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Un récit qui découragera toute femme enceinte de boire de l’alcool

Les enfants adoptés et atteints du SAF de Dominique Dubé.
Photo courtoisie Les enfants adoptés et atteints du SAF de Dominique Dubé.

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RIVIÈRE-DU-LOUP - Une lettre dans laquelle une mère adoptive de Rivière-du-Loup se place dans la position de ses enfants atteints du syndrome d’alcoolisation fœtale découragera toute femme enceinte de consommer de l’alcool.

Dominique Dubé a accueilli dans son foyer deux garçons atteints du SAF (Syndrome d’alcoolisation fœtale), qu’elle a adopté quelques années plus tard. Dans un désir de sensibiliser les gens et surtout les jeunes mamans qui voudraient consommer de l’alcool pendant leur grossesse, elle a publié une lettre touchante où elle se place dans la position de l’un de ses garçons, à partir de la conception.

Dominique Dubé.
Photo courtoisie
Dominique Dubé.

«Chère maman, je sais que tu aimes faire la fête avec mon papa, je le goûte et le sens sans arrêt. Ça me donne la nausée et le hoquet», peut-on lire, d’entrée de jeu. «Je ne suis pas du tout certain d’être en sécurité dans ton ventre. Je me demande si c’est ça la vraie vie, apprendre à boire avant de respirer».

Un peu plus loin, elle décrit l’impact de l’alcool sur le fœtus de manière frappante. «Je m’endors inexorablement, trempé dans un liquide vert qui n’est plus du tout fortifiant, car son odeur infecte et son effet me font dériver. Ce soir, j’ai reçu un grand coup dans mon cœur. Depuis, son rythme trop lent me fait mal. Je dois quitter rapidement cette chaleur étouffante».

Séquelles

Dominique Dubé aborde ensuite la venue au monde des enfants victimes de la consommation d’alcool de leur maman. «Un jour, mon martien masqué (NDLR : un médecin) a raconté combien mon liquide de flottaison a été nocif pour ma santé. Il a dit que je suis un SAF. Lorsque papa et maman sont retournés faire la fête, mon géant vert m’a offert un billet pour un aller simple dans le monde merveilleux des services sociaux».

La suite, cette maman et directrice de l’École de musique Alain-Caron de Rivière-du-Loup la connaît bien. Jérémy-Nathan et Jasmin-Alexandre sont arrivés dans sa vie et dans celle de son mari par le biais d’un Centre jeunesse. «Je me sentais capable d’aimer les enfants des autres», résume-t-elle au Journal. Jérémy a quitté l’hôpital à 10 mois, il pesait 10 livres et ressemblait à un bébé naissant.

Envahi par le syndrome dans sa forme la plus sévère, les séquelles chez lui sont importantes : problèmes de santé, troubles majeurs de l’attention et du comportement, de la gestion de la douleur... tant de séquelles qui amènent son lot de frustrations. «Comme ce n’est pas un handicap apparent, les gens ont énormément de préjugés et critiquent beaucoup le travail des parents. J’ai dû beaucoup les défendre».

« Les SAF ont de l'imagination à profusion et réussissent de imitations de vedettes renversantes ».
Photo courtoisie
« Les SAF ont de l'imagination à profusion et réussissent de imitations de vedettes renversantes ».

Aujourd’hui

Aujourd’hui, les garçons de 21 et 19 ans ont besoin de support constant et seront toujours vulnérables sur le marché du travail. «Mais ils sont heureux et rendent d’autres personnes heureuses». Toutefois, Dominique Dubé n’a jamais regretté son geste, elle qui a pu les adopter légalement lorsqu’ils ont eu 5 et 7 ans.

Maintenant que ses enfants sont grands, madame Dubé s’est investie d’une mission de sensibilisation. «La mère biologique des garçons, si elle avait su, si elle avait été éduquée en ce sens, aurait-elle agi autrement? À l’époque, c’était moins connu et plus accepté de boire de l’alcool enceinte. Aujourd’hui, on retrouve beaucoup de ces jeunes adultes, qui n’ont pas reçu l’aide adéquate, dans la rue, en prison ou en psychiatrie. Ils n’ont pas tous eu la chance de Jérémy et Jasmin».

Reste qu’il y a eu des améliorations depuis les années 90. « Il y aura toutefois toujours une guerre à mener contre les gens qui ne reconnaissent pas les impacts de l’alcool sur le fœtus», lance Dominique Dubé. «Si ma lettre est lue par des milliers de personnes et que ça décide 2 ou 3 femmes à ne pas consommer, ce sera cela de gagné!».

Voyez la lettre en entier ici