Montréal 425 000 $ au corps de police provincial à qui il reproche d’avoir violé ses droits à la vie privée et de propriété ainsi que d’avoir été à l’encontre de la liberté de presse avec des mesures «totalement disproportionnées».

L’affaire remonte à février 2012, lorsque le journaliste avait dévoilé que des hôpitaux de la région montréalaise conservaient des dossiers médicaux et d’autres informations sensibles sans surveillance, dans des corridors publics.

En guise de preuve, il avait photographié des documents avant de les remettre à leur place. Les informations avaient été brouillées avant d’être diffusées.

Plainte

Mais une plainte du personnel hospitalier avait poussé la SQ à mener une enquête. Après des opérations de surveillance, des policiers avaient débarqué chez le journaliste en mars 2012, pendant que ses enfants en bas âge déjeunaient.

La SQ avait publié un communiqué et une vidéo pour justifier l’opération, mais M. Lemay estime que c’était plutôt pour le décrédibiliser.

«Mon impression, c’est que la police faisait une job de bras pour l’hôpital qui ne m’avait jamais contacté», a ajouté M. Lemay.

Tant l’Association canadienne des journalistes que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec avaient dénoncé cette perquisition.

La SQ se défend toutefois d’avoir commis quelque faute que ce soit.

Motifs raisonnables

«La théorie [de la défense] est que les policiers n’ont commis aucune faute dans l’exécution de leur fonction», a expliqué à la cour Me Amélie Dion tout en ajoutant qu’un juge avait donné son accord pour la perquisition et que les policiers avaient des motifs raisonnables d’avoir agi ainsi.

Des policiers, dont l’enquêteur au dossier, viendront témoigner à cet effet au cours de la semaine.

«[M. Lemay] a été traité comme un voleur, il a été accusé sans procès», a rétorqué l’avocat du Journal Me François Fontaine en précisant qu’aucune accusation criminelle n’avait été déposée.

«Ce n’est pas parce que [la Couronne] ne dépose pas d’accusations que les policiers ont mal fait leur travail», a répliqué Me Dion.

Lors de son témoignage, M. Lemay a fait état du choc qu’il avait eu à la suite de la perquisition.

«Je me disais qu’il y avait un malentendu, a expliqué le journaliste à la cour. Il y avait une intrusion chez moi. J’étais vraiment traumatisé par ce qui se passait. Ça dépassait l’entendement.»

Le procès est prévu pour durer environ une semaine.